Les comportements parentaux ludiques

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En tant que parent, on se demande souvent de quels comportements adopter pour soutenir le bien-être de nos enfants. Bien que vous ayez peut-être entendu parler de sensibilité ou de structure, vous ne connaissez peut-être pas les comportements parentaux ludiques. Dans cet article, rédigé par Amélie Gagné et Dre Audrey-Ann Deneault de l’Université de Montréal, nous décrivons en quoi consistent les comportements parentaux ludiques ainsi que leurs bienfaits pour le développement des enfants. Nous abordons également les comportements ludiques des enfants.

Les comportements parentaux ludiques

Les comportements parentaux ludiques incluent des comportements physiques, cognitifs et sociaux qui sont spontanés et marqués par la créativité, la joie, l’imaginaire et l’humour. On distingue habituellement deux composantes:

  • Une composante émotionnelle: par exemple la joie partagée ou rire de façon authentique ;
  • Une composante cognitive: par exemple, prendre la perspective de l’enfant ou faire preuve de créativité.

Les parents qui font preuve de comportements ludiques s’adaptent facilement à différents scénarios et types de jeux, et n’ont pas peur de sortir des sentiers battus. Par exemple, ces parents peuvent utiliser un objet pour une autre fonction pour jouer et faire rire leur enfant. Il existe un nombre infini d’exemples pour ceci, mais on pourrait penser à un parent qui fait semblant d’utiliser une spatule comme un téléphone pour faire rire son enfant.

Selon une étude récente menée par un chercheur de l’Université d’Ottawa, on pourrait faire preuve de comportements parentaux ludiques de quatre façons principales :

  1. Effort enjoué : Le parent montre qu’il a du plaisir, rit, est dynamique et enjoué en interagissant avec l’enfant.
  2. Taquineries : Le parent taquine l’enfant en utilisant des blagues ou du sarcasme.
  3. Défier les règles : Le parent fait preuve de créativité et sort des sentiers battus, brise les règles conventionnelles du jeu (p.ex., utiliser une spatule comme téléphone).
  4. Jeu physique : Le parent joue avec l’enfant par des comportements énergiques, comme les comportements de bataille ou des chatouilles.

Une période critique pour les comportements ludiques ?

Les comportements parentaux ludiques seraient particulièrement importants à l’âge préscolaire. Cette période est fort importante pour le développement des enfants. Au niveau cognitif, c’est à cet âge où l’enfant acquiert ce qu’on appelle la théorie de l’esprit. Grâce à cette habileté, l’enfant est en mesure de comprendre que les autres ont une perspective et des désirs qui leur sont propres. Par exemple, l’enfant comprend que ses jouets préférés ne sont pas ceux de tout le monde. Au niveau social, l’enfant d’âge préscolaire apprend à interagir avec des individus à l’extérieur de sa famille proche, par exemple avec les amis à la garderie, en maternelle, les voisins et les éducateurs.

Cette croissance chez l’enfant est susceptible d’influencer le choix d’activités qu’il désire faire avec son parent. Les comportements parentaux ludiques peuvent contribuer à son développement grâce à la créativité de ces comportements. Lorsque l’enfant s’apprête à entrer à l’école, le parent peut s’adapter et diminuer le temps consacré aux jeux physiques pour en consacrer davantage à des jeux créatifs qui stimulent le développement du cerveau de l’enfant.

Plusieurs parents aiment bien, par exemple, faire des jeux de rôle comme le professeur et l’élève ou ou organiser un magasin imaginaire où l’enfant joue le rôle du vendeur et le parent celui du client. Ce faisant, le parent peut contribuer à la créativité de l’enfant et son développement cognitif, en plus de bâtir ses compétences sociales.

Et les bénéfices des comportements parentaux ludiques ?

En apprenant davantage sur les comportements parentaux ludiques, on pourrait se demander en quoi ils sont bénéfiques l’enfant. En effet, certains parent pourraient trouver ces comportements contradictoires avec des pratiques plus traditionnelles visant la bonne conduite de l’enfant, comme d’éviter de contrarier notre enfant ou de proposer des jeux conventionnels, comme de discuter avec l’enfant, de faire du dessin.

La recherche montre que la créativité dans le jeu amène les enfants à apprendre à être plus flexible et à s’adapter à l’imprévu, favorisant ainsi le développement cognitif. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’un parent doive complètement transformer ses comportements et uniquement des méthodes non conventionnelles. Il peut y avoir une certaine complémentarité entre des pratiques conventionnelles telles que des conversations quotidiennes avec l’enfant et des pratiques non-conventionnelles, telles que de l’improvisation et faire place à la créativité.

De plus, les comportements parentaux ludiques seraient propices à l’établissement d’un lien d’attachement sécurisant entre l’enfant et son parent. En exprimant de la joie, des sourires et des rires, les parents montrent à l’enfant qu’ils veulent interagir avec lui. Ce plaisir bidirectionnel de passer du temps ensemble est important pour l’attachement sécurisant.

La recherche émergente dans le domaine montre aussi que ces comportements seraient associés à moins d’anxiété, de meilleures capacités de régulation émotionnelles, moins de comportements problématiques de l’enfant et de meilleures habiletés linguistiques.

Conclusion

Il est intéressant de garder en tête les bienfaits associés aux comportements parentaux ludiques sans oublier que tous les parents peuvent en faire preuve, peu importe leur genre. Étant donné les nombreux points positifs associés à cette pratique parentale pour le développement de l’enfant, il serait utile d’intégrer davantage la créativité dans les interactions quotidiennes avec son enfant. En plus des bénéfices, ça peut rendre les interactions encore plus agréables !

Références clés

Bureau, J. F., Bandk, K., Deneault, A. A., Turgeon, J., Seal, H., & Brosseau-Liard, P. (2023). The PPSQ: assessing parental, child, and partner’s playfulness in the preschool and early school years. Frontiers in Psychology14, 1274160. doi: 10.3389/fpsyg.2023.1274160

Menashe‐Grinberg, A., & Atzaba‐Poria, N. (2017). Mother–child and father–child play interaction: The importance of parental playfulness as a moderator of the links between parental behavior and child negativity. Infant Mental Health Journal, 38(6), 772-784. https://doi.org/10.1002/imhj.21678

À propos des autrices

Amélie Gagné est étudiante en 3 année au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal. Ses intérêts de recherche concernent notamment la relation parent-enfant, les pratiques parentales ainsi que les troubles du comportement alimentaire. Elle se joint au laboratoire Rise afin de pouvoir contribuer à l’avancement des connaissances en ce qui à trait à la relation père-enfant et aux expériences adverses à l’enfance. Parallèlement, elle travaille comme intervenante psychosociale dans un carrefour en santé mentale et comme coordonatrice au sein d’un organisme pour enfants à besoins particuliers. Elle compte poursuivre sa formation au doctorat en psychologie.

Dre Audrey-Ann Deneault est une chercheuse en psychologie se spécialisant dans l’étude des familles et des relations interpersonnelles en contexte. Elle détient un doctorat en psychologie expérimentale de l’Université d’Ottawa et a complété un stage postdoctoral à l’Université de Calgary. Elle est présentement professeure adjointe en psychologie sociale au Département de psychologie de l’Université de Montréal et la directrice du Laboratoire sur les Relations Interpersonnelles en Société et dans leur Environnement (RISE). Audrey-Ann est également la fondatrice d’ÉducoFamille.

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