Parents immigrants d’enfants autistes : un double défi pour l’implication à l’école

Les familles immigrantes ayant un enfant autiste peuvent faire face à un double défi qui peut influencer l’implication parentale. Par exemple, ces familles doivent s’adapter à un nouveau système scolaire, gérer les besoins spécifiques de leur enfant et concilier ces réalités avec leur culture d’origine. Dans cet article, Myrna Derbas, étudiante au doctorat en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, décrit comment ces facteurs influencent l’implication parentale à l’école et propose des pistes pour améliorer celle-ci. L’autrice rend compte des résultats de sa recherche effectuée à la maîtrise, auprès de quatre mères.  

Qu’est-ce que l’implication parentale?

Dans le but de soutenir le développement et la réussite de l’enfant, il est important que les parents s’impliquent auprès de l’école. Dans cet article, l’implication parentale désigne les actions concrètes (ex.: participation aux réunions, suivi des devoirs) et le sentiment de confiance qui permettent aux parents de s’impliquer auprès du personnel scolaire (ex.: enseignant, orthopédagogue). D’ailleurs, plus l’école crée des opportunités d’implication (ex.: rencontres régulières, possibilité de bénévolat à l’école), plus les parents voudront s’impliquer. Toutefois, les parents peuvent vivre des enjeux rendant l’implication parentale plus difficile.

Quels sont les défis de l’implication parentale?

Les familles immigrantes et les familles ayant un enfant autiste peuvent rencontrer des défis lorsqu’il est question de s’impliquer. Ainsi, une famille immigrante et ayant un enfant autiste doit composer avec les enjeux à la fois liés à l’immigration et à l’autisme. Voici les défis clés soulevés dans notre recherche: 

Épuisement et manque de temps 

Les parents se sentent souvent épuisés et trouvent qu’ils manquent de temps. Ce faisant, ils n’ont pas le temps ni l’énergie de s’impliquer. Cela est dû aux besoins de leur enfant autiste. Par exemple, le besoin de routines strictes et les rendez-vous de suivis avec différents spécialistes de santé exigent beaucoup de temps et d’énergie. Ainsi, cela limite la disponibilité pour s’impliquer à l’école. Une mère se confie : « Je passe des heures à organiser la journée de mon fils. Quand j’arrive le soir, je n’ai plus d’énergie pour répondre aux courriels de l’école ».

Manque de soutien social 

Immigrer signifie souvent perdre son réseau d’entraide. En raison du manque de temps et de leur épuisement, il peut être difficile de créer un nouveau réseau d’entraide. Une participante nous affirme : « Au Liban, ma famille m’aidait avec les enfants. Ici, je dois tout gérer seule ». Ainsi, cela rend l’implication à l’école difficile pour cette mère.

Barrière linguistique

La barrière linguistique peut être un autre défi vécu par les familles immigrantes d’enfants autistes. En effet, une mère nous explique qu’elle ne maîtrisait pas le français, ce qui rendait l’implication auprès de l’école plus difficile. Puisqu’elle ne maîtrisait pas cette langue, elle avait de la difficulté à exprimer clairement ses besoins ou ses demandes. La communication était alors difficile avec la direction de l’école. Elle avait alors moins envie de s’impliquer auprès de l’école, puisqu’elle se sentait incomprise lors des rencontres.

Défense des droits : un outil mal perçu

La défense des droits, qu’on appelle communément advocacy, est la revendication de ceux-ci par les parents. Elle est utilisée pour assurer que les besoins de leur enfant soient comblés. Par exemple, si l’enfant a besoin d’accès à une classe sensorielle, le parent ferait la demande au personnel scolaire concerné (enseignant ou direction). Cependant, certaines mères nous confirment que leurs demandes ont créé une ambiance tendue avec la direction. Elles ont donc changé d’école. Elles ne voulaient plus s’impliquer ni même communiquer avec l’école. À l’inverse, d’autres mères nous disaient que leurs demandes étaient bien reçues. La relation avec l’école n’était donc pas tendue, leur donnant davantage envie de s’impliquer.

Pistes pour faciliter l’implication parentale à l’école 

Malgré les défis vécus par les familles immigrantes d’enfants autistes, il existe des pistes de solution.

  • Utiliser des supports visuels pour l’emploi du temps : pour structurer la journée de l’enfant, créez un emploi du temps avec des images, des pictogrammes. Cela réduit les imprévus. 
  • Rejoindre des groupes communautaires : cherchez des groupes pour parents d’enfants autistes sur Facebook par exemple qui peuvent offrir des conseils et du soutien émotionnel. 
  • Défendre les droits de son enfant : soyez clair dans vos demandes en impliquant autant l’école que vous. Par exemple : « Mon enfant a besoin de pauses sensorielles pendant les cours. Comment pouvons-nous organiser cela ensemble? ». 
  • Prendre soin de soi pour mieux aider son enfant : Prenez des petites pauses par jour en vous retirant d’une situation qui peut être dépassante. Alléger votre charge mentale vous donnera de l’énergie pour pouvoir s’impliquer. 
  • Déléguer des petites tâches : Si possible, demander à un voisin ou à un parent de l’école de vous aider dans certaines tâches. Par exemple, ramener les enfants à la maison après l’école.

Conclusion

Les parents immigrants d’enfants autistes peuvent être confrontés à des défis liés à l’implication parentale. L’épuisement lié aux routines strictes, l’isolement social, la barrière linguistique, la perception parfois conflictuelle de l’advocacy (défense des droits) limitent leur disponibilité et leur désir de s’impliquer. Il existe cependant des solutions comme celles présentées dans cet article. En avançant un pas à la fois, ces parents peuvent, malgré les défis, tisser un lien significatif avec l’école. Ils pourront ainsi contribuer pleinement au parcours éducatif de leur enfant.

À propos de l’autrice

Myrna Derbas est une étudiante au doctorat en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal. Détenant une maîtrise avec mémoire portant sur l’implication parentale et un baccalauréat en enseignement des sciences au secondaire, ses intérêts de recherche portent entre autres sur l’autisme, l’immigration et l’apprentissage des langues secondes.

Références

Boucher, C. et des Rivières-Pigeon, C. (2020). Les défis de l’engagement parental en milieu scolaire chez les parents d’enfants autistes : Une étude qualitative. Revue québécoise de psychologie, 41(2), 1–25. https://doi.org/10.7202/1072284ar 

Camard, S. (2018). L’activité de défense des droits et des intérêts de son enfant (advocacy parentale) au Québec : Enquête narrative par l’approche de photographie réflexive auprès 100 de la mère d’un enfant ayant un trouble du spectre de l’autisme. [mémoire, Université du Québec à Montréal]. https://archipel.uqam.ca/11417/

Larivée, S. J. (2011). Regards croisés sur l’implication parentale et les performances scolaire. Service social, 57(2), 5-19. https://doi.org/10.7202/1006290ar 

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