
Voir le stress comme un outil ou un ennemi peut avoir des répercussions sur votre vie et celle de votre enfant. Dans cet article, la doctorante en psychologie à l’Université de Montréal. Audrey-Ann Journault, vous introduit à la notion de préconceptions de stress. Elle vous offre également des pistes pour que votre enfant et vous puissiez bénéficier de votre stress.
Voyez-vous le stress comme un outil ou comme un ennemi?
On parle rarement du stress pour vanter ses bienfaits. En effet, la recherche a démontré les impacts négatifs du stress, notamment sur la santé et la mémoire. C’est particulièrement le cas lorsqu’on vit du stress chronique, c’est-à-dire du stress intense et répétitif sur une longue période. Pourtant, le stress n’a pas que des effets négatifs. Il est même impossible de l’éliminer complètement, puisqu’il est nécessaire à notre vie.
Le stress vécu de façon sporadique est avant tout un outil incroyable et puissant que le corps possède pour affronter les défis de la vie, s’adapter et grandir. Les moments les plus joyeux et significatifs d’une vie, telle la naissance d’un enfant, sont souvent parmi les plus stressants. Même les manifestations désagréables de stress servent un objectif. Le cœur bat vite pour alimenter le cerveau en oxygène et rendre les neurones plus efficaces. Les maux de ventre ou de cœur montrent que le corps a interrompu temporairement la digestion afin de mobiliser le plus d’énergie possible pour permettre de surmonter la situation stressante.
Récemment, des chercheurs ont montré que la paire de lunettes, positives ou négatives, utilisée pour percevoir le stress déterminera s’il sera bon ou mauvais pour quelqu’un. Les chercheurs ont nommé ce phénomène les préconceptions de stress. Par exemple, les personnes qui voient le stress comme généralement nuisible en subissent plus fréquemment les effets délétères :
- Plus d’inconforts
- Plus d’émotions négatives
- Baisse de performance sous pression
De plus, ces personnes sont plus portées à éviter les situations où elles pourraient ressentir du stress. À l’inverse, les personnes croyant que le stress est un outil supplémentaire pour atteindre leurs buts bénéficient de ce stress :
- Plus de productivité
- Plus d’énergie
- Plus d’engagement
- Plus d’émotions positives telles que la joie et de meilleures performances
D’où viennent vos lunettes?
Le cerveau a tendance à simplifier les informations complexes, préférant le noir ou le blanc aux nuances de gris. Les préconceptions, ou « mindsets » en anglais, découlent de cette simplification et aident à naviguer dans la complexité du monde. Elles sont souvent inconscientes.
Si vous faites l’inventaire des informations sur le stress auxquelles votre cerveau a été exposé, le portrait est probablement plutôt négatif. En effet, la recherche a historiquement étudié les aspects négatifs du stress. Les médias communiquent donc principalement ces informations bien ancrées dans la culture populaire. De plus, vous avez assurément déjà vécu une situation lors de laquelle votre stress vous a nuit. Il vous serait probablement difficile de penser à la dernière fois où vous avez entendu une personne s’exclamer « Une chance que j’étais stressé.e pendant mon entrevue! ». Puisque les préconceptions se construisent en fonction des informations reçues et des expériences, il est normal que le cerveau ait conclu que le stress soit nuisible et à éviter.
Or, les croyances de votre enfant sont en plein développement. En tant que parent, vous êtes l’une des principales sources d’information à partir desquelles votre enfant construira ses préconceptions. Il est donc important de prendre conscience des idées sur le stress que vous lui communiquez.
Pouvez-vous changer de paire?
Heureusement, la recherche a aussi montré qu’il est plutôt facile de modifier les préconceptions de stress d’une personne pour que celle-ci puisse bénéficier des avantages de son stress. L’autrice a créé une série de courtes capsules vidéo expliquant de quelle façon le stress peut être un outil. Le programme Surfe ton stress est disponible gratuitement en ligne en français et en anglais. Le programme fonctionne auprès d’un public adolescent. Il a aussi aidé plusieurs adultes à changer leur paire de lunettes.
À la maison, on peut mettre en place des choses simples pour promouvoir des idées plus positives ou nuancées sur le stress au quotidien :
- Lors d’une situation stressante, rassurer votre enfant en lui disant « Ne stresse pas avec ça, ça va bien aller! », peut laisser croire que le stress est inutile, voire nuisible. À la place, dites simplement « C’est bien que tu sois stressé, ça va t’aider à affronter ce défi qui compte pour toi! ».
- Démontrez de l’enthousiasme face au stress de votre enfant, plutôt que de l’inquiétude. Nommez-le en employant des mots plus positifs, par exemple, « C’est excitant pour toi ». Cela aidera l’enfant à accepter son stress et éviter d’en avoir peur.
- Validez l’inconfort vécu par l’enfant. Cependant, rappelez que ces manifestations de stress sont un signe que son corps le prépare à être au meilleur de ses capacités pour surmonter le défi, et qu’elles sont temporaires.
- Aidez l’enfant à contrôler ses manifestations pour les rendre plus tolérables, sans viser pour autant à les éliminer. Les grandes respirations par la bedaine, le yoga animal et toute activité physique telle que jouer au ballon sont de bonnes stratégies.
Ce genre de rappel lors de moments clés peuvent faire toute la différence. Ces rappels soutiennent le développement sain et le bien-être de votre enfant. Ils lui permettent aussi d’être mieux outillé pour surmonter les défis de la vie.
À propos de l’autrice

Audrey-Ann Journault est candidate au doctorat recherche en psychologie à l’Université de Montréal, au Centre d’études sur le stress humain (CESH) et au sein du Groupe de Recherche en Éducation sur l’Adaptation Psychosociale (GRÉAP). Elle croit fermement que la santé mentale des enfants est bien plus que des problèmes qui surviennent; elle doit être nourrie. Dans le cadre de sa thèse, elle s’intéresse particulièrement au rôle que jouent les parents et le personnel enseignant dans l’expérience du stress et de l’anxiété des élèves. Elle est la fondatrice des projets Recadrer l’anxiété, Mon stress et moi et Surfe ton stress qui visent à permettre aux enfants et adolescents à mieux vivre avec leur stress et leur anxiété.

