L’approche centrée sur la famille : repenser la première transition scolaire

Un père sourit à sa fille dans les couloirs de l'école.

La période de transition vers la maternelle représente le début d’une longue relation entre l’école et la famille. En effet, cette relation peut prendre diverses formes. Elle peut passer du simple partage d’informations (p. ex., des renseignements concernant le fonctionnement de l’école) à un partage réciproque des responsabilités (p.ex. concertation et mise en place de pratiques de transition). D’ailleurs, les conditions fondamentales au développement d’une relation de partenariat de qualité impliquent :

  • Le partage réciproque des responsabilités
  • La reconnaissance des compétences de chacune des personnes impliquées dans le processus de passage (p.ex. la personne enseignante à l’école/le parent dans la famille)

Par ailleurs, en milieux éducatifs, et plus particulièrement lors de la période de transition vers l’éducation préscolaire (maternelle 4 ou 5 ans), le développement de cette relation favoriserait l’atteinte d’un but commun soit, de soutenir l’enfant dans son développement.

Dans cet article, les autrices présentent une approche dans laquelle cette relation de partenariat est à l’honneur : l’approche centrée sur la famille. Avez-vous déjà entendu parler de cette approche?

L’approche centrée sur la famille

Plusieurs experts, dont le psychologue Carl Roger, ont contribué au développement de l’approche centrée sur la famille par leurs travaux. Depuis plus de 50 ans, on se réfère à cette approche dans différents milieux (p. ex., santé et services sociaux, communautaire). Pour cause, l’approche centrée sur la famille amène les personnes intervenantes (p.ex. personnes enseignantes) à avoir accès à plus d’informations sur l’enfant, et ce, en considérant la voix de la famille.

Aussi, cette approche peut avoir des retombées positives en contextes de prévention et d’intervention (p.ex. concernant l’engagement des familles), puisqu’elle favorise le développement d’une relation de confiance mutuelle entre les personnes intervenantes et la famille. Les milieux éducatifs, comme les services de garde éducatifs à l’enfance et les écoles, considèrent également l’approche centrée sur la famille. En effet, depuis près de 20 ans, les personnes éducatrices et enseignantes sont encouragées à se référer aux cinq principes qui y sont rattachés.

Les cinq principes proposés par Keyser

  • Principe 1 : Partager le pouvoir et les prises de décision
  • Principe 2 : Reconnaître les connaissances et l’expertise de l’autre
  • Principe 3 : Favoriser une communication bidirectionnelle
  • Principe 4 : Reconnaitre et respecter la diversité
  • Principe 5 : Créer des réseaux naturels de soutien (p. ex., en offrant un espace de partage aux parents entre eux, en établissant un lien avec le milieu communautaire)

Ces principes, proposés par Keyser et décrits dans la section suivante, permettent de favoriser le développement d’une relation de partenariat entre le milieu éducatif et la famille. En effet, les personnes œuvrant en milieux éducatifs (p. ex. personnes enseignantes, personnel éducateur en service de garde scolaire) qui se réfèrent à cette approche et y adhèrent reconnaissent ainsi les compétences et le pouvoir d’agir des familles. Ces personnes établissent des relations égalitaires avec l’ensemble des familles et encouragent le réseautage entre ces dernières. Leur posture professionnelle témoigne également d’ouverture et de confiance envers les familles avec qui elles collaborent. Enfin, ces personnes intervenantes croient en leur potentiel, tout en se montrant à l’écoute des besoins de celles-ci.

Afin de rendre cette approche plus concrète, nous vous proposons de prendre connaissance de l’histoire de Simon et sa famille.

L’histoire de Simon et sa famille lors de la première transition scolaire

L’année dernière, Simon fréquentait un service de garde éducatif à l’enfance. Il était dans le groupe de Karine. Cette année, Simon fait son entrée à la maternelle 5 ans.  Lors de la rentrée scolaire, il se sent fébrile, tout comme sa famille. Il a hâte de faire la connaissance de son enseignante, de se faire de nouveaux amis et de voir les jeux à sa disposition dans la classe. Cependant, ce changement d’environnement le déstabilise quelque peu, et  il craint de s’ennuyer de sa famille. Les parents de Simon sont fiers et émus de l’entrée à l’école de leur fils. Toutefois, ils sont préoccupés par les changements d’horaire, la préparation des lunchs et l’intégration de nouvelles règles.

Par chance, différentes personnes (p. ex., Karine (l’éducatrice de Simon), puis son enseignante) ont mis en place des pratiques de transition en vue de faciliter cette période. Ces pratiques sont présentées dans la colonne de gauche des tableaux ci-dessous. D’autres pratiques de transition, inspirées de l’approche centrée sur la famille pourraient aussi être proposées à Simon et sa famille. Ces pratiques sont présentées dans la colonne de droite des tableaux ci-dessous. 

Psst! Pour vous aider à y voir plus clair, nous rappelons chacun des principes proposés par Keyser. Nous proposons également une courte explication pour chacun d’entre eux. 

Principe 1 : Partager le pouvoir et les prises de décision 

Décider ensemble et développer le pouvoir d’agir de chacun. La parole de tous est entendue et a un poids. On assiste au développement d’une relation égalitaire.

Situation : Durant le mois de juin précédent l’entrée à l’école de Simon, les parents seront invités à participer à une rencontre d’information ainsi qu’une visite de l’école avec Simon.

Pratiques habituellesPratiques inspirées du principe 1
La personne enseignante présente le fonctionnement de l’école aux parents et distribue des documents à consulter et à compléter avant la première journée d’école. Elle informe les parents de la façon dont se vivra cette première journée.
La personne enseignante présente le fonctionnement de l’école et prend le temps de questionner les parents sur la façon dont ils aimeraient vivre l’entrée à l’école de leur enfant. Les parents sont consultés sur la façon dont ils aimeraient participer à cette journée. Ensemble, ils décident de l’horaire de la journée.

Principe 2 : Reconnaître les connaissances et l’expertise de l’autre 

Reconnaitre que les personnes intervenantes et les parents ont des compétences et que celles-ci sont distinctes et complémentaires.

Situation: Durant les premiers mois, il est possible que Simon vive certaines insécurités comme la crainte d’aller à la salle de bain commune.

Pratiques habituellesPratiques inspirées du principe 2
La personne enseignante le rassure et fait un suivi auprès de ses parents.La personne enseignante de Simon questionne ses parents concernant des stratégies à mettre en place pour accompagner Simon à vaincre sa peur des salles de bain.

Principe 3 : Favoriser une communication bidirectionnelle 

Diversifier les pratiques et rejoindre l’ensemble des familles en valorisant une communication d’informations dans les deux directions (école-famille).

Situation : Durant le mois de septembre, l’adaptation de Simon à l’école fera l’objet de communication.

Pratiques habituellesPratiques inspirées du principe 3
La personne enseignante remplit une fiche et la glisse dans la pochette-facteur de Simon. Celle-ci sera apportée à la maison régulièrement.La personne enseignante de Simon l’accueille à  l’entrée de la cour de l’école, à l’occasion. Elle prend le temps de demander à ses parents comment le début d’année se déroule à la maison. Elle partage ses observations sur Simon et invite ses parents à partager leurs observations.

Principe 4 : Reconnaitre et respecter la diversité 

Adopter une posture d’ouverture, de compréhension et d’acceptation et mettre en place des pratiques personnalisées au besoin. En effet, les familles peuvent avoir des besoins, des valeurs et des habitudes distinctes.

Situation : Tout au long de l’année, diverses communications seront envoyées aux parents de Simon. Celles-ci ont pour but de les informer sur le fonctionnement de l’école et de les impliquer dans le parcours scolaire de leur fils.  

Pratiques habituellesPratiques inspirées du principe 4
La personne enseignante, la personne responsable du service de garde, la direction et la secrétaire communiquent tantôt par courriels, tantôt par document papier dans le sac à dos, ou par téléphone. La personne enseignante envoie un sondage aux parents concernant la meilleure façon pour communiquer avec eux. Les communications sont aussi adaptées et simplifiées afin de répondre aux besoins des familles dont la langue maternelle n’est pas le français.

Principe 5 : Créer des réseaux naturels de soutien 

Permettre aux parents de se connaitre et de tisser des liens. Faciliter le lien avec différentes ressources de la communauté (p.ex. la maison de la famille, le centre communautaire).

Situation : Durant la semaine avant Noël, l’école soulignera cette fête.  

Pratiques habituellesPratiques inspirées du principe 5
La personne enseignante et les membres de l’équipe-école invitent les enfants à apporter une tasse pour savourer un bon chocolat chaud. Les enfants peuvent aussi se vêtir d’un pyjama afin de profiter confortablement du film présenté lors de la journée précédant les congés. Puis, les parents sont invités à venir chercher leur enfant. La personne enseignante propose d’organiser un diner festif et informel en classe, durant la dernière journée avant les vacances. Des parents volontaires collaborent à l’organisation et tous les parents sont invités, ainsi que des acteurs de la communauté afin d’échanger et de tisser des liens.

En résumé, en adoptant l’approche centrée sur la famille, les personnes intervenantes de l’école reconnaissent la place centrale de la famille dans le parcours scolaire de l’enfant et travaille en partenariat avec celle-ci. Nous concluons cet article en vous proposant de réfléchir à cette question: Croyez-vous que cette approche soit ou pourrait être mise en place dans votre école de quartier ?

À propos des autrices

Annick Bourbeau a complété un baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement au primaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières en 2005. Elle a enseigné à la maternelle 5 ans entre 2006 et 2021. Depuis 2021, elle est conseillère à l’éducation préscolaire auprès des parents du programme Passe-Partout et du volet Parents de la maternelle 4 ans au Centre de services scolaire des Chênes. Elle a entamé une maîtrise en sciences de l’éducation (profil psychopédagogie) à l’Université de Trois-Rivières en 2023 sous la direction de Aimée Gaudette-Leblanc et Stéphanie Duval. Ses intérêts de recherche principaux sont la première transition scolaire et la collaboration école-famille.

Aimée Gaudette-Leblanc est professeure au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle y enseigne différents cours en lien avec l’éducation préscolaire et le développement de l’enfant. Elle s’intéresse à l’accompagnement offert aux familles lors de leur première transition scolaire. Elle a par ailleurs travaillé une dizaine d’années comme conseillère à l’éducation préscolaire au programme Passe-Partout, un programme ministériel mis en place dans plusieurs centres de services scolaires au Québec depuis près de 40 ans.

Stéphanie Duval est professeure titulaire à la Faculté des Sciences de l’éducation de l’Université Laval. Elle s’intéresse aux manières de soutenir les apprentissages et le développement global de l’enfant de 4 à 6 ans. Ses projets portent entre autres sur les premières transitions scolaires, dont celle de l’éducation préscolaire vers la première année du primaire. Elle fait partie de plusieurs regroupements de chercheurs, dont l’équipe de recherche Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance et le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante.

Passe-Partout et Passe-Partout + : l’approche centrée sur la famille en action!

Annick, Aimée et Stéphanie ont récemment publié deux articles dans lesquels elles présentent le programme Passe-Partout et le projet pilote Passe-Partout +, deux initiatives dans lesquelles l’approche centrée sur la famille est mise de l’avant. Envie d’en savoir plus? C’est ici : 

Passe-Partout, d’hier à aujourd’hui

Un projet pilote pour les familles, à construire avec les familles

Références

Cantin, G. (2018, 13 avril). Parents et éducatrices : s’arrimer pour travailler en coéducation [communication orale]. Colloque CASIOPE 2018 – S’ancrer, s’arrimer, s’élever, Montréal, QC, Canada. https://casiope.org/wp-content/uploads/2022/06/Sarrimer-pour-travailler-en-co-education-Gilles-Cantin.pdf

Duval, S. et Lehrer, J. (2021). Les transitions vécues par les enfants et leurs familles à l’éducation préscolaire. Dans A. Charron, J. Lehrer, M. Boudreau et E. Jacob, L’éducation préscolaire au Québec : fondements théoriques et pédagogiques (p.261-281). Presse de l’Université du Québec.

Larivée, S. J., Kalubi, J.-C., et Terrisse, B. (2006). La collaboration école-famille en contexte d’inclusion : entre obstacles, risques et facteurs de réussite. Revue des sciences de l’éducation32(3), 525-543. https://doi.org/10.7202/016275ar

Lehrer, J., Leboeuf, M. et Menand, V. (2021). La coéducation et le partenariat entre les enseignantes et les parents. Dans A. Charron, J. Lehrer, M. Boudreau et E. Jacob, L’éducation préscolaire au Québec : fondements théoriques et pédagogiques (p.103-119). Presse de l’Université du Québec. 

Roger, C. (1951). Client-centered Therapy: Its current pactice, implications and theory. Houghton-Mifflin. 

Laisser un commentaire