Les symptômes dépressifs à l’adolescence : les reconnaître et les comprendre pour soutenir le jeune

L’adolescence est une période de transition cruciale.

L’adolescence est une période de transition cruciale, marquée par de nombreux changements physiques, hormonaux, émotionnels et sociaux. Ces transformations s’accompagnent souvent de questionnements sur l’identité et la construction de la personnalité. Les fluctuations hormonales importantes surviennent pendant la puberté. Elles peuvent avoir un impact significatif sur la régulation de l’humeur et des émotions. Cette période de bouleversements marque le passage vers l’âge adulte. Elle rend les adolescents particulièrement vulnérables au développement de troubles de santé mentale, tels que la dépression. 

Cet article explore les symptômes de la dépression chez les adolescents, ses différentes causes et ses conséquences. Par la suite, nous présenterons les mécanismes biologiques et neuropsychologiques qui expliquent ces symptômes. Enfin, nous proposerons des stratégies concrètes pour soutenir les jeunes face à ces défis et présenterons les options de traitements.

Qu’est-ce que la dépression ? Définition, causes et conséquences sur les jeunes

Il est fréquent pour de nombreux adolescents de traverser des périodes de tristesse passagères. Cela fait partie des étapes normales du développement. Cependant, si cet état perdure, cela peut être le signe d’un épisode dépressif. Voici la raison pour laquelle il est important de distinguer la dépression au sens clinique des variations normales de l’humeur. La dépression se caractérise par son intensité plus marquée, sa durée prolongée et son impact significatif sur le quotidien de l’adolescent. Elle affecte ses performances scolaires, ses relations sociales et familiales. 

La dépression est l’un des troubles de santé mentale les plus courants dans le monde. Bien qu’elle puisse toucher toutes les tranches d’âges, les adolescents seraient particulièrement à risque de développer des symptômes dépressifs. Au Canada, entre 11 et 13% des adolescents âgés de 12 à 19 ans auraient vécu un épisode dépressif.

 À quoi ressemble la dépression chez les adolescents ?   

Le Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM) définit le trouble dépressif majeur comme étant un trouble de l’humeur. Ce trouble est caractérisé par :

et d’autres symptômes pouvant prendre la forme :

  • d’une diminution ou d’une augmentation de l’appétit
  • de problèmes de sommeil
  • de fatigue
  • de difficultés de concentration.

Chez les adolescents, la dépression peut se manifester différemment que chez les adultes. Par exemple, au lieu de présenter une tristesse apparente, les adolescents peuvent montrer des signes d’irritabilité, de colère, ou même d’agressivité. Ils peuvent également adopter des comportements à risque comme la consommation de substances psychoactives.

Le trouble dépressif majeur est défini par le Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM) comme étant un trouble de l’humeur.

Quelles sont les causes de la dépression chez les adolescents ?

Les experts s’accordent à dire que la dépression serait d’origine multifactorielle. Cela signifie qu’elle résulterait d’une combinaison de plusieurs éléments plutôt que d’une seule cause. En d’autres termes, la dépression serait influencée par un ensemble de facteurs biologiques, génétiques, psychologiques ou environnementaux.  

Chez les adolescents, la dépression est souvent influencée par des éléments spécifiques à leur tranche d’âge. Ces influences peuvent être des conflits familiaux, des pressions sociales, des situations d’intimidation, des ruptures amoureuses ou des échecs scolaires.

Les changements hormonaux importants durant cette période peuvent également jouer un rôle important. L’hormone de stress (le cortisol) ainsi que les hormones sexuelles (la testostérone chez les garçons ou les œstrogènes chez les filles) augmentent et fluctuent beaucoup. Ces hormones ont un impact direct sur les neurotransmetteurs du cerveau, tels que la sérotonine et la dopamine. Ces neurotransmetteurs permettent de réguler l’humeur et les émotions. Les fluctuations hormonales pendant la puberté sont associées à un risque plus élevé de dépression.

Quelles peuvent être les conséquences des symptômes dépressifs chez les adolescents ?

La dépression chez les adolescents peut avoir des impacts importants dans plusieurs sphères de leur vie.

  • Les difficultés de concentration et de mémoire peuvent impacter négativement les performances scolaires. Ces difficultés peuvent mener à des échecs scolaires ou à des absences fréquentes. 
  • Sur le plan social, le manque d’énergie et d’intérêt pour les activités peut mener les jeunes à s’isoler. Par exemple, en se mettant en retrait de leurs amis ou en évitant des activités et des interactions sociales. 
  • La dépression peut également affecter les relations familiales. Les parents ou les membres de la famille peuvent avoir du mal à comprendre les symptômes du jeune. Il peut alors y avoir présence de conflits et de tensions familiales.

Que se passe-t-il dans le cerveau en cas de symptômes dépressifs ?

Comprendre comment le cerveau fonctionne et comment la dépression peut perturber son fonctionnement est essentiel. Ces connaissances nous permettent de comprendre ce qu’il se passe dans la tête des adolescents lorsqu’ils présentent des symptômes dépressifs. La dépression impacte plusieurs circuits du cerveau. Ces circuits sont notamment impliqués dans la régulation des émotions, de l’humeur et de la motivation. Ces perturbations influencent négativement notre perception de la vie, des autres et de nous-même.

Imaginons que le cerveau est une usine avec différents départements : l’amygdale, le cortex préfrontal, le noyau accumbens et l’hippocampe. Dans cette usine, on retrouve des « ouvriers », représentés par les neurotransmetteurs (comme la sérotonine, ou la dopamine). Ceux-ci transportent des matériaux nécessaires au bon fonctionnement des différents départements.

Lorsqu’une personne est dépressive, c’est comme si le fonctionnement de l’usine était perturbé. Certains départements manquent d’ouvriers et fonctionnent au ralenti, alors que d’autres sont surchargés et travaillent de manière excessive.

Les rôles des différentes parties du cerveau

  • L’amygdale : responsable de signaler les dangers et de générer des émotions négatives fortes, comme la peur par exemple. En cas de dépression, ce département est surchargé, amplifiant les émotions négatives qui deviennent envahissantes.
  • Le cortex préfrontal : Impliqué dans la prise de décisions et de la concentration. En cas de dépression, ce département est en manque de personnel. La concentration et la prise de décision deviennent donc plus difficiles. 
  • Le noyau accumbens : Joue un rôle dans la motivation et le plaisir. En cas de dépression, ce département est également en manque de personnel. La motivation diminue et on observe une perte de plaisir dans les activités.
  • L’hippocampe : Impliqué dans la mémoire, l’apprentissage et la régulation de la réponse au stress. En cas de dépression, ce département fonctionne lui aussi au ralenti. La mémoire est perturbée et maintient l’individu dans un état de stress constant.

En résumé, la dépression peut être vue comme une perturbation du fonctionnement du cerveau. Cette perturbation affecte la communication entre les différentes parties du cerveau. L’état émotionnel de la personne et les fonctions cognitives au quotidien deviennent donc affaiblis.

La dépression impacte plusieurs circuits du cerveau.

Comment soutenir un adolescent présentant des symptômes dépressifs?

Un environnement familial stable est crucial pour aider un adolescent présentant des symptômes dépressifs.

Voici quelques stratégies efficaces 

  • Encourager une communication ouverte : créer un espace sécuritaire pour que le jeune se sente libre d’exprimer ses sentiments. L’écoute active et la validation des émotions permettent de réduire le sentiment d’incompréhension et l’isolement.
  • Renforcer les liens familiaux : organiser des activités familiales régulières pour soutenir émotionnellement le jeune et améliorer sa résilience. 
  • Établir une structure et des limites : fixer des attentes claires et des règles permet d’offrir une stabilité, un sentiment de sécurité et un sens des responsabilités.
  • Célébrer les réussites : valoriser les petites et grandes réussites pour encourager le jeune et améliorer l’estime de soi. 
  • Maintenir une routine cohérente : une routine quotidienne stable, y compris un bon rythme de sommeil est essentiel. 
  • Promouvoir une hygiène de vie : encourager l’adoption d’une alimentation saine et équilibrée et la pratique d’activités physiques. 
  • Collaborer avec l’école : échanger et travailler de pair avec les enseignants pour comprendre les difficultés scolaires de l’adolescent et mieux le soutenir. 
  • Mettre en place des aménagements : par exemple des cours de tutorat pour réduire le stress et la pression scolaire et améliorer la confiance en soi. 
  • Chercher un soutien médical et thérapeutique : lorsqu’un adolescent présente des symptômes dépressifs, il s’avère important de consulter des professionnels de la santé qualifiés pour lui venir en aide. La thérapie cognitive-comportementale est le traitement de première instance reconnu comme étant efficace dans le traitement de la dépression chez les adolescents. Dans certains cas, il peut être nécessaire d’ajouter un traitement médicamenteux.

À propos de l’autrice

Emma Février est étudiante au doctorat en psychologie dans la section cognitive et comportementale à l’UQAM. Elle est interne en psychologie au département de psychiatrie au Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Elle travaille également en tant que doctorante en psychologie à la clinique Equilib du vieux Beloeil, et en tant qu’auxiliaire de recherche dans le laboratoire du professeur Mathieu Goyette à l’UQAM. Dans le cadre de sa thèse, elle s’intéresse à la consommation de cannabis chez les adolescents. Son objectif est d’explorer comment les nouvelles technologies peuvent être mises au service des jeunes dans le processus de changement lié à la consommation de cannabis.

Références pertinentes 

Dowd, S. (2025, 22 mai). How to help your depressed teenagerChild Mind Institute. Récupéré de https://childmind.org/article/how-to-help-your-depressed-teenager/

Henje Blom, E., Ho, T. C., Connolly, C. G., LeWinn, K. Z., Sacchet, M. D., Tymofiyeva, O., Weng, H. Y., & Yang, T. T. (2016). The neuroscience and context of adolescent depression. Acta Pædiatrica, 105(4), 358–365. https://doi.org/10.1111/apa.13299 

Méndez, J. (2021). Psychological treatments for depression in adolescents: More than three decades laterInternational Journal of Environmental Research and Public Health18(9), 4600. https://doi.org/10.3390/ijerph18094600

Keijser, R., Olofsdotter, S., Nilsson, K. W., & Åslund, C. (2020). The influence of parenting styles and parental depression on adolescent depressive symptoms: A cross-sectional and longitudinal approach. Mental Health & Prevention19, 200193. https://doi.org/10.1016/j.mhp.2020.200193

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