Le temps passé devant un écran peut être bénéfique ou néfaste pour les jeunes enfants, tout dépend du contenu et du contexte de ce qu’ils consomment.

Les écrans dominent une grande part du monde moderne. Il existe actuellement des débats, tant parmi les experts que parmi les parents, pour savoir si les jeunes enfants devraient y être exposés. Quel est donc l’impact réel du temps passé devant un écran sur le développement neuropsychologique d’un enfant ?

De nombreuses associations pédiatriques recommandent de limiter l’exposition pendant l’enfance, en particulier pour les enfants de moins de cinq ans, mais les recherches suggèrent que la situation est loin d’être aussi simple. Le contexte et le contenu du temps passé devant les écrans par un enfant sont déterminants pour son impact.

Note. Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site de The Conversation Canada.

Effets physiques

Plusieurs études ont mis en évidence que l’utilisation prolongée des écrans peut causer une fatigue oculaire, une sécheresse oculaire et une myopie chez les enfants.

De plus, la technologie ne peut et ne doit pas remplacer la stimulation naturelle dont les enfants ont besoin. Le jeu libre, l’exercice physique, les interactions en face à face et le contact avec la nature sont tous essentiels au développement d’un enfant. Mais remplacer ces expériences par un temps d’écran excessif et passif peut augmenter le risque d’obésité, de troubles visuels et de difficultés d’apprentissage.

Effets neuropsychologiques

Au-delà des effets physiques, on s’inquiète des effets du temps d’écran sur des fonctions telles que l’attention, l’apprentissage du langage et la régulation émotionnelle. Une revue de 102 études menées auprès d’enfants de moins de 3 ans souligne que le temps passé devant un écran n’est pas le seul facteur déterminant. Les conditions et le contexte sont également d’une importance vitale.

Par exemple, la présence d’un adulte qui commente ou interagit avec le contenu aux côtés de l’enfant favorise l’apprentissage et l’attention. À l’inverse, une exposition passive ou non supervisée présente un risque pour le développement cognitif.

L’utilisation d’écrans en arrière-plan, comme laisser la télévision allumée pendant qu’un enfant joue, perturbe également le jeu, l’attention et l’interaction, même si l’enfant ne la regarde pas directement.

Utilisés à des fins éducatives et sous surveillance, les tablettes, les téléphones portables et la télévision peuvent être des outils d’apprentissage précieux. Mais utilisés sans discernement, ils peuvent limiter les interactions sociales dont le cerveau en développement a désespérément besoin.

Le vrai problème : le contenu inapproprié

Le principal risque ne réside pas nécessairement dans l’écran lui-même, mais dans ce qui s’y affiche. Une exposition précoce à des contenus inadaptés aux enfants est associée à des difficultés d’attention et de fonctions exécutives, en particulier le contrôle inhibiteur (un élément essentiel de la régulation du comportement et de la cognition), ainsi qu’à des retards dans l’apprentissage du langage. Bien que les études n’établissent pas de lien de causalité, nous pouvons affirmer que ces problèmes ne sont pas entièrement dus au temps passé devant les écrans.

Une utilisation plus intensive et sans discernement de la télévision, des ordinateurs, des téléphones ou des tablettes chez les jeunes enfants (vers l’âge de 3 ans) est associée à des niveaux plus faibles de contrôle inhibiteur, ainsi qu’à un niveau plus bas de l’activité cérébrale dans les zones concernées (le cortex préfrontal).

De plus, regarder la télévision à l’âge de deux ans a un effet négatif sur les fonctions exécutives un an plus tard. Une étude réalisée en 2010 a indiqué que les enfants qui regardaient le plus la télévision étaient également les moins performants à cet égard à l’âge de quatre ans.

Le visionnage passif de plateformes telles que YouTube peut également avoir des effets négatifs sur les plus jeunes enfants. Les enfants âgés de deux à trois ans qui sont davantage exposés à cette plateforme ont tendance à avoir des niveaux de développement linguistique plus faibles. Les chercheurs attribuent cet effet à la réduction des interactions sociales mentionnée précédemment.

D’autres études ont établi un lien entre le visionnage excessif de télévision et l’hyperactivité à l’âge de sept ans, ainsi que des performances plus faibles en mathématiques et en vocabulaire. Il a également été constaté que regarder trop la télévision entre 15 et 48 mois triple le risque de retard dans le développement du langage. Ces résultats concordent avec les résultats d’autres recherches axées sur YouTube.

Qu’en est-il des contenus adaptés aux enfants ?

C’est là que les choses changent. Les contenus éducatifs et destinés aux enfants peuvent avoir des effets positifs, en particulier s’ils s’accompagnent d’interactions.

Par exemple, les programmes numériques conçus pour améliorer l’attention et les fonctions exécutives chez les enfants âgés de 4 à 6 ans ont non seulement montré des améliorations dans ces domaines, mais aussi dans l’intelligence, l’attention et la mémoire de travail. Il semble que certains facteurs congénitaux, tels que la présence du gène DAT1 lié à la dopamine, puissent influencer l’efficacité de ces programmes.

Le visionnage de contenus éducatifs améliore également le langage (concepts numériques, spatiaux et vocabulaire) chez les enfants de 3 et 4 ans, en particulier si le contenu présenté est riche en narration.

En outre, la technologie peut favoriser l’inclusion sociale et l’intervention. Chez les enfants vulnérables sur le plan psychosocial âgés de 4 à 5 ans, les interventions numériques stimulent la mémoire de travail et l’autorégulation. Chez les enfants autistes (âgés de 3 à 16 ans), une étude réalisée en 2017 a constaté que l’intervention numérique améliore l’attention et les interactions sociales.

L’utilisation de programmes numériques parallèlement à l’interaction familiale s’est également avérée améliorer le développement du langage chez les enfants âgés de 2 à 4 ans présentant des retards de langage.

Cependant, il faut garder à l’esprit que les preuves des effets neuropsychologiques positifs sont plus solides chez les enfants âgés de 6 ans et plus. À cet âge, les enfants montrent même des niveaux élevés de transfert, ce qui signifie que les effets sont visibles dans leur vie quotidienne et vont au-delà des processus entraînés dans une application ou un programme numérique. Cela inclut l’intelligence, la régulation émotionnelle et comportementale, les performances scolaires et les fonctions exécutives.

Mouvement, exploration et socialisation

Malgré leurs avantages potentiels, on ne saurait trop insister sur le fait que les écrans ne peuvent en aucun cas remplacer le jeu libre, l’exercice physique et les interactions sociales.

Cela dit, une étude récente menée auprès d’enfants âgés de 4 à 12 ans a conclu que la technologie peut également jouer un rôle positif lorsqu’elle est intégrée de manière proactive dans le jeu physique et social. Cela peut inclure le jeu avec des objets intelligents (tels qu’un ballon qui enregistre les coups de pied ou une balançoire équipée de capteurs qui distribuent des récompenses virtuelles) et des jeux omniprésents, qui utilisent le GPS et la réalité augmentée pour encourager le mouvement.

En bref, la technologie peut stimuler le mouvement, l’exploration et la socialisation, mais uniquement si elle est conçue avec ces objectifs en tête.

Recommandations d’experts

Plusieurs organismes d’experts ont formulé des recommandations pour optimiser le temps d’écran :

  • L’Académie Américaine de Pédiatrie recommande d’éviter les écrans pour les enfants de moins de 18 mois (à l’exception des appels vidéo). Lorsqu’ils ont entre 18 et 24 mois, elle recommande uniquement de leur faire regarder des contenus de qualité, toujours en présence d’adultes. Dans le cas des enfants âgés de 2 à 5 ans, elle recommande de limiter à une heure par jour au maximum le temps consacré aux contenus éducatifs.
  • Elle recommande également d’utiliser les écrans comme un outil éducatif (plutôt que comme une distraction), de montrer l’exemple d’une utilisation saine de la technologie par nos propres actions et de les éviter avant le coucher.
  • L’Organisation Mondiale de la Santé recommande de limiter le temps d’écran à un maximum d’une heure par jour pour les enfants âgés de 2 à 4 ans, et de deux heures pour les enfants âgés de 5 à 17 ans.

Les écrans ne sont pas l’ennemi

Affirmer de manière générale que « les écrans sont mauvais » revient à dire que le papier est nocif à cause des livres qui y sont imprimés. Ce qui importe, ce n’est pas le support, mais le contenu, le contexte et la qualité de l’interaction.

Le défi consiste donc à trouver un équilibre, à respecter le développement de l’enfant et à utiliser la technologie de manière utile, sans qu’elle se substitue au jeu, à l’interaction et à l’expérience physique.

À propos de l’autrice

Teresa Rossignoli Palomeque est professeure titulaire agréée par l’ANECA. Son approche professionnelle est axée sur l’application des connaissances neuroscientifiques, ainsi que sur les bases du développement, comme éléments clés de la pratique éducative. Elle possède un profil élevé en matière de transfert de connaissances, étant cofondatrice de la plateforme numérique de dépistage et d’entraînement de l’attention et des fonctions exécutives « STap2Go ».
Ses recherches sont particulièrement axées sur l’entraînement cognitif de l’attention et des fonctions exécutives chez les populations scolaires.





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