Grandir, trop vite : l’hypothèse de l’accélération du stress

Le système nerveux est particulièrement vulnérable aux expériences adverses durant l’enfance


Plusieurs facteurs contribuent au développement de la régulation émotionnelle chez l’enfant. S’il est vrai que le tempérament de ce dernier l’influence, la relation parent-enfant joue un rôle essentiel. Le parent soutient la régulation émotionnelle, comportementale et physiologique de l’enfant dès son plus jeune âge, à travers des interactions de qualité, en jouant le rôle de régulateur externe alors que l’enfant est encore trop jeune pour le faire de manière autonome. Toutefois, qu’en est-il lorsqu’en contexte d’adversité, l’enfant ne peut compter sur son parent ou que les réactions de ce dernier représentent une menace ?

Ces dernières années, la communauté scientifique a étudié les effets des expériences précoces d’adversité, comme la maltraitance et la négligence. Le système nerveux, en plein développement et donc très sensible, est particulièrement vulnérable à ces expériences durant cette période. De nombreuses études montrent bien les répercussions neurobiologiques chez les enfants exposés à la violence. Mais comment les expliquer ?

Une réaction adaptative au stress

Par exemple, l’adversité durant l’enfance, comme la maltraitance, accélère le développement des circuits neuronaux liés à la régulation émotionnelle. Selon l’hypothèse de l’accélération du stress, une maturation accélérée provoquerait des changements structuraux (en termes de volume) et fonctionnels (en termes de connexions entre différentes structures) de régions cérébrales impliquées dans la réponse au stress et la régulation des émotions.  

Qu’est-ce que l’axe de la réponse au stress ?

Lorsqu’une situation menaçante est détectée, une petite région du cerveau responsable de la régulation de la peur, que l’on appelle l’amygdale, s’active. Elle communiquera ensuite avec le lobe antérieur de l’hypothalamus, qui libérera une substance, le CRH (hormone de libération de la corticotrophine). Cette substance stimulera l’hypophyse, une glande qui se retrouve tout près de l’hypothalamus. Une fois stimulée, l’hypophyse produira de l’ACTH (hormone adrénocorticotrophine hypophysaire) qui se dirigera vers les glandes surrénales. Cela entrainera la production des glucocorticoïdes (adrénaline, noradrénaline et cortisol), essentiels pour mobiliser le corps face à une menace.

Cette réponse au stress, aussi appelée de combat ou de fuite (fight or flight) est savamment vulgarisée à travers les fabuleux travaux de la chercheuse Sonia Lupien, directrice du Centre d’Études sur le Stress Humain (CESH) et la référence du fameux mammouth.

Alors que l’amygdale déclenche la réponse au stress, le cortex préfrontal, joue un rôle fondamental dans la régulation des émotions. Plus spécifiquement, grâce à ses nombreuses projections, il peut intervenir, par exemple, en inhibant une réaction de peur (déclenchée, par exemple, par un élément présent dans l’environnement). 

Conclusion

L’hypothèse de l’accélération du stress propose une maturation précoce des connexions entre deux structures fondamentales impliquée dans la réponse au stress : l’amygdale et le cortex préfrontal. Cette maturation accélérée permettrait aux enfants vivant dans un contexte d’adversité une certaine forme d’adaptation à court terme. Si elle est particulièrement importante en l’absence de co-régulation parentale, Il faudra néanmoins mener d’autres études pour mieux comprendre les effets d’un tel phénomène à long terme, notamment sur leur santé mentale.

À propos de l’autrice

Houria Bénard

Houria Bénard complète un doctorat en psychologie en recherche et en intervention (Ph.D./Psy.D.) à l’Université du Québec à Montréal. Ses travaux de recherche doctorale visent à identifier les facteurs de risque environnementaux de l’hypersensibilité sensorielle chez de jeunes enfants victimes de maltraitance et à examiner le rôle modérateur de cette dernière sur les effets de l’Intervention Relationnelle. Sur le plan clinique, son cheminement est orienté en psychologie du développement et en neuropsychologie pédiatrique.

Références 

Callaghan, B. L., & Tottenham, N. (2016). The stress acceleration hypothesis: Effects of early-life adversity on emotion circuits and behavior. Current opinion in behavioral sciences, 7, 76-81.

McLaughlin, K. A., Weissman, D., & Bitrán, D. (2019). Childhood adversity and neural development: A systematic review. Annual review of developmental psychology, 1(1), 277-312.

Southam-Gerow, M. A. (2013). Emotion regulation in children and adolescents: A practitioner’s guide. Guilford Press.

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