L’automutilation chez les jeunes

Si un jeune se blesse avec l’intention que les personnes autour de lui s’en rendent compte, il faut d’abord le percevoir comme un symptôme de détresse, ou un cri à l’aide
Si un jeune se blesse avec l’intention que les personnes autour de lui s’en rendent compte, il faut d’abord le percevoir comme un symptôme de détresse, ou un cri à l’aide

L’automutilation (ou les comportements auto-blessants) est un sujet d’actualité avec lequel plusieurs familles sont intimement familières. Dans cet article, Camille Guérin-Marion, doctorante en psychologie clinique à l’Université d’Ottawa, discute des façons dont l’automutilation se présente chez les jeunes, et fournit des pistes aux parents sur les façons d’aborder le sujet avec leur enfant.

Note : L’information présentée dans cette ressource est fournie à des fins éducatives seulement, et ne remplace pas les directives d’un professionnel de la santé mentale.

L’automutilation est prévalente dans notre société

L’automutilation est un sujet d’actualité, notamment à cause de sa prévalence dans notre société. Selon Statistiques Canada, il y a plus de 2 500 hospitalisations par année dues à l’automutilation chez les jeunes de 10 à 17 ans. La plupart des jeunes, toutefois, s’automutilent sans jamais se rendre au stade d’hospitalisation. Le phénomène est donc plus répandu que l’on ne croit.

Une panoplie d’information sur l’automutilation est véhiculée dans les médias, sur l’internet, et dans le discours populaire. Il est souvent difficile pour les parents de départager les mythes des vérités par rapport à l’automutilation, et d’en dégager des pistes d’actions concrètes quand il est question d’aider leur propre enfant qui s’automutile.

Mais, c’est quoi, au juste, l’automutilation? Pourquoi est-ce qu’un jeune s’automutilerait? Et qu’est-ce qu’un parent peut dire ou faire pour aider?

L’automutilation : Qu’est-ce c’est?

On dit qu’un jeune s’automutile lorsqu’il/elle se blesse intentionnellement. La blessure peut se faire en se coupant, en s’éraflant, en se brûlant, en se donnant des coups, ou d’autres manières.

De façon générale, ce genre de blessures auto-infligées ne sont pas faites dans le but de mourir. On sait toutefois que plusieurs jeunes qui s’automutilent ont également des pensées suicidaires. Pour certains jeunes, se blesser est un moyen de se distraire de ces pensées négatives, ou de la détresse qui leur est associée. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles un jeune pourrait s’automutiler. Néanmoins, dans la grande majorité du temps, la principale motivation est de se soulager d’émotions négatives (p.ex., peine, colère, honte, anxiété) qui sont intenses, douloureuses, et autrement perçues comme difficiles à tolérer.

L’automutilation peut être présente à différents degrés de sévérité. En effet, certains jeunes s’automutileront une ou deux fois, et ne le referont plus jamais. Certains jeunes se blessent uniquement en moments de détresse extrême, et sont en mesure de se tourner vers d’autres stratégies de coping (p.ex., écouter de la musique, prendre une marche) pour réguler leurs émotions à d’autres moments. Pour d’autres jeunes, l’automutilation peut s’avérer plus fréquente, et se présente suite à une plus grande diversité de déclencheurs.

Plusieurs personnes pensent que les jeunes qui s’automutilent le font principalement dans le but d’avoir de l’attention. Au mieux, cette opinion est une énorme simplification de la réalité. Si un jeune se blesse avec l’intention que les personnes autour de lui s’en rendent compte, il faut d’abord le percevoir comme un symptôme de détresse, ou un cri à l’aide. Ça peut aussi être une façon de combler d’autres besoins relationnels, comme le désir de s’apparenter à un groupe de pairs. De façon générale, toutefois, les jeunes ont plus souvent tendance à éviter de divulguer leurs comportements d’automutilation, et à essayer d’en camoufler toute évidence, en raison des sentiments de honte qu’ils provoquent et de la peur du jugement social.

Je viens de découvrir que mon enfant s’automutile. Comment devrais-je lui en parler?

Découvrir que son enfant se blesse intentionnellement peut être difficile et alarmant pour les parents. Cette découverte peut aussi déclencher un sentiment de perte de contrôle. Plusieurs parents se demandent s’ils sont responsables des comportements d’automutilation de leur enfant. « Qu’est-ce que j’ai fait, ou pas fait, pour qu’on en arrive ici? » D’autres ont peur que les comportements s’empirent. Ces réactions sont normales, très communes, et font foi des intentions fondamentalement protectrices des parents lorsqu’ils sont confrontés à la souffrance de leurs enfants.

Cette vague de peur et de panique, toutefois, peut conduire les parents vers certains pièges, et ce, malgré leurs meilleures intentions. Certains voudront trouver une solution tangible et immédiate à l’automutilation, à défaut d’essayer de comprendre ce que leur jeune vit émotionnellement. Certains auront tendance à tomber dans la critique ou le contrôle. D’autres éviteront d’aborder le sujet avec leur enfant par peur d’en faire un plus gros problème ou de dire la mauvaise chose. Dans certains cas, l’automutilation devient une zone « tabou » du dialogue familial.

Chaque famille compose avec des défis différents. Mais ce qu’on sait, c’est qu’un climat relationnel soutenant est l’un des plus grands facteurs de protection pour les jeunes. On parle ici d’un climat dans lequel les émotions sont acceptées, validées et communiquées de façon ouverte.

Les jeunes qui sont aux prises avec des difficultés de santé mentale, en particulier, ont besoin de savoir que leurs parents entendent et comprennent ce qu’ils vivent. Face à des comportements d’automutilation, les parents gagnent donc énormément à ouvrir la porte à leur jeune et à leur offrir une écoute sans jugement. Ainsi, on cherche à mettre le mot sur les émotions que le jeune ressent, et sur la source de la détresse qui sous-tend l’automutilation. C’est une façon puissante de communiquer au jeune qu’on le comprend et qu’on est avec lui. Par exemple :

  • « Tu te sens dépassé, et te faire mal est la seule chose qui t’aide à passer au travers en ce moment. »
  • « Tu es fâché, et ta colère est tellement envahissante que tu as besoin d’une façon de la relâcher. »
  • « La tristesse que tu ressens est tellement lourde en ce moment. Tu as besoin d’un soulagement. Je comprends. »

Une telle validation apporte un réconfort énorme aux jeunes, même s’ils ne nous le confirment pas nécessairement. Lorsqu’ils se sentent compris et validés, les jeunes sont naturellement plus réceptifs aux pistes de solution que proposent les parents. Avec l’aide d’un professionnel de la santé mentale, les jeunes peuvent apprendre à composer plus efficacement avec leurs émotions et à remplacer l’automutilation par d’autres stratégies de coping plus adaptatives.

Pour plus d’information sur les façons de gérer l’automutilation, il est recommandé de consulter un professionnel de la santé mentale. Les ressources suivantes peuvent aussi être consultées :

Camille Guérin- Marion
Camille Guérin- Marion

Camille Guérin-Marion est une chercheuse et candidate au doctorat en psychologie clinique à l’Université d’Ottawa. La recherche de Camille se penche sur l’automutilation chez les jeunes, les relations parent-enfant, et la régulation émotionnelle. Dans le contexte de sa formation clinique, Camille offre des services psychologiques auprès d’enfants, adolescents et familles.

Sources

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Institut canadien d’information sur la santé. (2020). Des milliers de Canadiens sont hospitalisés ou décèdent en raison de blessures auto-infligées chaque année. https://www.cihi.ca/fr/des-milliers-de-canadiens-sont-hospitalises-ou-decedent-en-raison-de-blessures-auto-infligees

Institut canadien d’information sur la santé. (s.d.). Blessures auto-infligées chez les jeunes au Canada. https://www.cihi.ca/sites/default/files/info_child_harm_fr.pdf

Klonsky, E. D. (2007). The functions of deliberate self-injury: A review of the evidence. Clinical psychology review, 27(2), 226-239. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2006.08.002

Victor, S. E., Styer, D., & Washburn, J. J. (2015). Characteristics of nonsuicidal self-injury associated with suicidal ideation: evidence from a clinical sample of youth. Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health9(1), 1-8. https://doi.org/10.1186/s13034-015-0053-8

Waals, L., Baetens, I., Rober, P., Lewis, S., Van Parys, H., Goethals, E. R., & Whitlock, J. (2018). The NSSI family distress cascade theory. Child and adolescent psychiatry and mental health12(1), 1-6. https://doi.org/10.1186/s13034-018-0259-7

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