
Tout comme le jeu, les arts et les objets culturels permettent aux enfants de construire leur identité et de redéfinir leur rapport à eux-mêmes, à l’autre et au monde qui les entoure. Vicky Montambault, chercheuse postdoctorale en sciences de l’éducation et chargée de cours en lettres à l’Université du Québec à Trois-Rivières, explique dans cet article pourquoi et comment favoriser des contacts positifs entre l’enfant et le milieu culturel.
Les impacts positifs des rencontres entre l’enfant et le milieu culturel
De nombreux apprentissages peuvent être réalisés par le biais des arts et de la culture en général. En effet, en vivant des expériences culturelles, l’enfant apprend à se connaître lui-même et à questionner le monde qui l’entoure. Devant une sculpture, une toile, une représentation théâtrale, des émotions émergent en elle, en lui, des interrogations surgissent, des jugements se forment, une pensée s’ébauche. Les contacts avec le milieu culturel sont déterminants dans le développement de l’identité de l’enfant. Toutes les expériences culturelles ont le potentiel de devenir sources de connaissances. Toutefois, il y a fort à parier que s’il est laissé seul avec ses réactions et ses réflexions, l’enfant ne bénéficiera pas pleinement de la richesse de ces contacts pour son développement. Heureusement, le parent s’avère un excellent accompagnateur sur le chemin des découvertes. Il peut ainsi aider l’enfant à enrichir son bagage culturel.
Le parent est le premier passeur culturel
En tant que premier modèle dans l’environnement immédiat de l’enfant, le parent joue un rôle de passeur culturel. Cela permettra à l’enfant de développer son identité, entre autres, par la construction d’un rapport positif et curieux à la langue. De quelle façon peut-on jouer pleinement son rôle de passeur culturel en tant que parent ? Nul besoin d’avoir étudié en histoire de l’art ou d’avoir une maîtrise en muséologie ! Essentiellement, il s’agit d’endosser un rôle d’éveilleur en permettant à l’enfant de vivre des expériences culturelles diversifiées et en stimulant sa créativité.
De nombreuses activités sont susceptibles de développer chez l’enfant des intérêts variés, la curiosité et le sens critique:
- La lecture
- L’écriture
- La musique
- La danse
- Les visites au musée
- Les représentations théâtrales
- Les expositions
- Etc.
Lors des différents événements, le parent peut, par exemple, poser des questions à l’enfant sur ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il aime ou non. Partager des impressions avec lui, l’aider à mettre des mots sur ses sentiments, s’intéresser à ce qu’il vit représentent autant de façons de jouer à fond son rôle d’éveilleur.
De la culture première à la culture seconde
Par son accompagnement, le parent contribue à enrichir le bagage culturel de l’enfant, c’est-à-dire la culture première, en lui fournissant des clés pour intégrer de nouvelles connaissances. Ce processus renvoie à la culture seconde.
Plus précisément, la culture première est celle dans laquelle baigne l’enfant depuis toujours, celle qui lui est familière, celle dont il a plus ou moins conscience parce qu’elle relève du donné. On peut penser ici, par exemple, aux valeurs transmises par la famille ou à la façon dont on éduque les enfants. La culture seconde, quant à elle, réfère à celle que l’on doit s’approprier plus consciemment, de façon critique, et qui permettra de jeter un nouveau regard sur la culture première. Par exemple, lorsqu’un enfant découvre qui était Léonard de Vinci, ses œuvres et son impact sur le monde, il accède à une culture seconde. Celle-ci viendra enrichir son bagage culturel, sa culture première, sans cesse en transformation et en mouvement.
Comment aider son enfant à enrichir sa culture première d’une culture seconde ? Une bonne partie de la réponse réside en la multiplication des contacts avec la sphère culturelle. On peut penser au fait d’exposer l’enfant à la culture, lui faire vivre de nouvelles expériences.
Pour développer un rapport à la culture qui soit positif, bien sûr, on peut offrir des activités culturelles proches des intérêts ou des goûts de l’enfant. Ces expériences entretiendront le plaisir de l’enfant, sa motivation et l’aideront à développer sa confiance et son estime. Il se sentira capable d’apprécier ce qu’on lui propose. Mais il existe aussi une autre voie : sortir des sentiers battus. En effet, proposer à l’enfant des expériences un peu plus éloignées de ce qu’il connaît l’amènera à sortir de sa zone de confort. De plus, il pourra se questionner, établir de nouveaux liens avec d’autres expériences, approfondir son sens critique et sa réflexion. Évidemment, tout parent redoute une réception négative de la part de leur enfant : « Papa, maman, c’était vraiment plate votre exposition ! » Heureusement, il existe des stratégies pour transformer une expérience culturelle à priori négative en un apprentissage positif.
Stratégies pour apprécier des expériences culturelles variées
Que l’enfant ait « aimé » l’expérience culturelle vécue n’est qu’un facteur parmi d’autres à considérer. Le développement d’un rapport à la culture s’avère positif dès lors qu’il permet d’accroitre la zone de culture première et de la questionner, de la repenser de façon plus critique. Tous les contacts apportent leur lot de nouvelles connaissances. Le fait d’être « déçu », de ne pas avoir apprécié ou mal compris l’expérience culturelle ne représente pas un obstacle à l’approfondissement de la réflexion.
Il est possible par exemple d’aider l’enfant à identifier les facteurs qui ont fait en sorte que l’expérience a été plus ou moins intéressante pour lui.
- Avait-il des attentes ? Si oui, quelles étaient-elles ?
- À quoi s’attendait-il avant le spectacle qui ne correspond pas à ce qui a été vécu ?
- Qu’est-ce que l’artiste a voulu représenter selon lui ?
- Comment se sentait-il devant l’œuvre d’art ou pendant la représentation ?
- À quoi cela lui faisait-il penser ?
- Est-ce que cela lui rappelait une autre œuvre déjà vue, une autre activité déjà vécue ?
Ce type de questionnements permettra en outre à l’enfant de développer dans le cadre scolaire (et dans la vie en général) des compétences qui lui permettront de dépasser le simple stade du goût et des jugements de valeur (j’ai aimé/je n’ai pas aimé) pour instaurer des habitudes plus réflexives et maximiser des capacités argumentatives.
Après les expériences culturelles : des possibilités infinies de réinvestissement !
Pour donner suite aux expériences culturelles, il est tout à fait possible de proposer des activités de (re)création à l’enfant :
- Transposer le spectacle ou l’exposition vus dans une autre forme, comme la création d’une danse, d’une murale
- Repartir d’un thème exploité par un spectacle ou une œuvre pour créer une chanson, un poème.
Plaisir assuré ! Ces stratégies de réinvestissements créateurs permettront au demeurant de valoriser l’expérience en démontrant qu’il est possible d’en retirer des apprentissages. Toutes les expériences culturelles et esthétiques s’inscrivent dans le cheminement de l’enfant. Elles permettent chaque fois d’ajouter des chapitres à l’histoire culturelle personnelle de l’enfant. Nécessairement, au fil de la vie, il trouvera un écho dans une histoire et une mémoire culturelles collectives. La culture est essentiellement une aventure identitaire.
Références
Bordeaux, M.-C. (2018). L’éducation artistique. Entre médiation culturelle et éducation non formelle, dans Culture et éducation non formelle, Jacobi, D. Presses de l’Université du Québec
Simard, D., Falardeau, É., Émery-Bruneau, J., Côté, H. (2007). En amont d’une approche culturelle de l’enseignement : le rapport à la culture. Revue des sciences de l’éducation, vol. 33(2), p. 287-304.
À propos de l’autrice

Vicky MONTAMBAULT est docteure en lettres. Ses intérêts de recherche en littérature s’inscrivent principalement dans le champ des études sur l’imaginaire et de la mythocritique. Ses travaux sur la violence et le sacré, la folie et la question des origines sont de plus en plus reconnus par la communauté scientifique. Depuis 2012, elle a participé à plusieurs colloques, conférences et journées d’étude afin de partager le résultat de ses recherches. Certaines de ses analyses ont également été publiées au Québec, en Grèce, en Espagne et en Pologne dans des revues spécialisées en études symboliques.
Vicky enseigne le français et la littérature depuis 2003 au niveau secondaire et au niveau collégial. Depuis 2016, elle est chargée de cours au département de lettres et communication sociale de l’UQTR. Au fil des ans, elle a travaillé avec une multitude de groupes : classes allophones, multiniveaux, à besoins particuliers, élèves présentant des
troubles d’apprentissage et de comportement. Elle a ainsi développé un intérêt marqué pour les questions pédagogiques et didactiques.
Enfin, depuis l’automne 2022, elle est stagiaire postdoctorale au département des sciences de l’éducation et a intégré l’équipe de recherche de Marie-Hélène Forget. Le projet
Soutenir le développement de la compétence culturel des futur.es enseignant.es de français au secondaire lui permet de combiner ses deux champs de prédilection : soit la culture et la didactique.