Soutenir l’engagement de l’enfant, pourquoi et comment?

Un enfant pleinement engagé dans son activité

En recherche, la qualité éducative a longtemps été étudiée du point de vue de l’adulte. Un environnement éducatif de qualité permet de soutenir pleinement le développement des capacités de l’enfant. Il vise aussi à respecter le rythme de développement unique de chaque enfant. Ainsi, on a souvent examiné le contexte de classe et les pratiques des adultes pour déterminer la qualité de l’éducation que pouvait recevoir un enfant.

Or, la réussite de l’enfant est liée à un ensemble de facteurs qui s’interinfluencent. Par exemple, les relations entre la famille et le service éducatif influencent la qualité des échanges que l’enfant a avec son éducateur ou son enseignant. De la même façon, les valeurs de la société dans laquelle il évolue influencent d’une certaine façon son développement. Un bon exemple concerne les politiques d’accès aux services éducatifs à l’enfance. Si les familles reçoivent des incitatifs financiers pour accéder à des services éducatifs, il y a de fortes chances que leurs enfants expérimenteront ces services plutôt que de demeurer dans leur milieu familial.

L’engagement de l’enfant et sa place dans le développement

Les chercheurs se sont aussi penchés sur un aspect de la qualité éducative propre à l’enfant lui-même : la qualité de son engagement. L’engagement de l’enfant englobe la durée et l’intensité de sa participation, de son attention et des interactions qu’il a avec les autres et le matériel. Un bon indicateur d’engagement est le niveau de curiosité et de persévérance démontré par un enfant dans le cadre d’une activité. Un enfant qui se désintéresse rapidement et passe d’une activité à l’autre démontre peu d’engagement.

Des études ont montré que les enfants qui sont plus engagés dans leur milieu éducatif sont aussi plus ouverts à participer aux activités proposées. Ils ont donc tendance à être exposés à une plus grande variété d’expériences d’apprentissage, ce qui soutient mieux leur développement. On note entre autres des bienfaits sur le plan des compétences langagières orales et écrites, socioémotionnelles, et d’autorégulation.

Un concept à plusieurs facettes

Les chercheurs décrivent souvent l’engagement de l’enfant sous trois différents aspects :

  • L’engagement avec l’adulte. Efforts que l’enfant met en œuvre pour initier et soutenir des échanges avec l’adulte. Les enfants qui ont un haut niveau d’engagement avec l’adulte synchronisent leurs comportements avec celui-ci. Cela implique de s’orienter physiquement vers l’adulte, d’engager des conversations et de synchroniser leur réponse affective (sourire et rire en même temps, devenir sérieux, etc.).
  • L’engagement avec les pairs. Actions que l’enfant réalise pour interagir avec ses pairs. On y retrouve la recherche de proximité avec les autres enfants, la coopération, ainsi que le niveau de popularité dans le groupe.
  • L’engagement avec les activités. Ce dernier aspect fait référence à l’attention soutenue de l’enfant envers la tâche à compléter. Il inclut le niveau d’indépendance de l’enfant, c’est-à-dire la confiance que l’enfant a en sa capacité de réussir. Il englobe aussi la capacité à aller chercher une aide extérieure de façon opportune.

Évolution de l’engagement de l’enfant entre 0 et 5 ans

Dans la réalité, l’engagement de l’enfant n’est pas stable et il aurait tendance à évoluer avec le temps. Des chercheurs pensent ainsi qu’il existe des capacités d’engagement « de base » et d’autres « développementales ».

Les capacités d’engagement de base seraient accessibles à tous les enfants, peu importe leur âge. Par exemple, la capacité à suivre un objet du regard s’applique autant chez les bambins que les enfants du primaire. Il s’agit ainsi d’indicateurs du niveau d’engagement, mais qui ne brossent pas un portrait complet de la situation.

Les capacités d’engagement développementales, quant à elles, nécessitent des compétences cognitives de plus haut niveau. On peut penser aux capacités de communication verbale, qui commencent à se développer entre 1 et 3 ans. Un autre exemple concerne les capacités de résolution de problèmes, qui impliquent de devoir persévérer et trouver des solutions malgré la présence d’obstacles.

L’engagement de l’enfant dans la recherche québécoise

Une recherche récente montre d’ailleurs que les niveaux d’engagement d’enfants de 3 à 5 ans en services éducatifs à l’enfance au Québec sont relativement bas. Ils ont toutefois tendance à s’améliorer avec le temps. Sur une échelle de 1 à 7, l’engagement moyen des enfants à 3 ans se situe autour de 2,5 pour l’engagement avec les pairs et avec l’adulte. Il atteint un score de 4 pour l’engagement envers la tâche. À 5 ans, l’engagement envers les pairs se situe autour de 3,5, alors que l’engagement envers la tâche atteint les 4,5. L’engagement envers l’adulte ne se développe pas davantage dans ce laps de temps.

On peut ainsi voir que les enfants de 3 à 5 ans ont tendance à être plus engagés avec les activités offertes qu’avec les personnes qui les entourent. Cela n’est toutefois pas surprenant, considérant que les compétences sociales sont encore en développement à cet âge. Les niveaux relativement bas d’engagement marquent aussi l’importance d’adapter les activités au niveau de développement et à l’intérêt des enfants. Cela leur permet de maximiser l’implication dont ils peuvent faire preuve à cet âge.

Soutenir l’engagement de son enfant à la maison

Ainsi, les capacités d’engagement des enfants sont encore fragiles entre 0 et 5 ans. Voici donc quelques conseils pour vos activités à la maison :

  • Plus l’enfant est jeune, moins ses capacités d’engagement sont élevées. Rappelez-vous qu’un enfant a un temps d’attention équivalent à son âge pour un enseignement réalisé par l’adulte. Il ne faut pas trop insister si vous voyez que votre enfant se désintéresse.
  • L’engagement de l’enfant est plus élevé dans les activités initiées par celui-ci. Si vous souhaitez réaliser des activités éducatives à la maison, assurez-vous qu’il s’agisse d’un contexte d’exploration. L’enfant sera plus engagé s’il décide de l’orientation du jeu par lui-même.
  • Un enfant de 0 à 5 ans sera plus intéressé par l’activité proposée que par les personnes avec qui il la réalise. Toutefois, rappelez-vous que l’engagement est plus élevé avec les pairs qu’avec les adultes. Réaliser des activités avec d’autres enfants est une bonne façon de travailler graduellement l’engagement social de votre enfant.
À propos de l’autrice
À propos de l’autrice

Maude Roy-Vallières complète un doctorat en éducation à l’Université du Québec à Montréal. Elle s’intéresse à la qualité des services éducatifs à l’enfance et plus particulièrement à la façon dont la qualité éducative diffère selon le contexte. Elle est l’auteur du livre Planification d’activités pour la Maternelle 4 ans visant à soutenir les enseignants du préscolaire dans leur pratique.

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