Les impacts des traumas complexes durant l’enfance

Les traumas complexes durant l'enfance peuvent avoir des impacts importants sur le développement des enfants.
Les traumas complexes durant l’enfance peuvent avoir des impacts importants sur le développement des enfants.

Les traumas complexes durant l’enfance (ou traumas développementaux complexes) représentent un enjeu d’ordre sociétal. En effet, ils affectent lourdement le développement et la santé des enfants. Dans la deuxième partie de cet article, Camille Guérin-Marion, doctorante en psychologie clinique à l’Université d’Ottawa, explique plus en détail les effets des traumas complexes sur le développement des enfants. Elle discute également des approches thérapeutiques qui visent à traiter les symptômes associés aux traumas complexes chez les enfants.

Note : L’information présentée dans cette ressource est fournie à des fins éducatives seulement. Elle ne remplace pas les directives d’un·e professionnel·le de la santé mentale.

Quels sont les effets des traumas complexes sur le développement du cerveau et du système nerveux de l’enfant?

Le développement séquentiel du cerveau

Les traumas complexes à l’enfance ont un effet déstabilisateur sur le développement du cerveau et du système nerveux. Afin de comprendre la nature de ces effets, il faut d’abord savoir que le cerveau ne se développe pas de façon uniforme durant l’enfance. Ça se produit plutôt de manière dite « séquentielle »:

  • Certaines parties du cerveau se développent en premier, principalement durant la grossesse et nos premières années de vie. Ces parties sont celles qui activent nos émotions de base, telles que la peur, et qui visent à assurer notre survie. En effet, lorsqu’on détecte une menace (réelle ou potentielle), ces parties du cerveau communiquent avec le système nerveux afin d’activer une réponse physiologique de survie (p.ex., lutte ou fuite) à travers tout le corps. Cette réponse physiologique permet à l’enfant de s’autoprotéger. Ensemble, ces parties du cerveau forment ce qu’on appelle le « cerveau émotionnel ».
  • D’autres parties du cerveau qui se développent plus tard, soit plutôt vers l’âge scolaire et jusqu’à l’âge adulte. Ces parties sont celles qui nous permettent d’apprendre et de rester en contrôle de soi. Par exemple, celles-ci nous aident à raisonner, planifier, réfléchir avant d’agir, et réguler nos émotions. On appelle ces parties du cerveau le « cerveau rationnel ».

Les impacts d’un environnement traumatique sur le cerveau

Le cerveau émotionnel est particulièrement sensible aux premières expériences de vie. Lorsqu’il fait face à un environnement chaotique et apeurant, il n’a aucun choix que de s’adapter. Ainsi, celui-ci peut devenir « suractif ». En d’autres termes, le cerveau émotionnel s’adapte au contexte traumatique en devenant extrêmement habile à anticiper, détecter et réagir aux menaces potentielles dans l’environnement. Le système nerveux, quant à lui, devient hypersensible au stress et déploie donc rapidement des réponses de survie.

Dans l’environnement traumatique, une telle adaptation du cerveau et du système nerveux est nécessaire à la survie de l’enfant. Toutefois, un cerveau émotionnel suractif enregistre des menaces potentielles un peu partout, même dans les contextes dans lesquels l’enfant est en sécurité. Un regard, une expression faciale, un bruit, une odeur, une sensation interne… les déclencheurs de stress peuvent se faire nombreux et subtils. Ainsi, l’enfant traumatisé se retrouve souvent dans un état de stress chronique.

Qu’en est-il du cerveau rationnel, dans tout ça? Alors que le cerveau émotionnel de l’enfant devient souvent suractif face à un environemment traumatique, le cerveau rationnel quant à lui peut devenir sous-utilisé. Pourquoi? Le cerveau émotionnel se tient aux premières loges du traitement des informations dans le cerveau. Ainsi, lorsqu’une menace potentielle est détectée, le cerveau émotionnel est le premier à filtrer cette information (ce qui déclenche la réponse de survie). Ce processus se fait avant que le cerveau rationnel puisse recevoir l’information à propos de la menace. Ainsi, si le cerveau émotionnel est constamment en état d’alerte, le cerveau rationnel a peu de chances d’évaluer la sécurité de l’enfant de façon plus globale, équilibrée et réfléchie.

Le résultat est donc un déséquilibre nuisible. Le cerveau de l’enfant victime de traumas complexes se développe de façon à être orienté vers la prévention de la menace et le maintien de la survie. Ce processus se fait aux dépends de l’apprentissage, du contrôle de soi et du développement d’un sentiment de sécurité dans le monde.

Quels sont les effets des traumas complexes sur les comportements de l’enfant?

Quand le cerveau et le système nerveux sont continuellement orientés vers le maintien de la survie, les effets sur les comportements de l’enfant sont souvent nombreux. L’activation prolongée des réponses de survie mène à des états de « dérégulation » au niveau des comportements, émotions et pensées. Par exemple, plusieurs enfants montrent les difficultés d’autorégulations suivantes :

  • Impulsivité
  • Agressivité
  • Anxiété
  • Somatisation
  • Dépression
  • Réactivité émotionelle
  • Comportements autodestructifs (tels que l’automutilation)
  • Fonctions exécutives et attention déficitaires qui nuisent à l’apprentissage

Certains jeunes développent aussi ce qu’on appelle des réponses dissociatives. La dissociation est une réponse physiologique de survie, au même titre que la fuite et la lutte. Celle-ci entraîne une tendance à se déconnecter mentalement des expériences qui évoquent du stress. Lorsque les réponses dissociatives se propagent au-delà du contexte traumatique, elles peuvent entraîner des conséquences néfastes sur le fonctionnement.

Les traumas complexes peuvent aussi avoir des effets ravageurs sur le concept de soi, l’attachement et les relations de l’enfant. L’enfant apprend à anticiper le rejet, l’indisponibilité ou l’abandon dans les relations. Il devient donc difficile pour l’enfant de faire confiance aux autres, de communiquer ses besoins à l’autre et de mobiliser un système de soutien de façon efficace autour de lui. Parfois, l’enfant en vient à croire qu’il·elle ne mérite pas d’être aimé·e ou protégé·e.

Dans certains cas, les symptômes d’un enfant peuvent rencontrer les critères du Trouble de stress post-traumatique, abordé brièvement dans la Partie 1 de cet article. Toutefois, un enfant avec des traumas complexes peut être symptomatique sans pour autant rencontrer les critères pour ce trouble.

Comment traite-t-on les traumas complexes chez l’enfant?

Il existe des approches thérapeutiques orientées vers le traitement des traumas complexes chez les enfants et adolescents. De façon générale, ces traitements préconisent une approche graduelle qui implique plusieurs composantes. D’abord et avant tout, on vise à ré-établir un sentiment de sécurité chez l’enfant. On s’efforce ainsi de « calmer » le cerveau émotionnel et le système nerveux suractifs de l’enfant, et à réengager son cerveau rationnel.

Les thérapeutes peuvent aider l’enfant à mieux réguler ses sensations physiologiques et ses émotions, ainsi qu’à identifier ce qui déclenche ses réactions de survie dans son quotidien. Dans certains cas, les thérapeutes peuvent également aider l’enfant à revisiter ses expériences traumatiques de façon progressive et encadrée. Dans cette étape, on appuie l’enfant afin qu’il·elle intègre mieux les émotions, sensations, pensées et autres réactions associées aux expériences traumatiques.

Toute intervention axée sur les traumas complexes requière la participation d’adultes impliqués auprès des soins de l’enfant. Plus souvent qu’autrement, la relation d’attachement enfant-parent est une cible essentielle—voire principale—dans le traitement. Parmi les programmes utilisés dans le traitement des traumas complexes, on compte d’ailleurs les interventions Cercle de Sécurité et Connect, qui sont principalement axées sur l’attachement. 

Plusieurs autres approches ont été étudiées auprès des enfants et adolescents avec des historiques de traumas complexes. Quelques exemples incluent le cadre Attachment, Regulation, and Competency, le Sensory Motor Arousal Regulation Treatment, la thérapie cognitivo-comportementale axée sur les traumas, et le Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Celles-ci comportent diverses méthodes et composantes. Le modèle du Dr Bruce Perry, appelé le Neurosequential Model of Therapeutics, peut aider les cliniciens à déterminer quelle approche choisir selon les besoins de l’enfant.

Pour d’autres ressources

Veuillez consulter le site web du Consortium canadien sur le trauma chez les enfants et adolescents pour plus d’informations. Ce site contient des infographiques et des ressources en français à propos des traumas complexes à l’enfance.

À propos de l'autrice
À propos de l’autrice

Camille Guérin-Marion est une chercheuse et candidate au doctorat en psychologie clinique à l’Université d’Ottawa. La recherche de Camille se penche sur l’automutilation chez les jeunes, les relations parent-enfant, et la régulation émotionnelle. Dans le contexte de sa formation clinique, Camille offre des services psychologiques auprès d’enfants, adolescents et familles.

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