
Très tôt dans son développement, l’enfant intègre des stéréotypes de genre dans sa manière de considérer le monde qui l’entoure. Aux apparences inoffensives, ces stéréotypes peuvent avoir un impact négatif sur certains aspects de la trajectoire de vie de l’enfant. Dans cet article, nous verrons ce que sont exactement les stéréotypes de genre et la manière dont ceux-ci peuvent influencer l’enfant. Nous traiterons ensuite ce qui peut être fait par le milieu de l’enfant pour minimiser leur présence.
Définition du stéréotype de genre
Les stéréotypes de genre sont des caractéristiques globalement attribuées à un certain groupe d’individus. Leur apparition provient d’une certaine utilité sociale à classer les gens selon une idée donnée de ce qu’il devrait être. En effet, les rôles sociaux ont tendance à diverger selon le sexe des personnes. Par exemple, on s’attend ordinairement à ce qu’un homme exerce une position d’autorité et ait un haut statut social. Quant à la femme, on s’attend à ce qu’elle soit perçue comme douce et proche de ses émotions. La société considère plus souvent comme un modèle de réussite une personne qui correspond à l’image stéréotypée de la femme ou de l’homme. On associe souvent la réussite des hommes à l’atteinte d’un rôle de pouvoir social, tandis que pour les femmes, les attentes se concentrent surtout sur les relations d’amitié ou amoureuses.
Certains de ces stéréotypes de genre peuvent apparaitre très tôt dans le développement de l’enfant. Dès l’âge de 3 ans, l’enfant est en mesure d’associer certaines couleurs ou certains jouets à un genre. Le rose et les cœurs pour les filles de même que le bleu et les camions pour les garçons. Notons que les stéréotypes de genre peuvent se classer en deux catégories distinctes :
- Les stéréotypes de genre ouvertement hostiles.
- Les femmes sont irrationnelles
- Les hommes sont idiots
- Les stéréotypes de genre qui semblent inoffensifs et même positifs.
- Les femmes sont douces et émotives
- Les hommes sont forts et musclés
Ces deux catégories de stéréotypes sont susceptibles d’avoir une incidence négative sur le développement de l’enfant.
Incidence négative des stéréotypes de genre
Tel que mentionné précédemment, le stéréotype de genre généralise l’image de ce que devrait être un homme ou une femme. Bien que cette image puisse parfois être une représentation relativement fiable de la moyenne des individus appartenant à un de ces groupes, elle ne permet pas de définir les personnes qui composent ce groupe. Elle a tendance à limiter les choix individuels et à justifier les comportements discriminatoires.
Pour ce qui est de la limitation des choix individuels, prenons par exemple la faible présence de l’homme en enseignement primaire. Au Québec, en 2018, seulement 12% des enseignants au primaire étaient des hommes. La majorité des enseignants étant des femmes, en raison des stéréotypes de genre, un garçon sera plus enclin à associer cette profession au sexe féminin et à éliminer la possibilité de travailler dans ce domaine.
Conséquences des stéréotypes de genre sur l’identité
D’autres stéréotypes de genre peuvent intervenir dans la limitation des choix individuels. Nous percevons souvent certaines matières scolaires, comme les sciences et les mathématiques, comme des matières de garçons. L’intérêt envers celles-ci est donc plus grand pour les jeunes hommes et ils auront tendance à s’orienter davantage vers elles. Des études ont démontré que, en raison des préjugés véhiculés par la société concernant leurs capacités en mathématiques, les filles ressentent généralement plus d’inquiétude et peuvent même souffrir d’anxiété avant d’entrer dans une classe de mathématiques.
Par ailleurs, les stéréotypes de genre peuvent même parfois expliquer notre tendance à justifier les comportements discriminatoires. Par exemple, en raison de l’image créée du rôle des sexes, un garçon pourrait refuser qu’une fille participe à une activité qu’il aura considérée comme exclusivement masculine. Ce genre de refus justifié par un stéréotype de genre peut rendre plus difficile la construction identitaire de l’enfant qui ne peut pas explorer librement ses intérêts. Par exemple, en raison de l’adhésion aux stéréotypes de genre, un adulte encadre moins souvent un garçon qui s’adonne à des activités dites féminines qu’un autre qui préfère les sports ou les voitures.
Prévenir les stéréotypes de genre
Ces comportements engendrés par les stéréotypes de genre et qui sont véhiculés par des adultes ou des pairs sont parfois perçus comme injustes par les enfants. Or, la perception de ces situations d’inégalité de genre varie en fonction des filles et des garçons. Les filles, comparativement aux garçons, auront tendance à juger ces situations comme étant plus injustes. Par ailleurs, on considère souvent la discrimination envers les filles comme plus injuste que celle envers les garçons. Cela tend à démontrer que les garçons seraient moins conscients de certains comportements discriminatoires issus des rôles des sexes. De ce fait, la discrimination est perçue d’une manière beaucoup moins négative chez les garçons. En effet, elle décourage les comportements associés au sexe opposé généralement moins bien perçus chez les garçons que chez les filles. Le garçon aura donc moins d’occasions lui permettant d’explorer certaines activités qui pourraient contribuer à la construction de son identité.
Rôle et impact des stéréotypes de genre
Malgré cela, le milieu de l’enfant peut prendre des démarches pour diminuer l’apparition de stéréotypes de genre et de comportements discriminatoires. Avant tout, il faut tout de même garder en tête que, peu importe les actions ou les interventions entreprises, l’enfant intégrera des stéréotypes de genre.
Plusieurs stéréotypes de genre ont une connotation négative. Cependant, ils ont aussi une utilité et un versant plus positif dans le développement identitaire de l’enfant. En homogénéisant l’image des individus à un certain groupe, nous pouvons les classer en deux catégories : nous et eux. Cette première catégorisation des individus permet de trouver sa place dans un groupe qui correspond à sa vision de soi. Cette démarche a cependant pour effet de mettre à l’écart les différences individuelles. Le travail essentiel consiste donc à faire comprendre à l’enfant que la représentation stéréotypée qu’il construit ne s’applique pas nécessairement à tous les individus de ces groupes. En somme, qu’une femme peut être mathématicienne et un homme infirmier, même si ces rôles sont moins représentés dans leur groupe de sexe.
Pistes de solution
L’adulte responsable doit donc prendre soin de ne pas perpétuer certains stéréotypes de genre pouvant limiter l’enfant dans son cheminement. Voici quelques pistes pour y parvenir:
- Encourager et éduquer tous les enfants sans égard à leur sexe. Le parent peut décourager certains comportements en fonction des stéréotypes de genre qu’il a construits. Les comportements calmes sont donc plus souvent valorisés chez les filles que chez les garçons. À l’inverse, l’agitation et l’impulsivité sont plus tolérées chez le garçon.
- Offrir un environnement de jeu et d’apprentissage exempt de stéréotypes de genre. Dans les environnements que nous pouvons retrouver à la garderie, à l’école ou à la maison, il arrive que les jouets pour les filles et ceux pour les garçons occupent un espace distinct, ce qui a pour incidence de réduire les interactions intersexes. Cette ségrégation renforce l’image des rôles attendus pour un garçon et pour une fille et restreint la construction identitaire de l’enfant puisqu’il cherchera à intégrer les attitudes ou les comportements manifestés uniquement par les camarades du même sexe. Il est ainsi de mise que l’enfant puisse avoir accès à une variété de jouets dans un espace de jeu qui favorise les échanges autant avec les filles que les garçons.
- Engager une réflexion sur les stéréotypes de genre entretenus. La transmission des stéréotypes de genre s’effectue par les agents de socialisation que nous côtoyons. Pour l’enfant, cet agent est principalement le parent. L’enfant aura donc tendance à reproduire les comportements qu’il aura observés chez celui-ci. Il est donc important que le parent réfléchisse et identifie ses propres conceptions stéréotypées afin d’éviter de les transmettre à l’enfant. D’ailleurs, le parent peut engager des discussions avec l’enfant pour qu’il comprenne qu’il a le droit d’explorer des jeux et d’avoir des intérêts qui vont à l’encontre des stéréotypes de genre ambiants.
Conclusion
En somme, les stéréotypes de genre intégrés par l’enfant lors de son développement peuvent avoir une incidence négative sur lui. L’engagement du parent et du milieu dans lequel grandit l’enfant est donc primordial pour limiter ces incidences. La discussion avec le jeune et la réflexion sur ses propres conceptions stéréotypées seront donc des outils capitaux pour permettre à l’enfant de grandir sans les limitations imposées par les stéréotypes de genre.
À propos des auteurs

Frédéric Martin est étudiant au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Il travaille en tant qu’assistant de recherche au Laboratoire international de recherche et d’expertise sur les relations éducatives et les masculinités en contextes éducatifs (LIRE-RÉMCÉ) de cette même université. Ses activités dans le cadre de ce laboratoire concernent principalement la recherche sur les questions des masculinités en milieu scolaire et le développement d’outils pour sensibiliser et pour préparer les futurs enseignants à leur milieu de travail.

Carl Beaudoin est titulaire d’un doctorat en éducation. Il est professeur en psychopédagogie au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Ses recherches portent, entre autres sur les stéréotypes de genre, la relation enseignant-élève ainsi que sur le bien-être et la diversité en contexte scolaire. Il est membre du Réseau de recherche et de valorisation de la recherche sur le bien-être et la réussite (RÉVERBÈRE). Il cumule déjà plusieurs articles scientifiques et professionnelles dans le domaine de l’éducation.