
Lorsqu’on parle du développement de l’enfant, on mentionne souvent le terme de fonctions exécutives. Concrètement, que sont ces fonctions et à quoi servent-elles? Dans cet article, Isabelle Guay, intervenante psychosociale, définit d’abord les fonctions exécutives. Ensuite, elle explique la manière dont ces fonctions se développent, particulièrement durant la période préscolaire, et ses impacts sur la réussite éducative et sociale. En dernier, l’autrice explique comment des activités simples permettent de développer les fonctions exécutives qui sont essentielles à l’adaptation de l’enfant.
Que sont les fonctions exécutives ?
Les fonctions exécutives représentent un ensemble de fonctions cognitives permettant l’atteinte d’un but ou la résolution de problèmes. Elles comprennent trois principales fonctions :

- La mémoire de travail. Celle-ci consiste à retenir et mettre à jour une information en mémoire afin de l’utiliser ultérieurement dans une nouvelle situation. Les jeux de mémoire, comme l’appariement d’images identiques, sont d’excellents moyens pour développer la mémoire de travail. Le tour de rôle demandé dans plusieurs jeux de société permet aussi le développement de la capacité d’inhibition.
- La capacité d’inhibition. Elle consiste à modifier ses actions pour les adapter aux exigences de l’environnement. Par exemple, l’enfant sollicite ses capacités d’inhibition en attendant que l’enseignant.e lui donne la parole. En contexte familial, les discussions lors des repas permettent de développer la capacité de l’enfant d’attendre son tour pour parler.
- La fonction de flexibilité mentale. Cette fonction permet de changer sa tâche ou sa stratégie pour passer d’une opération cognitive à une autre. En contexte éducatif, la flexibilité pourrait se représenter par la capacité de l’enfant à changer de rôle lors d’un jeu de « faire-semblant ». Un équilibre entre les jeux initiés par l’enfant, par l’adulte ou les autres enfants présents est une bonne manière de passer d’une tâche ou d’une idée à l’autre. Ce comportement se met en place naturellement en milieu de garde considérant la présence de plusieurs enfants. Toutefois, à la maison, il peut être nécessaire de provoquer ce genre de situation, par exemple, en laissant son enfant initier les jeux. L’adulte peut aussi accompagner l’enfant à accepter les idées des autres comme dans un jeu de rôle ou de construction.
Comment se développent ces fonctions ?
Il a été démontré que 50% du fonctionnement cognitif est attribuable à des facteurs héréditaires. Ainsi, on peut conclure que l’environnement exerce une influence sur la cognition de l’enfant dans une proportion de 50%.
Lorsque l’on parle du développement du cerveau, il est incontournable de parler de plasticité cérébrale. Ce concept fait référence à la capacité du cerveau à s’adapter en fonction des apprentissages. À la naissance, le nouveau-né nait avec une très grande quantité de neurones. Avec le temps, certains neurones qui n’ont pas été utilisés seront éliminés. Le cerveau conservera les neurones utilisés pour établir des connexions dans les premières années. Les expériences vécues par l’enfant exercent donc une influence sur le développement du cerveau. Cela vient mettre l’emphase sur l’importance de la période préscolaire chez le jeune enfant.
En effet, la période préscolaire est une période charnière en ce qui a trait aux capacités liées au fonctionnement exécutif. Les enfants font le plus de gains en ce qui a trait aux fonctions exécutives entre trois et cinq ans. L’inhibition serait la fonction qui se développerait le plus précocement, et ce, avant l’âge de 18 mois. Entre six et douze mois, le poupon réussit progressivement des tâches de détour, c’est-à-dire de faire une action au lieu d’une autre. Vers l’âge de trois-quatre ans, un processus d’inhibition plus complexe fera son apparition, car il impliquera la mémoire de travail. Cette fonction a un développement plus linéaire et progressif de quatre ans à l’adolescence. Quant à la flexibilité mentale, celle-ci progresse dès l’âge de trois ans. Avec l’âge, cette capacité devient plus précise afin de permettre de meilleures capacités réflexives et métacognitives, c’est-à-dire la capacité de réfléchir sur ses propres pensées.
Quels sont les impacts de ce développement ?
Le fonctionnement exécutif a un impact important sur la vie de l’enfant. Ces processus mentaux permettent une régulation interne efficace de la pensée, du comportement et des émotions. En effet, le développement exécutif favorise la régulation émotionnelle. Les habiletés reliées à la mémoire de travail, à l’inhibition et à la flexibilité mentale bénéficient des gains faits sur le plan de la gestion des émotions. Ces gains faits sur le plan de ces habiletés reliées à la régulation émotionnelle ainsi que cognitive sont interreliés. La capacité des enfants et adolescent.e.s à reconnaitre une gamme d’émotions permet une meilleure adaptation à une variété de situations sociales. Rares sont les parents ou intervenant.e.s qui n’ont pas eu à observer des réactions de surcharges émotives, comme des crises. Ces réactions sont normales dans le développement considérant que les habiletés pour gérer ses émotions sont en plein développement. Bref, les gains faits sur le plan des fonctions exécutives vont aider l’enfant à réguler les émotions. L’accompagnement de l’adulte est essentiel comme il est encore difficile pour l’enfant de nommer et de mettre en mots ses émotions.
Un meilleur fonctionnement exécutif pendant la petite enfance favoriserait un développement plus optimal pendant l’enfance et l’adolescence. Plusieurs études démontrent notamment que les fonctions exécutives sont associées à la réussite éducative. Le développement du fonctionnement exécutif a pour but l’adaptation de la personne à des situations nouvelles, et non routinières. Cette capacité d’adaptation est nécessaire à la trajectoire scolaire ainsi qu’à l’ensemble de la trajectoire de vie. Concrètement, ces fonctions sont associées à de meilleures habiletés en littératie, en numératie ainsi que dans les habiletés sociales.
De plus, un meilleur fonctionnement exécutif est associé aux habiletés liées à la communication. Plus précisément, les fonctions exécutives sont liées à une meilleure utilisation de stratégies de communication dans les interactions sociales. De ce fait, le fonctionnement exécutif est impliqué dans la compréhension du langage ainsi que dans les habiletés sociales.
Comment aider l’enfant à développer ses fonctions exécutives?
Les trois dimensions suivantes permettent de favoriser le développement des fonctions exécutives :
- La sensibilité réfère aux soins donnés de manière sensible et réceptive. Il s’agit de la capacité de l’adulte à percevoir les signaux de l’enfant et à y répondre adéquatement. Des réponses sensibles aux besoins de l’enfant sont associées à de meilleures performances sur le plan des mesures attentionnelles et du fonctionnement exécutif. Il peut être difficile par moment de répondre aux demandes de l’enfant dans l’immédiat. L’important est de nommer à l’enfant que nous comprenons son besoin et que nous allons y répondre dans un moment. Le plus important est de faire ce qui a été dit. Une communication bienveillante et sensible n’est pas l’absence de limite, mais une réponse constante et logique à la demande de l’enfant.
- Le soutien à l’autonomie réfère à la capacité de l’adulte à encourager l’enfant à résoudre des problèmes et à faire ses propres choix, tout en l’accompagnant dans ce processus en fonction de son stade développemental.
- Donner la possibilité à l’enfant de prendre des décisions et faire des choix pour lui-même adaptés à son âge. Exemple: décider ce qu’il va porter à l’école.
- Lorsqu’il n’y a pas d’enjeux pour la sécurité de l’enfant, laisser l’enfant expérimenter tout en verbalisant les conséquences de ses choix. Par exemple, si l’enfant refuse de mettre ses mitaines ou son pantalon d’hiver pour sortir à l’extérieur, le laisser décider pour qu’il puisse expérimenter par lui-même les effets. (N.B. S’assurer qu’il ait accès à ceux-ci au courant de la journée, par exemple, en milieux éducatifs et scolaires, particulièrement lorsque l’enfant est jeune.)
- L’orientation mentale se définit comme la capacité de l’adulte à concevoir et à traiter l’enfant comme un individu qui a ses pensées propres.
- Reconnaître les émotions vécues par l’enfant
- Nommer les émotions vécues par l’enfant. Cela lui permet de mettre des mots sur ses émotions et de mieux les gérer. Cela lui montre aussi qu’il a le droit de vivre des émotions qui lui sont propres.
Conclusion
En conclusion, les fonctions exécutives sont particulièrement importantes pour le fonctionnement et l’adaptation pendant l’enfance et l’adolescence. Afin de soutenir leur développement et favoriser l’adaptation à court, moyen et long terme, il est donc important d’offrir un environnement sensible et soutenant. Les résultats des études soulignent également la contribution des milieux de garde de qualité et soulignant l’importance des milieux éducatifs dans le développement du fonctionnement exécutif pendant l’enfance. Dans un prochain article, il sera question de l’apport des milieux éducatifs dans le développement des fonctions exécutives.
À propos de l’autrice

Isabelle Guay a poursuivi des études de deuxième cycle en psychoéducation avec un intérêt particulier pour l’intervention psychosociale en contexte de nature et d’aventure. Ses champs d’intérêts et de pratiques sont la petite enfance, la famille et l’intervention communautaire. Elle s’intéresse à la communication des connaissances et à l’écriture particulièrement.