Les interactions sociales chez les personnes autistes

Les jeunes autistes sont souvent mal compris·e·s par leurs pairs non-autistes, ce qui peut entraîner d’importantes difficultés dans leurs relations sociales. Les jeunes autistes sont plus susceptibles de se retrouver isolé·e·s, victimes d’intimidation, et confronté·e·s à de l’intolérance à l’école. L’un des problèmes sous-jacents réside dans le fait que le public a souvent une méconnaissance de leurs différences et particularités. Les stéréotypes sociaux associés à l’autisme peuvent donner naissance à des idées fausses, comme l’idée erronée que les personnes autistes ne souhaitent pas avoir d’ami·e·s. En réalité, la plupart des personnes autistes ont une réelle volonté de développer des amitiés. Dans cet article, William Trottier-Dumont, doctorant en psychologie, et Emmanuelle Charette-Pouliot, étudiante au baccalauréat en psychologie, vous offre en seconde partie de leur article précédent, de mettre en lumières les perspectives sur les interactions sociales des personnes autistes.

L’autisme et les relations sociales

L’autisme est une condition complexe qui, malgré des avancées dans la recherche, demeure parfois mal comprise. Tout comme nous avons exploré les concepts abstraits de l’autisme, tels que les émotions et le temps, dans notre article précédent, nous souhaitons maintenant explorer le monde des relations sociales.

L’importance des amitiés pour les jeunes

Pour nos jeunes, les amitiés sont plus qu’un simple plaisir, elles les aident à développer leur confiance en eux, leur autonomie, leur empathie et leur respect. Il est bien établi que de bonnes amitiés sont liées à une meilleure santé mentale chez les jeunes, tandis que des difficultés dans les relations sociales peuvent entraîner des problèmes psychologiques tels que la dépression et l’anxiété. Bien que l’amitié soit un besoin fondamental, elle nécessite quelques éléments.

Développer des amitiés nécessite la compréhension des attentes sociales (p.ex. le niveau d’implication attendu), l’initiation d’actions prosociales et la compréhension des désirs et intentions des autres. Le défi pour les personnes[1] autistes est que leur approche diffère de celle des jeunes non-autistes, ce qui peut entraîner des malentendus et entraver le développement de liens d’amitié. On a souvent tendance à supposer que les jeunes autistes ne veulent pas interagir avec les autres. Mais c’est tout le contraire ! La grande majorité des personnes autistes aspirent à développer des amitiés.

Quelques éléments clés sont nécessaires pour avoir envie de développer une amitié avec une autre personne. Ces deux principaux éléments sont un sentiment de similitudes et de réceptivité. Nous nous appuyons sur divers indices pour inférer cette réceptivité chez l’autre tels que la posture, les expressions faciales et le langage corporel. Par exemple, la manière dont nous percevons le sourire de notre collègue nous aide à déduire qu’il·elle est de bonne humeur. Ainsi, des interactions sociales fluides et positives dépendent de notre capacité à percevoir avec précision les intentions et les pensées des autres, en utilisant, entre autres, notre interprétation de leurs mouvements.


[1] L’expression « personne autistes » est utilisée puisqu’il est le terme de prédilection pour de nombreuses personnes sur le spectre de l’autisme. Consultez cet article pour en apprendre davantage sur les termes utilisés en autisme.

Apprendre à reconnaître pour mieux se comprendre

Les personnes autistes se déplacent différemment. Leurs mouvements peuvent être plus saccadés, plus rapides et plus accélérés. Bien que cela soit étonnant, de récentes recherches suggèrent que nous avons tendance à mieux interpréter les mouvements des personnes qui bougent de la même manière que nous. Cela dit, cela pourrait en partie expliquer la réticence des personnes non-autistes à aller vers les personnes autistes, puisqu’elles ont de la difficulté à interpréter leurs intentions, leurs pensées ou leurs émotions, de la même manière que les personnes autistes présentent ces difficultés.

Les personnes non-autistes ont souvent tendance à attribuer des intentions et des émotions aux actions des autres, tandis que les personnes autistes ont tendance à les interpréter de manière plus mécanique, ou concrète. Par exemple, une personne autiste pourrait ne pas forcément associer un bâillement à de l’ennui lors d’une interaction sociale. En fait, il est fort probable qu’une personne autiste interprète ce bâillement comme de la fatigue. Or, il est plus facile pour les personnes autistes entre elles, de reconnaître leurs expressions émotionnelles, mais elles peuvent rencontrer des difficultés lorsqu’il s’agit de comprendre celles des personnes non-autistes. En réalité, les difficultés d’interaction entre les personnes autistes et non-autistes peuvent résultats des deux côtés qui peinent à se comprendre.

Sensibilité sensorielle

Les personnes autistes réagissent souvent de manière différente à certains stimuli sensoriels tels que la lumière, les odeurs ou les sons, ce qui peut parfois être difficile à comprendre pour les personnes non-autistes. Certaines personnes autistes peuvent ressentir soit très peu ou très intensément (p. ex. une grande tolérance à la chaleur, ou une très faible tolérance aux bruits aigus). Les contacts visuels moins fréquents peuvent également conduire les autres à penser à tort que la personne n’écoute pas, alors que de récentes études montrent que de nombreuses personnes autistes écoutent de façon plus attentive lorsqu’elles ne maintiennent pas le contact visuel.

Les intérêts comme levier

Une autre caractéristique des personnes autistes réside dans leur propension à développer des intérêts de prédilection, voire des passions. Ces intérêts se traduisent généralement par une collecte d’information massive sur un domaine précis. Les passions peuvent donc être très précieuses pour les personnes autistes, car elles offrent une opportunité de créer des liens avec les autres. Elles sont aussi un excellent levier pour initier une interaction sociale ainsi que la poursuivre, que ce soit lors d’une simple conversation durant un événement social ou dans le contexte d’une belle relation d’amitié.

Conclusion

Au-delà des défis évoqués, il est essentiel de comprendre que chaque personne autiste est unique, avec ses caractéristiques spécifiques et son vécu qui la définissent. L’objectif premier de cet article était d’illustrer à l’aide de cas de figure précis la manière dont les caractéristiques autistiques et leur méconnaissance peuvent entraver l’initiation et le développement d’amitié entre les personnes autistes et non-autistes. Nous reconnaissons que de nombreuses notions pourraient être approfondies, nuancées et même débattues par différents spécialistes du domaine.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur ce sujet, il est possible pour vous de consulter ces deux revues de vulgarisation scientifique pertinentes : « Sur le Spectre » (https://laboidea.uqam.ca/magazine-sur-le-spectre/) et « L’Express » (https://www.autisme.qc.ca/la-federation/nos-publications/express/). Tout comme l’article précédent « Démystifier l’autisme : de l’abstrait au concret », ces autres ressources vous offriront une perspective éclairée, approfondie et nuancée pour continuer à explorer le domaine de l’autisme dans toute sa diversité et sa complexité.

William Trottier-Dumont

William Trottier-Dumont est étudiant doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il fait partie du Laboratoire de recherche sur l’Autisme en recherche Autrement (AURA). Il est sous la supervision de Ève-Line Bussières et Chantal Cyr. Le projet de thèse de William porte sur l’attachement des enfants autistes, c’est-à-dire le lien de confiance qui unit un enfant autiste à son parent, et sur les méthodes utilisées pour évaluer le lien d’attachement.  

Emanuelle Charette-Pouliot

Emmanuelle Charette-Pouliot est étudiante au baccalauréat en psychologie à la thèse de spécialisation à l’Université du Québec à Montréal. Elle fait partie du Laboratoire de recherche sur l’intelligence autistique (IDEA). Elle fait aussi partie du Laboratoire de recherche sur l’Autisme en recherche autrement (AURA) de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Dans le cadre de sa thèse de spécialisation, elle s’intéresse aux associations entre l’attention conjointe et l’intelligence chez les enfants autistes. 

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