Situation de précarité financière et congé parental

En situation de précarité financière, il peut être difficile de s’absenter du travail suite à la naissance d’un enfant.

Les premiers mois de vie d’un enfant sont essentiels pour établir un lien d’attachement sécurisant entre le nourrisson et son parent. Pour les parents, cette période peut toutefois s’accompagner de difficultés financières dues à un arrêt temporaire du travail. Un retour précoce des parents sur le marché du travail pourrait interférer avec l’établissement d’un lien d’attachement sécurisant et, par conséquent, l’anxiété vécue par l’enfant vis-à-vis la séparation de son parent. Cet article présente les résultats d’une étude menée par Gabrielle Garon-Carrier, professeure à l’Université de Sherbrooke, qui s’intéresse à l’association entre le congé de maternité, la situation économique des familles dans les premiers mois de vie de l’enfant et le développement de l’anxiété de séparation chez les enfants d’âge préscolaire.

Anxiété de séparation : la peur d’être sans son parent 

L’anxiété de séparation est la peur d’être séparé du principal donneur de soin, généralement la mère dans les premiers mois de vie. Il est question d’anxiété de séparation, par exemple, lorsqu’un enfant manifeste de la détresse lorsque séparé de son parent. L’enfant peut faire des cauchemars, souffrir de maux de tête ou de ventre. Il peut également créer des scénarios catastrophiques ou adopter des comportements d’opposition. 

Les premiers symptômes se manifestent entre l’âge de 6 et 12 mois et demeurent observables jusqu’à l’âge de 3-4 ans. Ils tendent à disparaitre à mesure que l’enfant se développe au plan cognitif. L’anxiété de séparation devient problématique lorsque les symptômes persistent, sont démesurés et inappropriés pour le stade de développement de l’enfant. Ces symptômes prennent la forme plus sévère d’un trouble anxieux qui s’accompagne d’inquiétudes excessives vis-à-vis la séparation avec le parent. Cela entraine aussi l’apparition d’autres problèmes de santé mentale à l’adolescence et à l’âge adulte comme la dépression ou l’alcoolisme.

Importance du lien d’attachement

En début de vie, le nourrisson recherche une proximité avec un adulte pour recevoir les soins nécessaires pour vivre et se sentir en sécurité. La première année de vie constitue une période privilégiée pour établir un lien d’attachement sécurisant entre le parent et l’enfant. À cet âge, le développement du lien d’attachement repose principalement sur la proximité physique, la chaleur et la qualité de la réponse du parent face aux demandes de son enfant. Un enfant ayant un lien d’attachement sécure avec son parent sera plus confiant à explorer son environnement et à vivre de nouvelles expériences. Or, un enfant ayant un lien d’attachement insécure avec son parent sera plus inhibé et réticent à explorer son environnement. Cela pourrait contribuer également à l’émergence de symptômes d’anxiété de séparation.

Le pour et le contre du congé parental

Le congé parental pourrait favoriser la création d’un lien d’attachement sécurisant. Ainsi, le parent pourrait s’occuper de son enfant et répondre à ses besoins pendant une période sensible de son développement. Cependant, le congé parental peut entrainer une baisse du revenu dû à la cessation d’emploi, ce qui met certaines familles en situation de précarité. Dans ce contexte, le choix peut être difficile à savoir s’il faut retourner plus tôt sur le marché du travail.

Un retour précoce au travail suscite plus de séparations entre un parent et son enfant. Cela peut compromettre la qualité des comportements parentaux et des interactions parent-enfant, essentiel au développement d’un attachement sécurisant. Cependant, retourner plus rapidement sur le marché du travail permettrait d’accéder à des ressources pour répondre aux besoins de l’enfant. En ce sens, un retour précoce sur le marché du travail pourrait aussi être bénéfique pour l’enfant. 

Mais quel est le meilleur choix pour l’enfant ? Que le parent en situation de difficultés financières retourne plus rapidement sur le marché du travail ? Que le parent profite de l’entièreté de son congé parental?

L’étude qui permet d’y voir plus clair

Dans une étude menée auprès de 1295 familles québécoises, la professeure Gabrielle Garon-Carrier a tenté de déterminer dans quelle mesure la situation financière des familles et la situation professionnelle des mères (retour au travail ou congé de maternité) lorsque l’enfant était âgé de 5 mois, étaient associées aux symptômes d’anxiété de séparation chez les enfants d’âge préscolaire, entre l’âge de 17 mois et 6 ans. Les mères participantes ont ensuite été réparties en trois groupes. Dans le premier groupe, elles étaient en congé de maternité et n’étaient pas en situation de précarité financière. Dans le deuxième groupe, elles étaient à la fois en congé de maternité et en situation de précarité financière. Finalement, dans le troisième groupe, elles étaient retournées sur le marché du travail (et pas en situation de précarité financière).

Les résultats montrent que les enfants dont les mères étaient en congé de maternité avaient un niveau d’anxiété de séparation moins élevé entre l’âge de 17 mois et 6 ans que ceux de mères qui étaient retournées sur le marché du travail, et ce, même si la famille éprouvait temporairement des difficultés financières. À l’inverse, les enfants de mères qui étaient retournées au travail dans les 5 mois suivant leur naissance avaient un niveau d’anxiété de séparation significativement plus élevé que les autres. 

Ainsi, lorsque les difficultés financières vécues par la famille sont temporaires, il semble préférable de demeurer en congé de maternité que de retourner rapidement sur le marché du travail suivant la naissance de l’enfant pour prévenir le développement d’anxiété de séparation chez l’enfant. 

En conclusion

Cette étude vient en appui à l’importance du congé de maternité (ou du congé parental). Comme parent, bénéficier d’un programme de congé parental qui permet un minimum de congés payés garantis, pour éviter la précarité financière à long terme de certaines familles et de retourner au travail dans les premiers mois suivant la naissance de l’enfant, contribue à une bonne santé mentale chez les enfants.

À propos des auteur.rices

Gabrielle Cloutier

Gabrielle Cloutier est bachelière en psychoéducation de l’Université de Sherbrooke et travaille comme auxiliaire de recherche pour le Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE). À l’automne 2024, elle poursuivra ses études à la maitrise en psychoéducation, profil recherche, à l’Université de Sherbrooke. Son mémoire portera sur l’influence des facteurs associés aux contextes éducatif et social de l’école sur la persévérance et la réussite scolaires des élèves en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA).

Laurie-Anne Kosak

Laurie-Anne Kosak détient un baccalauréat en neuroscience cognitive et une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Son mémoire porte sur les facteurs de protection à l’enfance, plus spécifiquement sur les effets de l’exercice parascolaire en enfance sur l’engagement et la réussite scolaire ultérieurs. Elle débutera un doctorat en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke en septembre 2024. Sa thèse portera sur le bien-être parental dans la période de transition à la parentalité, et les impacts de celui-ci sur le développement de l’enfant.

Gabrielle Garon-Carrier

Gabrielle Garon-Carrier est professeure au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke. Ses travaux sont ancrés dans une approche longitudinale et combinent à la fois le domaine de la psychologie, l’éducation, la sociologie, et la santé publique pour mieux comprendre les mécanismes développementaux de la santé cognitive et mentale de l’enfant et les trajectoires d’adaptation scolaire. Les travaux de la professeure Garon-Carrier visent également à faire progresser les connaissances sur l’impact des politiques et des services qui s’adressent aux familles avec de jeunes enfants, dans le but de mettre en lumière les facteurs qui favorisent l’équité au sein de la famille et des services publics. Depuis juin 2020, elle est directrice du Early Learning and Social Adjustment Research Lab (LilLab) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la préparation à l’école, l’inclusion des populations vulnérables et l’adaptation sociale.

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