Écouter, accueillir et soutenir le dévoilement d’un enfant en situation de violence

Bien que chaque enfant puisse réagir de manière unique à la violence, plusieurs peuvent craindre de rompre le silence.

Les enfants exposés à la violence, quelle qu’en soit la forme, peuvent en garder des séquelles importantes tout au long de leur vie. Ces conséquences risquent d’être encore plus marquées si une prise en charge rapide n’est pas mise en place. Cependant, accompagner un enfant dans le dévoilement d’une situation de violence est une démarche complexe qui demande une posture d’accompagnement adaptée. Face à cette réalité, les adultes (parents, intervenant·es, éducateur·trices) peuvent se sentir démunis ou éprouver des émotions fortes, comme la frustration, la tristesse ou la colère. Comme parent ou intervenant·e, il est important de se rappeler que notre rôle n’est pas d’enquêter, mais d’accompagner les enfants et de signaler nos inquiétudes aux services appropriés. Pour rester disponibles et bienveillant·es, prendre soin de soi est essentiel.

Cet article propose des pistes d’intervention concrètes pour accompagner les enfants dans le dévoilement de situations de violence, en faisant preuve de sensibilité, de bienveillance et d’ouverture. Il souligne également l’importance de créer un espace sécurisant et de tisser un lien de confiance avec eux. L’objectif de l’accompagnement proposé est d’offrir aux enfants un environnement où ils peuvent s’exprimer librement et d’intervenir de façon bienveillante et adaptée à leurs besoins.

Accompagner un enfant en situation de violence : un geste essentiel

Un vécu de violence durant l’enfance (p.ex., maltraitance, négligence) est un facteur de risque de difficultés psychosociales pouvant persister jusqu’à l’âge adulte. Lorsque cette violence est chronique et qu’elle survient dans une relation significative (p.ex., un parent), les conséquences  peuvent être plus marqués et mener au développement de troubles de santé mentale, comme l’anxiété, la dépression, le trauma complexe ou les troubles de comportement. En effet, les séquelles de l’exposition précoce à la violence peuvent affecter plusieurs sphères du développement. Par exemple, elles peuvent fragiliser l’attachement en rendant difficile la confiance envers les autres, perturber la concentration ou les apprentissages et porter atteinte à l’estime de soi des enfants. 

Dans le contexte où un adulte soupçonne qu’un enfant vit ou a subi de la violence, il est essentiel d’intervenir rapidement pour assurer la sécurité et le soutien de l’enfant. Or, au-delà de l’intervention elle-même, la manière d’entrer en relation avec l’enfant et le cadre dans lequel cet accompagnement se déroule jouent un rôle central. Offrir un environnement sécurisant et adopter une posture bienveillante sont deux leviers essentiels pour soutenir l’enfant dans son dévoilement.

Contexte d’accompagnement

Plusieurs enfants peuvent craindre de rompre le silence. En effet, la violence pouvant être perpétrée par des personnes significatives, les enfants peuvent ne pas savoir vers qui se tourner pour parler de leur souffrance, ne pas être pleinement conscients de l’ampleur de la problématique, ou bien vouloir demeurer loyaux envers la personne.

Il faut donc être particulièrement sensible à créer un espace sécurisant, afin que l’enfant se sente capable de se dévoiler. Pour renforcer ce sentiment de sécurité, certaines adaptations peuvent aider : 

  • Un environnement sécurisant et rassurant, sans stimuli et stresseurs environnementaux (p. ex., bruits ou lumières vives). 
  • Le respect de l’intimité des enfants, qui se traduit par :
    • Un endroit calme, réconfortant (p. ex., éclairage tamisé) et apaisant (p. ex., jouets rassurants).
    • Un espace confidentiel (c’est-à-dire un bureau fermé) et qui favorise l’expression libre de l’enfant.

Posture d’accompagnement

Accompagner un enfant, c’est avant tout créer une relation de confiance, où il se sent libre de s’exprimer sans pression ni jugement. Pour se faire, il est essentiel d’être sensible et patient·e. L’instauration d’une structure prévisible et sécurisante favorise la disponibilité de l’enfant à entrer en relation avec un·e adulte de confiance, l’aidant à se livrer plus aisément. 

Concrètement, cela peut passer par :

  • Des routines claires dès le début des rencontres (p. ex., rituels d’accueil).
  • Un cadre structuré, avec des règles simples.

L’enfant a besoin d’un·e adulte sécurisant·e, constant·e et cohérent·e. Rappelons que l’enfant peut rencontrer des difficultés à comprendre et interpréter les émotions, et peut se montrer vulnérable au stress. En proposant un accompagnement sensible, ajusté à ses besoins, un·e adulte peut devenir un repère et modèle relationnel sécurisant, pouvant potentiellement atténuer les effets négatifs des expériences adverses.

Cela implique :

  • Être attentif au langage verbal et non verbal.
  • Adopter une attitude empathique.
  • Éviter les réactions émotionnelles intenses ou imprévisibles. 

Il est aussi essentiel d’offrir des repères et des explications claires quant à votre rôle :

  • Assurez-vous qu’il comprenne pourquoi vous êtes présent·e. Réitérez votre rôle et vos intentions de l’aider. Par exemple : « Je suis là pour t’écouter et t’aider à te sentir en sécurité ».
  • Montrez-vous rassurant.e, adaptez votre langage à sa compréhension et soyez attentif·ve aux signes d’inconfort.
  • Si l’enfant se montre méfiant, validez son émotion et normalisez celle-ci. Par exemple : « Je comprends que ce soit difficile de parler avec un·e adulte que tu ne connais pas. C’est normal. Je suis là pour t’aider à ton rythme ». 

Enfin, il est important de ne pas faire de promesses que vous ne pourrez tenir. Elles peuvent renforcer l’idée que les adultes sont incohérent·es, ce qui pourrait nuire au lien de confiance. Ainsi :

  • Évitez de promettre à l’enfant que vous pourrez garder son dévoilement secret.
  • Expliquez-lui pourquoi il est important de partager certaines informations (p. ex., pour sa sécurité).

Cette approche peut aider à clarifier et renforcer votre position auprès de l’enfant, puis l’aider à consolider l’importance de communiquer et chercher de l’aide lors d’une situation critique. 

Piste de questions pour ouvrir le dialogue 

En respectant le rythme de l’enfant et en offrant des opportunités pour s’exprimer sans pression, vous augmentez les chances qu’il se sente suffisamment en sécurité pour partager son vécu. Il est recommandé de s’intéresser à l’enfant au-delà de la violence potentiellement vécue. Cela peut se traduire par des questions ouvertes non-intrusives sur ses sphères d’intérêts : 

  • « Qu’est-ce que tu aimes faire comme jeu ? »
  • « Comment s’est passé ta journée à l’école ? »

Ensuite, si vous jugez que le contexte et la relation le permettent, vous pouvez progressivement poser des questions ouvertes non-confrontantes en lien avec son environnement et ses émotions : 

  • Par exemple : « Que fais-tu après l’école ? », « Y-a-t-il des adultes en qui tu as confiance ? », « Comment ça se passe avec tes frères et sœurs ? », « Y-a-t-il des adultes que tu ne veux pas voir? »
  • Par exemple : « Y-a-t-il des situations où tu ne te sens pas bien ? », « Qu’est-ce qui te rend triste/heureux? », « Y-a-t-il des choses qui t’inquiètent ou qui te font peur ? ». 

Enfin, pour accompagner l’enfant lors d’un dévoilement :

À propos des auteur·rices

Melly Girardin poursuit actuellement un doctorat en psychologie clinique (profil recherche/intervention, Ph.D. R/I) à l’Université de Montréal, au sein du Laboratoire Psychopathologie et maltraitance ainsi qu’au Laboratoire sur le développement et l’adaptation. Ses intérêts de recherche portent sur la maltraitance, le trauma, les troubles de l’attachement, ainsi que la validation d’instruments psychométriques et l’évaluation psychologique en contexte de protection de la jeunesse. 

Isabelle Derome est candidate au doctorat en psychologie à l’Université de Montréal. Son projet de thèse examine les facteurs de protection qui réduisent les risques de vivre des expériences de victimisation par les pairs durant l’enfance, ainsi que ceux qui atténuent les risques de développer des difficultés comportementales et émotionnelles à la suite de ces expériences. Isabelle est aussi chargée de cours en psychologie, où elle enseigne des matières telles que la psychologie du développement de l’enfant dans le cadre de la technique d’éducation à l’enfance. En parallèle, elle travaille également dans divers services de réadaptation auprès d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes. 

Références

Anaut, M. (2006). L’école peut-elle être facteur de résilience? Empan, n° 63(3), 30-39. https://doi.org/10.3917/empa.063.0030

Gouvernement du Québec. (10 octobre, 2012). Loi modifiant la Loi sur la protection de la jeunesse et d’autres dispositions législatives. https://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-125-37-1.html?appelant=MC

Bifulco, A., Kwon, J., Jacobs, C. et al. (2006). Adult Attachment Style as Mediator Between Childhood Neglect/Abuse and Adult Depression and Anxiety. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 41, 796–805. https://doi.org/10.1007/s00127-006-0101-z   

Cook, A., Spinazzola, J., Ford, J., Lanktree, C., Blaustein, M., Cloitre, M., et al. (2005). Complex Trauma in Children and Adolescents. Psychiatric Annals, 35, 390-398.

Côté, C. et LeBlanc, A. (2016). Pratique intégrant la notion de trauma: Trousse de soutien auprès des enfants 0-11 ans. CIUSSS Centre-Sud-de-L’Île-de-Montréal.

Grisé-Bolduc, M. È. (2023). Comment aider les jeunes ayant vécu des traumas complexes. ÉducoFamille. https://educofamille.com/aider-jeunes-traumas-complexes/

Kimber, M., McTavish, J., Shouldice, M., Ward, M. G. et MacMillan, H. L. (2024). Savoir détecter l’exposition des enfants à la violence entre partenaires intimes, qu’elle soit présumée ou divulguée, et savoir intervenir. Paediatrics & Child Health29(3), 181-188.

Ministère de la santé et des services sociaux [MSSS]. (2024, avril). Faire un signalement au DPJ, c’est déjà protéger un enfant – Quand et comment signaler? (publication no 23-838-09F-PDF). https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-000895/  

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