Le TDAH et les devoirs : comment rendre cette période plus facile?

Le TDAH c’est quoi ?

Le trouble du déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) est un trouble présent dès l’enfance caractérisé par des symptômes d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité. Ces symptômes peuvent complexifier la gestion du temps, le maintien de l’attention ainsi que l’organisation des pensées et des tâches. Dans les médias, on associe souvent le TDAH aux défis rencontrés à l’école et en classe. Mais qu’en est-il des difficultés lors des périodes de devoirs à la maison? C’est ce que nous tentons d’éclaircir dans cet article, en plus de proposer des stratégies concrètes de soutien aux devoirs.

Un bref résumé : La prévalence du TDAH et les impacts

Globalement, le TDAH affecte 5,3% de la population. Au Canada, la prévalence du TDAH est estimée entre  2,6 % et 8,6% pour les enfants et les adolescent·e·s. Pour obtenir un diagnostic, les symptômes doivent être excessifs comparativement à ce qui est attendu pour l’âge de l’enfant. Ils doivent aussi être présents dans différentes situations, telles que dans la sphère académique, familiale et/ou sociale. À la maison, ces symptômes peuvent nuire à la période de devoirs et même mener à des conflits.

TDAH et difficulté dans les devoirs

Bien que le TDAH ait un impact sur la personne atteinte dans plusieurs contextes, la sphère académique et la réalisation des devoirs peuvent être particulièrement difficiles pour les jeunes avec un TDAH. Certains critères diagnostiques du TDAH sont directement liés à ces domaines. Par exemple, les enfants ayant un TDAH peuvent avoir du mal à porter attention aux détails, à mener à terme leurs tâches et à organiser leurs travaux. Au long terme, les problèmes de gestion des devoirs chez les enfants TDAH nuisent à leur performance scolaire. Le soutien des adultes peut jouer un rôle protecteur dans le succès académique.

Pourquoi mon enfant TDAH ne veut pas faire ses devoirs?

La motivation intrinsèque fait référence au fait de réaliser quelque chose pour sa satisfaction personnelle. Ce type de motivation est plus faible pour la sphère académique chez les enfants avec un TDAH comparativement aux enfants neurotypiques dans la sphère académique. Les enfants TDAH s’engageraient donc davantage dans les tâches scolaires pour éviter une punition ou obtenir une récompense plutôt que par intérêt personnel. Aussi, les difficultés scolaires répétées que peuvent vivre les enfants avec un TDAH réduisent leur motivation à la longue. Une autre explication possible est que les enfants avec un TDAH ont une tendance à rechercher la nouveauté, comme de nouvelles expériences ou de nouvelles sensations, ce qui se retrouve peu dans la réalisation des devoirs. Cette dynamique complique leur investissement dans les devoirs.

Les défis d’intervention pour les parents et des lignes directrices

Comme les enfants avec un TDAH sont généralement moins motivé·e·s pour les devoirs, on peut avoir tendance à mettre en place des stratégies qui impliquent un système de récompenses externes. Bien qu’elles soient efficaces à court-terme, les récompenses diminuent la motivation intrinsèque à long terme. Cette motivation est fortement liée au succès académique. Il est donc important de soutenir l’autonomie de l’enfant avec un TDAH pour qu’il ou elle soit davantage motivé·e pour lui ou elle-même. Pour ce faire, il peut être utile d’expliquer à l’enfant l’importance des devoirs et de trouver des raisons qui sont motivantes pour lui ou elle. Lorsque possible, on peut lui offrir des choix. Par exemple, l’enfant peut choisir l’heure du début, le nombre de pauses ou le choix de matière par laquelle commencer. Il peut également être aidant d’inclure ses intérêts dans les devoirs. 

Un peu plus concrètement maintenant. Voici, quelques stratégies!

  • Donner des objectifs réalisables et décortiquer les projets en petites tâches. Dans certains cas, il faut réduire les exigences envers l’enfant pour qu’il ou elle puisse réussir dans ce qu’il ou elle entreprend. Le fait de prendre des pauses après un nombre prédéterminé de tâches ou de minutes peut également être aidant.
  • Offrir du renforcement verbal en lien avec l’effort de l’enfant. Le ou la féliciter pour avoir travaillé fort sur son devoir de math en serait un exemple. Comparativement à la rétroaction en lien avec les habiletés (ex : tu es tellement intelligent), la rétroaction en lien avec l’effort est plus efficace pour augmenter la motivation de la personne qui reçoit la rétroaction et même de celle qui la donne.
  • Établir une routine de devoir. Il peut être aidant de préparer une trousse et une zone de devoirs avec le jeune. Il ou elle pourra ainsi faire ses devoirs à cet endroit à la même heure pour qu’il ou elle sache à quoi s’attendre.
  • Établir une entente de devoirs pour soutenir l’enfant dans son organisation. Pour ce faire, il est pertinent de déterminer avec l’enfant :
    • Les buts qu’il ou elle souhaite atteindre;
    • Les moyens qu’il ou elle peut utiliser pour y parvenir (ex : se faire une liste de tâches, planifier son travail de la semaine, monitorer son progrès);
    • Les motivateurs qu’il ou elle peut utiliser pour se récompenser (ex : passe-temps, voir des amis, jeux libres).
  • Appliquer des conséquences logiques si l’enfant ne veut pas faire ses devoirs. Par exemple, lui expliquer qu’il ou elle aura moins de temps pour d’autres activités dans la soirée s’il ou elle ne commence pas ses devoirs.

Pour conclure

Le TDAH peut poser des défis considérables dans la gestion des devoirs scolaires. Il est fréquent pour les parents de percevoir cette période comme une source de stress dans la routine quotidienne. Même si des stratégies appropriées peuvent améliorer cette période, il reste essentiel de prendre en compte les difficultés et les émotions de l’enfant. En effet, c’est demandant pour les jeunes avec un TDAH de rester attentif et attentives puis de faire leurs devoirs. L’empathie et la patience sont donc essentielles pour que les devoirs soient une meilleure expérience pour eux et pour vous!

Ressources

Blondeau, C., Martelly, J. et Wawrzyniak, M. (2022). Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Alta communication. https://tompousse.fr/livre/le-trouble-deficit-de-lattention-avec-ou-sans-hyperactivite/ 

Centre d’évaluation neuropsychologique et d’orientation pédagogique. (2022, April 2). Troubles d’attention (TDA/H). CENOP. https://cenop.ca/troubles-comportement/troubles-attention-tda-h/ 

Gavin, B., Holme, I., Minihan, E., O’Reilly, G., & McNicholas, F. (2023). Understanding the “battleground” of homework and ADHD: A qualitative study of parents’ perspectives and experiences. Social Sciences & Humanities Open, 8(1), 100587. https://doi.org/10.1016/j.ssaho.2023.100587

Langberg, J. M., Smith, Z. R., & Green, C. D. (2020). Addressing homework problems in adolescents with ADHD. In S. P. Becker (Ed.), ADHD in adolescents: Development, assessment, and treatment (pp. 330–349). The Guilford Press.

Power, T. J., Karustis, J. L., & Habboushe, D. F. (2001). Homework Success for Children with ADHD: A Family-school Intervention Program. Guilford Press.

Reeve, J. (2016). Autonomy-Supportive Teaching: What It Is, How to Do It. In: Liu, W., Wang, J., Ryan, R. (eds) Building Autonomous Learners. Springer, Singapore. https://doi.org/10.1007/978-981-287-630-0_7

À propos des autrices

Audrey Côté est étudiante au doctorat en psychologie clinique dans le profil recherche et intervention à l’Université de Montréal. Elle a entamé ce programme à la suite d’un baccalauréat en neuroscience cognitive avec un cheminement Honor à la même université. Sa thèse de doctorat porte sur la santé mentale des enfants et des adolescents autistes. Elle accumule de l’expérience de recherche au sein du Groupe de recherche en neurosciences cognitives et autisme de Montréal à l’hôpital de santé mentale Rivière-des-Prairies. En travaillant auprès des enfants à besoins particuliers depuis plus de trois ans, elle continue d’accumuler de l’expérience clinique. Son objectif professionnel est de pratiquer comme psychologue auprès d’enfants et d’adolescents qui présentent divers troubles neurodéveloppementaux. 

Étudiante au doctorat en psychologie clinique à l’Université de Montréal, Sarah Ludmilla Bernier a eu la chance de faire partie d’une équipe de recherche au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto. Celle-ci s’intéressait au bien-être des donneurs de soins et aux potentielles répercussions de l’introduction de nouvelles technologies auprès d’adultes neurodivergents. Elle a également acquis de l’expérience clinique auprès d’enfants neurodivergents lors de sa maîtrise dans un programme axé sur la neurodivergence et les handicaps visibles et invisibles à Brock University. Dirigée par Dre Isabelle Daigneault, Sarah s’intéresse actuellement au taux de mortalité ainsi qu’aux services et au soutien disponibles pour les enfants présentant un déficit intellectuel ou un trouble du développement ayant été victimes de maltraitance.

Lina Sun Hua est une psychologue chinoise actuellement en démarche d’équivalence de diplôme auprès de l’Ordre des psychologues du Québec pour obtenir son titre de psychologue. Elle est diplômée en psychologie de l’Université Tsinghua en Chine et a suivi des cours en psychologie à l’Université de Montréal, où elle a eu la chance de participer à des projets de recherche sur la technologie au service des personnes âgées. Depuis 2014, elle a travaillé en tant que psychologue en Chine. Elle a fait son stage en psychologie à Montréal. Elle continue de se former et d’améliorer ses compétences professionnelles.

Laisser un commentaire