
Au Québec en 2023, 7858 enfants vivaient en famille d’accueil à la suite d’une mesure de placement. Bien qu’il s’agisse d’une expérience agréable pour certaines familles, d’autres rencontrent davantage de difficultés. Les enfants placés arrivent dans leur nouveau milieu avec divers enjeux qui peuvent constituer un défi dans l’ajustement des familles à leurs besoins. Cet article, rédigé par Claudie Tremblay et Rosalie Michaud, aborde les répercussions et les facteurs favorisant le succès des placements en famille d’accueil sur l’enfant placé et les parents d’accueil.
Placements en famille d’accueil
Le placement dans une famille d’accueil est une mesure de dernier recours qui se concrétise lorsque la sécurité et/ou le développement de l’enfant sont compromis dans son milieu familial. Les difficultés des parents biologiques à s’ajuster aux besoins de leur enfant peuvent rendre le milieu familial nuisible à leur bien-être. Entre autres, ces figures de soins peuvent manquer de disponibilité et de sensibilité à l’égard des besoins fondamentaux de l’enfant. Dans ce contexte, les enfants sont retirés de leur milieu de vie pour des motifs de négligence ou de maltraitance. Bien que cette mesure soit dans l’intérêt de l’enfant, elle provoque une coupure relationnelle ayant des répercussions sur son développement.
En bas âge, les enfants dépendent de leur figure de soins afin de répondre à leurs besoins et assurer leur survie. Cette dépendance place les enfants dans une position de vulnérabilité. Particulièrement, cette vulnérabilité est accentuée chez les enfants ayant vécu des expériences de maltraitance et de négligence. Ainsi, une expérience de placement peut rendre ces derniers encore plus fragiles. Au moment du placement, le changement de milieu constitue une perte de repères pour l’enfant. Cet événement sollicite une immense capacité d’adaptation chez celui-ci.
Quels sont les effets du placement chez les enfants d’âge préscolaire?
Les enfants placés sont davantage prédisposés à développer des problèmes de santé mentale que la population générale. Parmi ces difficultés, on retrouve des problèmes intériorisés (anxiété, problème émotionnel, dépression, etc.) et des problèmes extériorisés (agressivité, opposition, etc.). On retrouve également des retards de développement ainsi que de l’insécurité sur le plan de l’attachement. De plus, s’adapter peut constituer un plus grand défi pour ces enfants en raison de leur difficulté à gérer leurs émotions.
Les caractéristiques du parent d’accueil
Comme ces enfants rejoignent la famille d’accueil avec un lourd vécu, les parents d’accueil doivent jongler avec un lot d’enjeux. Ces parents doivent aussi s’adapter à chaque enfant qu’ils accueillent. Toutefois, les caractéristiques individuelles du parent d’accueil peuvent permettre à l’enfant de mieux se développer. En ce sens, les caractéristiques du parent d’accueil influencent davantage l’adaptation de l’enfant placé que son historique avant le placement. Les effets des épreuves vécues par l’enfant peuvent être diminués par la sensibilité parentale. La sensibilité parentale correspond à la capacité du parent à bien reconnaître, interpréter et répondre aux signaux de l’enfant.
Également, la capacité du parent d’accueil à s’engager pleinement dans la relation avec l’enfant placé est associé à une meilleure stabilité de placement et à une plus grande sensibilité parentale. L’engagement peut s’avérer difficile pour le parent d’accueil lorsqu’il est possible que l’enfant retourne dans sa famille d’origine. Le parent d’accueil peut tendre à diminuer son engagement envers cet enfant afin de se protéger d’une éventuelle coupure relationnelle. Néanmoins, il est encourageant de penser que la disponibilité du parent d’accueil favorise le bien-être de l’enfant placé malgré ses difficultés.
Influences sur l’expérience des familles d’accueil
Les parents d’accueil détiennent un rôle très important dans l’ajustement de l’enfant accueilli dans leur milieu. En effet, ces parents ont la possibilité d’offrir une expérience relationnelle positive à ces derniers. Il est donc important de s’intéresser aux facteurs pouvant affecter la capacité des parents d’accueil à offrir un milieu adapté aux besoins spécifiques de l’enfant placé.
Être parent d’accueil: au-delà d’une expérience parentale normative
Tout d’abord, le fait d’être parent d’accueil d’un enfant placé va au-delà d’une expérience parentale normative. En effet, les difficultés comportementales et affectives fréquemment vécues par ces enfants peuvent compromettre la relation parent-enfant. Ces enjeux présentés par l’enfant peuvent également provoquer du stress chez le parent d’accueil, pouvant occasionner des tensions familiales importantes.
Selon la théorie de l’attachement, les expériences vécues par les enfants auprès de leur première figure d’attachement modulent leurs attentes et leur façon d’interagir dans les relations interpersonnelles ultérieures. Ainsi, en regard des expériences pré-placement vécues, les enfants peuvent tendre à repousser les nouveaux donneurs de soins. Ces enfants peuvent aussi se comporter de manière à suggérer qu’ils n’ont pas besoin de leurs parents d’accueil. Les parents d’accueil peuvent alors réagir sous leur niveau de compétences parentales. Cela signifie qu’ils répondent aux attentes de soins que ces enfants ont développées lors de leurs premières relations.
Lorsqu’interrogés sur leur expérience globale, les parents d’accueil soulignent que leur personnalité et leurs compétences jouent un rôle dans le succès du placement. Selon eux, connaître les facteurs exacerbant leur stress, leurs forces et leurs limites fait une différence positive. Comme il s’agit d’un milieu parsemé d’imprévus, il est bénéfique que les parents d’accueil soient flexibles, ouverts d’esprit et préparés aux défis qu’ils peuvent rencontrer. En étant conscients de leurs cordes sensibles, ils sont plus enclins à recourir à une aide externe lorsque nécessaire. Aussi, l’atmosphère familiale et le support obtenu dans l’accueil d’enfants placés sont importants afin que tous s’adaptent mieux à leur nouvelle réalité.
Stratégies favorisant l’adaptation de l’enfant et des parents d’accueil à la nouvelle situation familiale
Savoir vers qui se tourner. Les parents d’accueil ont besoin d’avoir un entourage soutenant afin de favoriser leur adaptation à ce contexte familial. Certains parents d’accueil ont souligné que le fait d’échanger avec d’autres parents d’accueil était particulièrement rassurant. Ce contact permet d’échanger sur les difficultés, les inquiétudes et mêmes sur les outils et ressources pouvant leur permettre de s’adapter aux besoins de l’enfant.
Favoriser l’engagement parental. Les parents d’accueil doivent prendre en compte leurs besoins et limites personnels lorsqu’ils décident d’accueillir un enfant dans leur milieu. L’engagement du parent d’accueil envers l’enfant placé peut diminuer si ces derniers ont accueilli plusieurs enfants par le passé. Il est important pour le parent d’accueil de réfléchir à son niveau d’engagement avant d’accueillir un enfant dans son milieu.
Favoriser la sensibilité parentale. Bien que les parents de famille d’accueil peuvent avoir accueilli plusieurs enfants, il est important que ceux-ci soient à l’écoute de chaque enfant. Ils ne doivent pas prendre pour acquis que tous les enfants ont les mêmes besoins. Particulièrement, le parent d’accueil peut tenter de s’adapter au rythme de l’enfant. Le parent peut aussi reconnaître ses signaux et les interpréter correctement en fonction de ses réactions.
Considérer le point de vue de l’enfant et s’intéresser à ses états mentaux. Essayer de voir le monde du point de vue de l’enfant permet d’accorder de la valeur à son vécu subjectif et de valider sa propre expérience du monde qui l’entoure. Ainsi, lorsque le parent arrive à bien cibler l’émotion ressentie par l’enfant, cela génère de la confiance envers ce donneur de soins. L’enfant peut aussi se sentir validé par rapport à l’émotion vécue. Ceci favorise une meilleure identification des émotions chez l’enfant et ultimement, une meilleure régulation des émotions. L’engagement, l’authenticité, l’intérêt, l’empathie et la validation des réactions de l’enfant sont des facteurs clés permettant à l’enfant de mieux se développer sur le plan affectif.
À propos des autrices

Claudie Tremblay est étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Elle fait partie du Laboratoire de psychologie légale. Elle s’intéresse au vécu des enfants sous la Loi de la protection de la jeunesse et aux facteurs favorisant un meilleur ajustement chez ces derniers.

Rosalie Michaud est étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) au sein du Laboratoire d’Études sur le Développement de l’Enfant et sa Famille (LEDEF). Elle s’intéresse aux liens entre les traumatismes interpersonnels vécus dans l’enfance de la figure de soins, le fonctionnement réflexif parental et l’attachement. Elle a également un fort intérêt pour la trajectoire des enfants à risque de maltraitance et de négligence et les répercussions sur leur développement.