
La recherche sur l’autisme nous éclaire de plus en plus sur cette condition complexe. Ces avancées nous permettent non seulement de mieux détecter les manifestations de l’autisme, mais aussi de développer une compréhension plus approfondie de ses multiples facettes. Ainsi, les enfants qui auraient autrefois échappé aux radars diagnostiques sont désormais identifiés plus rapidement, favorisant une prise en charge rapide et plus adaptée. Dans cet article, William Trottier-Dumont, doctorant en psychologie, et Emmanuelle Charette-Pouliot, étudiante au baccalauréat en psychologie, se penchent sur les caractéristiques fondamentales du spectre de l’autisme, cherchant à fournir au public les outils et ressources nécessaires pour mieux discerner le mythe de la réalité.
L’autisme : une condition incluse dans le DSM-5
L’autisme, condition présente dès la naissance, se définit comme une façon unique de penser et de percevoir le monde. Tout comme le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou la dyslexie, cette condition est permanente. Bien que certaines personnes reçoivent leur diagnostic à l’âge adulte, cette condition est présente dès la naissance. L’autisme apporte des défis, mais aussi son lot de forces telles que la persévérance et la pensée analytique. Celle-ci consiste à examiner de façon méthodique différentes informations pour en comprendre les causes et effets afin d’en tirer des conclusions logiques.
Le DSM-5, manuel de référence des psychologues et médecins, la nomme comme le trouble du spectre de l’autisme (TSA), caractérisé par 1) des difficultés dans les interactions sociales et la communication, ainsi que par 2) des comportements répétitifs et des intérêts spécifiques. Dans le cadre d’un diagnostic, le·la clinicien·ne évalue également le niveau intellectuel et langagier.
Ainsi, l’autisme inclut des enfants et des adultes dont le niveau intellectuel s’étend de la déficience intellectuelle à une intelligence supérieure à la moyenne (douance). Donc, contrairement à des idées préconçues, la majorité des personnes autistes présentent un niveau intellectuel dans la moyenne. Nous utilisons l’expression « personne autistes » puisqu’elle est le terme de prédilection pour de nombreuses personnes sur le spectre de l’autisme. Consultez cet article pour en apprendre davantage sur les termes utilisés en autisme.
Les causes de l’autisme
On connaît peu les origines de l’autisme. Cependant, les scientifiques s’accordent sur ces points essentiels : les vaccins et les conduites parentales ne sont en aucun cas à l’origine de l’autisme. Les recherches actuelles démontrent qu’il existe une composante génétique complexe dans le développement de cette condition. Par exemple, si une personne autiste a un jumeau ou une jumelle identique, les probabilités que cette personne soit aussi autiste augmentent à 70 %. Toutefois, les liens précis entre les composantes génétiques spécifiques et l’autisme restent obscurs, notamment en raison de la diversité des profils observés au sein du spectre de l’autisme.
Pourquoi un spectre de l’autisme ?
Le terme « spectre » est employé pour illustrer cette vaste diversité de profils au sein de cette condition. En d’autres termes, les caractéristiques comportementales et observables d’une personne autiste à une autre varient considérablement. Ainsi, l’autisme inclut autant des étudiant·e·s universitaires habitant seul·e·s, que des individus ne s’exprimant pas verbalement et nécessitant un soutien continu. À première vue, il peut sembler étonnant de les regrouper dans la même catégorie. Toutefois, ces individus partagent des traits communs, ce qui justifie leur classification au sein du spectre de l’autisme. L’une de ces caractéristiques communes se traduit par des défis dans la communication, incluant des difficultés à s’exprimer verbalement et à comprendre des informations verbales. Ces obstacles rendent la compréhension de concepts abstraits particulièrement complexes. Les concepts abstraits réfèrent à des notions dépourvues de repères concrets ou tangibles.
Le temps : quantifiable et insaisissable
Le temps est un concept abstrait. Les secondes, les minutes et les heures nous servent de repères pour nous orienter dans notre environnement. Cependant, pour les personnes autistes, la compréhension de leur environnement s’appuie davantage sur des repères visuels ou plus simplement, sur des concepts concrets. Même si ces unités de mesure temporelle sont quantifiables, elles demeurent insaisissables et invisibles. Heureusement, divers outils tels que les horloges, les agendas et les calendriers, ont été développés pour faciliter la compréhension du temps. Parmi ces outils, le time-timer, une minuterie illustrant le temps écoulé et le temps restant à l’aide de couleurs distinctes, s’est révélé particulièrement efficace autisme, simplifiant l’apprentissage de cette notion abstraite.
Les émotions : présentes et invisibles
Les émotions sont des états internes souvent provoquées par des déclencheurs de notre environnement. Déclenchée par une situation (p. ex., une présentation orale), elle se manifeste initialement à l’intérieur de nous (p. ex., la peur). Ensuite, l’émotion génère une réaction externe, comme le fait de se ronger les ongles. Cette réaction externe a pour but de nous aider à gérer et agir sur ce déclencheur.
Bien que les émotions soient universelles, leur caractère subjectif et abstrait peut les rendre plus complexes à interpréter pour certaines personnes autistes. Les personnes autistes adoptent diverses stratégies pour gérer leurs émotions, telles que le « battement de main » (flapping). Bien que ce comportement ait différentes fonctions, il est courant de l’observer pour aider à la régulation des émotions (Lire notre article : Comment les parents peuvent-ils promouvoir la régulation des émotions chez leur enfant?). Or, tenter de le contrôler ou de l’arrêter est contre-productif dans l’apprentissage de la gestion des émotions.
Cependant, un mythe persiste au sein de la population générale : les personnes autistes ne reconnaissent et n’expriment pas leurs émotions. Ce mythe perdure puisque les personnes non-autistes connaissent peu les déclencheurs et les réactions externes typiques des émotions des personnes autistes. En effet, ces déclencheurs peuvent parfois différer en raison de particularités sensorielles – par exemple, une sensibilité accrue au bruit, à la lumière ou à l’odeur. Des recherches récentes montrent, qu’entre elles, les personnes autistes ont des compétences semblables aux personnes non-autistes quant à la reconnaissance et l’identification de leurs émotions. Les études montrent également qu’environ 50 % des personnes autistes n’ont pas de difficultés émotionnelles. De plus, cette caractéristique est loin d’être unique à l’autisme ! Il semble donc que ce soit la compréhension mutuelle entre ces deux groupes qui soient davantage problématique, que la reconnaissance et l’expression elle-même.
Conclusion
Nous avons malheureusement tendance à inclure toutes les personnes autistes dans une même définition figée et restreinte. Or, l’autisme figure parmi les conditions les plus hétérogènes du DSM-5. Nous avons exploré les caractéristiques de l’autisme à travers le prisme de la compréhension de concepts abstraits, tels que les émotions et le temps. Nous pouvons extrapoler ces notions à d’autres concepts abstraits de notre société tels que l’assimilation des normes sociales, l’utilisation du sarcasme et du second degré.
Le degré de ces caractéristiques varie d’une personne autiste à l’autre, en raison de la vaste diversité des profils au sein du spectre de l’autisme. Chaque personne possède ses particularités, sa personnalité et son vécu unique, et les personnes autistes sont les mieux placées pour exprimer leurs expériences et leurs ressentis. Dans un monde où l’abstrait prévaut souvent, il est pertinent de comprendre comment la concrétisation de nos intentions, nos émotions représentent un pas de géant vers le dialogue, et vers une meilleure compréhension de l’autisme dans toute sa complexité.
L’objectif était de présenter une première introduction à la notion de l’autisme. Il est possible d’approfondir de nombreuses autres facettes de cette condition, qui sont nuancées et débattues par différents spécialistes du domaine. Nous vous encourageons donc à poursuivre cette exploration dans notre prochain article : « Perspectives sur les interactions sociales chez les personnes autistes ».
À propos de l’auteur et de l’autrice

William Trottier-Dumont est étudiant doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il fait partie du Laboratoire de recherche sur l’Autisme en recherche Autrement (AURA). Il est sous la supervision de Ève-Line Bussières et Chantal Cyr. Le projet de thèse de William porte sur l’attachement des enfants autistes, c’est-à-dire le lien de confiance qui unit un enfant autiste à son parent, et sur les méthodes utilisées pour évaluer le lien d’attachement.

Emmanuelle Charette-Pouliot est étudiante au baccalauréat en psychologie à la thèse de spécialisation à l’Université du Québec à Montréal. Elle fait partie du Laboratoire de recherche sur l’intelligence autistique (IDEA). Elle fait aussi partie du Laboratoire de recherche sur l’Autisme en recherche autrement (AURA) de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Dans le cadre de sa thèse de spécialisation, elle s’intéresse aux associations entre l’attention conjointe et l’intelligence chez les enfants autistes.