L’agentivité : être une base de sécurité

This image has an empty alt attribute; its file name is Photo-principale-1024x683.jpg
L’agentivité est une capacité permettant au parent de se voir comme une base de sécurité pour son enfant.

L’agentivité fait référence à la capacité d’un individu à agir de manière autonome et intentionnelle dans le contexte de ses relations d’attachement. Celle-ci constitue un indicateur de sécurité d’attachement chez le parent ce qui lui permet d’avoir une meilleure résilience et de se considérer comme une base de sécurité pour son enfant. Cette base de sécurité favorise ainsi le développement de ce dernier. Dans cet article, Rosalie Michaud et Gabrielle Myre, doctorantes en psychologie, explorent comment l’agentivité peut aider le parent à être une base de sécurité pour son enfant.

L’attachement en contexte d’adversité : de l’enfance à l’âge adulte 

L’attachement de l’enfant se construit selon les interactions répétitives avec ses figures de soins principales. Un enfant peut développer un attachement sécurisant ou insécurisant. Un attachement sécurisant consiste à voir les autres comme bienveillants et soutenants. Au contraire, un attachement insécurisant consiste à ne pas être en mesure de se référer optimalement à sa figure de soins pour apaiser sa détresse. L’attachement a tendance à rester stable jusqu’à l’âge adulte, sauf si des expériences marquantes viennent le modifier. Par exemple, des expériences de vie adverses, comme la maltraitance, peuvent entrainer une insécurité d’attachement. À l’inverse, l’expérience de relations significatives positives peuvent promouvoir une sécurité d’attachement.

Les enfants ayant vécu de la maltraitance sont plus susceptibles d’avoir un attachement insécurisant désorganisé. Cet attachement est caractérisé par une absence de stratégie de résolution de détresse relationnelle cohérente. De plus, les adultes ayant vécu des traumatismes interpersonnels en enfance sont plus à risque d’avoir ce même type d’attachement. En outre, les types d’attachement du parent formés pendant l’enfance tendent à influencer d’autres relations, comme celles entre les parents et leurs propres enfants.

Lorsqu’un parent a vécu des traumatismes, cela peut venir éveiller des souvenirs et des émotions difficiles. Ces émotions peuvent nuire à la qualité de la relation avec leur enfant. En effet, elles augmentent les risques d’un attachement insécurisant et de problèmes de comportement. Ce phénomène se nomme le cycle de la transmission intergénérationnelle du risque.

Cependant, certains parents sont en mesure de présenter un modèle d’attachement sécurisant, malgré un vécu traumatique. Cela a pour effet de protéger leur enfant des effets négatifs de ce vécu traumatique. Par exemple, les mères qui réussissent à rompre ce cycle de maltraitance ont tendance à entretenir des relations solides avec leurs proches, contrairement à celles qui ne le rompent pas. Cela suggère qu’un attachement sécurisant et le soutien social peuvent aider à prévenir la transmission des traumatismes à la génération suivante.

Qu’est-ce que l’agentivité et comment ça s’inscrit dans l’attachement adulte?

L’agentivité réfère à la capacité d’un individu à agir de manière autonome et intentionnelle, notamment dans le contexte de ses relations d’attachement. Il s’agit de la manière dont les individus utilisent leur capacité à réguler leurs relations d’attachement. En se percevant comme capable d’agir sur leurs relations d’attachement, ces adultes peuvent prendre des décisions conscientes et délibérées. Ces décisions ont comme objectif de satisfaire leurs besoins émotionnels et relationnels, tout en tenant compte des besoins et des réponses des autres. L’agentivité est cruciale pour le bien-être émotionnel et relationnel. Elle permet aux individus de former et de maintenir des relations saines et équilibrées. Celles-ci impliquent à la fois d’offrir et de recevoir du soutien. L’agentivité favorise la résilience dans ses relations interpersonnelles et encourage une meilleure satisfaction globale dans la vie.

Le degré d’agentivité chez le parent constitue un indicateur de sécurité d’attachement. Les adultes avec un attachement sécurisant présentent un degré d’agentivité élevé, car ils se mobilisent pour résoudre les conflits relationnels. Le parent ayant intériorisé une base de sécurité malgré les traumatismes vécus peut ensuite se percevoir comme une base de sécurité pour son enfant. Ainsi, l’agentivité du parent peut favoriser le développement d’un attachement sécurisant et protéger l’enfant d’enjeux liés à l’attachement. Notamment, elle protège des problèmes socio-émotionnels tels que l’anxiété et les comportements d’opposition.

Comment favoriser l’agentivité du parent, notamment en contexte d’adversité?

Soutien social. Le soutien social offre l’opportunité de vivre des relations interpersonnelles saines et bienveillantes. Ainsi, il est essentiel de favoriser un entourage soutenant auprès des parents ayant vécu des traumatismes interpersonnels dans leur enfance. L’expérience de relations positives peut offrir la chance au parent d’intérioriser une base de sécurité. Parmi celles-ci, on retrouve les relations qu’entretient le parent avec son entourage, mais également la relation à un.e intervenant.e significatif.ve (REPAIRE).

Interventions sensibles aux traumas. Des interventions (ex., STEP)  avec une approche sensible aux traumas peuvent être bénéfiques pour les parents ayant vécu des traumatismes à l’enfance. Celles-ci leur permettent de réinterpréter leurs expériences traumatiques et d’améliorer leur capacité de mentalisation et de régulation émotionnelle (introspection).

Accompagnement dans la prise de décisions. Il peut être bénéfique pour le parent d’être soutenu dans sa prise de décisions et son passage à l’action, pour éventuellement être en mesure d’intérioriser cette base de sécurité. 

Références les plus pertinentes 

Garon-Bissonnette, J., Dubois-Comtois, K., St-Laurent, D. et Berthelot, N. (2023). A deeper look at the association between childhood maltreatment and reflective functioning. Attachment & Human Development, 25(3‑4), 368‑389. https://doi.org/10.1080/14616734.2023.2207558

George, C. et West, M. (2001). The development and preliminary validation of a new measure of adult attachment: the Adult Attachment Projective. Attachment & Human Development, 3(1), 30‑61. https://doi.org/10.1080/14616730010024771

Verhage, M. L., Schuengel, C., Madigan, S., Fearon, R. M. P., Oosterman, M., Cassibba, R., Bakermans-Kranenburg, M. J. et van IJzendoorn, M. H. (2016). Narrowing the transmission gap: A synthesis of three decades of research on intergenerational transmission of attachment. Psychological Bulletin, 142(4), 337‑366. https://doi.org/10.1037/bul0000038

À propos des autrices

Rosalie Michaud est étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) au sein du Laboratoire d’Études sur le Développement de l’Enfant et sa Famille (LEDEF). Elle s’intéresse aux liens entre les traumatismes interpersonnels vécus dans l’enfance de la figure de soins, le fonctionnement réflexif parental et l’attachement. Elle a également un fort intérêt pour la trajectoire des enfants à risque de maltraitance et de négligence et les répercussions sur leur développement. 

Gabrielle Myre complète un doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. Ses travaux de recherche doctorale portent sur la transmission intergénérationnelle de la violence ainsi que sur les difficultés psychosociales des familles signalées aux services de la protection de l’enfance. Elle entame en septembre la prestation de services cliniques auprès d’enfants, d’adolescents et de familles.

Laisser un commentaire