La transmission intergénérationnelle des expériences adverses à l’enfance

Une mère tient un bébé.
La transmission intergénérationnelle des expériences adverses à l’enfance des parents aux enfants peut nuire au développement de l’enfant.

Plusieurs personnes vivent des expériences adverses à l’enfance, telles que des expériences de violence et de négligence. Une question importante porte sur la transmission intergénérationnelle de ces expériences : y a-t-il un impact sur les enfants des parents ayant vécu de telles expériences ? La recherche suggère que cette transmission affecte certaines sphères du développement des enfants, mais pas toutes. De plus, certaines personnes seraient davantage à risque de cette transmission intergénérationnelle. Cet article, rédigé par Mahée Gariépy et Dre Audrey-Ann Deneault, décrit une récente étude explorant la transmission intergénérationnelle des expériences adverses à l’enfance et ses impacts chez les enfants.

La transmission intergénérationnelle des expériences adverses

Les expériences adverses à l’enfance incluent une dizaine d’expériences négatives ayant lieu avant l’âge de 18 ans :

  • La violence (psychologique, physique ou sexuelle)
  • La négligence (psychologique ou physique)
  • La dysfonction familiale (p.ex., violence conjugale, trouble de santé mentale ou incarcération des parents)

La recherche scientifique démontre clairement que les personnes ayant vécu ces expériences sont davantage à risque de difficultés tout au long de leur vie, et ce, tant au niveau physique que psychologique.

En plus de son influence sur l’individu, les expériences adverses à l’enfance peuvent avoir un impact sur plusieurs générations. Par exemple, les enfants de parents ayant vécu des expériences adverses à l’enfance ont un risque plus élevé de souffrir d’un retard développemental et de difficultés émotionnelles et comportementales ou d’avoir un tempérament difficile.  

Où en est la recherche jusqu’à maintenant ?

La plupart de la recherche portant sur la transmission intergénérationnelle des expériences adverses à l’enfance s’est intéressée aux difficultés de santé mentale chez les enfants. Ces études soulignent d’ailleurs la nécessité d’explorer la transmission pour d’autres domaines du développement de l’enfant.

De plus, il est important de noter que certaines études démontrent des résultats contradictoires. Certaines ont démontré des résultats préoccupants entre l’exposition aux expériences adverses à l’enfance des parents et les risques quant aux impacts négatifs sur le développement de l’enfant. Cependant, d’autres n’ont pas trouvé d’évidence d’une telle transmission intergénérationnelle.

Notre étude a donc visé à dresser un portrait complet de l’influence des expériences adverses à l’enfance sur plusieurs domaines du développement de l’enfant :

  • Le fonctionnement cognitif, socioémotionnel, langagier et moteur ;
  • Les difficultés sociales ;
  • Les difficultés de santé mentale.

Pour ce faire, nous avons réalisé une méta-analyse. Cette méthode permet de répertorier et faire la synthèse de tous les articles scientifiques portant sur une question de recherche. Ce faisant, nous pouvons obtenir des résultats rigoureux. De plus, cette méthode nous a permis d’évaluer si certaines personnes seraient plus à risque d’une transmission intergénérationnelle. En effet, certains facteurs peuvent influencer négativement ce lien, par exemple, les facteurs de risque familiaux tels que le faible revenu, le jeune âge des parents ou encore les difficultés de santé mentale chez les parents.

Les résultats de notre étude

Notre étude, publiée dans la revue scientifique Child Abuse and Neglect, a fait une synthèse des résultats de 52 études scientifiques. Ces études comprenaient plus de 48 000 enfants et leurs parents. Il est important de noter que la majorité des parents dans ces études étaient des mères et habitaient en Amérique du Nord.

Nos analyses ont démontré des influences différentes selon le domaine de développement de l’enfant. En effet, les expériences adverses à l’enfance chez les parents n’auraient pas d’influence au niveau du développement cognitif, langagier, moteur et social de l’enfant.

Cependant, nos résultats ont révélé que les enfants ont davantage de difficultés de santé mentale lorsque leurs parents ont vécu des expériences adverses à l’enfance. En effet, ces enfants présenteraient plus de symptômes de dépression, d’anxiété, d’hyperactivité et de troubles de conduite.

Nous n’avons pas trouvé de risque plus élevé de transmission intergénérationnelle chez les parents ayant des facteurs de risque familiaux.

En conclusion

De façon générale, nous considérons que ces résultats sont encourageants. En effet, le fait d’avoir vécu des expériences adverses à l’enfance n’est pas déterminant pour le développement de l’enfant. Il est donc possible pour les parents ayant eu un passé difficile de favoriser le développement positif de leur enfant, notamment grâce à l’adoption de pratiques parentales positives.

Néanmoins, les enfants ont plus de chance d’avoir des difficultés de santé mentale si leurs parents ont vécu des expériences adverses à l’enfance. Il est possible que cette transmission soit due aux difficultés de santé mentale auxquelles ces parents font eux-mêmes face. C’est donc pourquoi il est important que les parents agissent afin de briser le cycle de transmission intergénérationnelle. Le soutien psychologique et le soutien social sont des aspects clés sont notamment des aspects efficaces pour briser le cycle de transmission.

De plus, il est important que les parents soient attentifs aux signaux de leurs enfants qui pourraient faire face à des difficultés de santé mentale, pour pouvoir agir le plus tôt possible.

Sources clés

Madigan, S., Deneault, A. A., Racine, N., Park, J., Thiemann, R., Zhu, J., … & Neville, R. D. (2023). Adverse childhood experiences: a meta‐analysis of prevalence and moderators among half a million adults in 206 studies. World Psychiatry, 22(3), 463-471. https://doi.org/10.1002/wps.21122

Racine, N., Deneault, A.-A., Thiemann, R., Turgeon, J., Zhu, J., Cooke, J., & Madigan, S. (2023). Intergenerational transmission of parent adverse childhood experiences to child outcomes: a systematic review and meta-analysis. Child Abuse & Neglect, 106479. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2023.106479

À propos des autrices

Mahée Gariépy complète présentement son baccalauréat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. Étant une grande passionnée de la recherche, elle compte entreprendre, à la fin de son bac, une maitrise puis un doctorat en recherche. Pour renforcer son intérêt, elle commence prochainement, une thèse de spécialisation sur le thème de la technoférence. Ses intérêts de recherche se concentrent notamment sur les relations familiales, l’attachement, les technologies, les troubles du comportement alimentaire et bien d’autres. Elle combine son poste d’auxiliaire de recherche dans le Labo RISE avec son travail d’aide-éducatrice en CPE.

Dre Audrey-Ann Deneault est une chercheuse en psychologie se spécialisant dans l’étude des familles et des relations interpersonnelles en contexte. Elle détient un doctorat en psychologie expérimentale de l’Université d’Ottawa ainsi que des stages notamment  un stage postdoctoral à l’Université de Calgary. Elle est présentement professeure adjointe en psychologie sociale au Département de psychologie de l’Université de Montréal et la directrice du Laboratoire sur les Relations Interpersonnelles en Société et dans leur Environnement (RISE). Audrey-Ann est également la fondatrice d’ÉducoFamille.


 

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