Le trouble de personnalité limite chez les adolescent.es : Mythes et réalités


Cet article démystifie trois mythes sur le trouble de personnalité limite chez les adolescent.es et suggère des ressources aux parents.

Les jeunes ayant un trouble de personnalité limite (TPL) sont une population vulnérable souvent victime de préjugés. Ces préjugés ont de nombreuses conséquences sur ces jeunes, tels que diminuer les probabilités d’obtenir une aide adéquate (p.ex., une prise en charge thérapeutique) ou réduire leur soutien social. L’objectif de l’article est de contribuer à déconstruire les mythes entretenus sur les personnes ayant un TPL. Ainsi, trois mythes différents seront abordés et démystifiés à la lumière des données probantes.

Cet article a été coécrit par Charles Boivin et Catherine Lafontaine. Tous deux sont inscrits au doctorat en psychologie clinique, cheminement enfance/adolescence, à l’Université de Montréal.

Qu’est-ce que le trouble de personnalité limite (TPL) ?

Les personnes ayant un trouble de la personnalité limite (TPL) présentent un mode de fonctionnement caractérisé par une instabilité de l’image de soi, de l’humeur et des relations sociales. Ce ceci peut se manifester, entre autres, par :

  • Une impulsivité marquée
  • Des efforts effrénés pour éviter le rejet.
  • Des comportements suicidaires et d’automutilation.

Ce trouble se manifeste généralement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte et cause une grande souffrance qui affecte le fonctionnement social et/ou professionnel de la personne.  

Ces personnes sont souvent victimes de préjugés dans le discours populaire. Par exemple, ils peuvent être dépeints comme agressifs et responsables de leur condition, alors que ce n’est souvent pas le cas. Les préjugés entretenus ont de nombreuses conséquences. Ils peuvent diminuer les chances d’obtenir une aide adéquate, réduire le soutien social disponible et impacter négativement l’estime de soi de ces personnes.  

1er mythe : Les adolescent.es présentant un TPL sont des personnes manipulateurs.trices.

Dans le discours populaire, on considère souvent les jeunes ayant un TPL comme étant responsables de leurs actes. Il faut cependant considérer que ces adolescent.e.s agissent en usant des stratégies d’adaptation qu’ils connaissent. Ainsi, leur mode de fonctionnement s’est souvent forgé à travers des expériences souffrantes et marquées par l’instabilité. Par exemple, ces expériences peuvent être un milieu familial imprévisible, des pratiques parentales rejetantes ou contrôlantes, de l’abus physique ou sexuel.

Le clivage et les relations interpersonnelles

En réponse à leurs expériences de vie, ces personnes ont développé une vision des situations, d’eux-mêmes et des autres qui manque de nuance (c’est-à-dire, une pensée polarisée, où les émotions, les attitudes et les perceptions oscillent entre des extrêmes). Elles tendent alors à utiliser un mécanisme de défense, appelé clivage, pour les aider à gérer leurs angoisses. Ce mécanisme consiste en une tendance à percevoir soi-même, les autres et les situations de manière dichotomique, c’est-à-dire en tout bon ou tout mauvais. Cette tendance diminue l’angoisse de la personne en compartimentant les expériences agréables et désagréables. La personne n’a alors plus à tolérer simultanément les aspects positifs et négatifs d’une même situation ou d’une même relation.

En simplifiant ainsi la réalité, l’adolescent.e ayant un TPL a plus de facilité à supporter les situations et les relations complexes pouvant lui générer à la fois des émotions agréables et désagréables. On peut par exemple l’observer dans les relations interpersonnelles. En effet, ces jeunes vont alterner entre idéalisation et dévalorisation des membres de leur entourage. Le clivage peut affecter les relations interpersonnelles en créant des tensions, car il empêche de voir les autres comme étant à la fois imparfaits et méritant d’être aimés. Une personne en relation avec un adolescent.e ayant un TPL pourrait alors être choqué par un changement de comportement soudain et se sentir rejeté dans la relation.

La peur de l’abandon

S’ajoutant à cette difficulté à considérer les gens de leur entourage de façon nuancée, il faut considérer leur peur constante d’être abandonnée par les autres. En effet, les adolescent.e.s ayant un TPL anticipent l’abandon ou le retrait émotionnel de la part des personnes qui compte à leurs yeux. Ainsi, toute menace perçue de séparation ou de perte peut déclencher un sentiment de rejet perçu, puis entrainer l’adoption de comportements impulsifs qui sont hautement chargés en émotion. Ils peuvent être interprétés comme des tentatives désespérées de maintenir la relation.

Dans la grande majorité des cas, ces comportements ne sont pas intentionnels et représentent plutôt une tentative du jeune souffrant d’un TPL d’apaiser son angoisse d’abandon. En somme, ces adolescent.e.s n’agissent pas délibérément dans le but de faire mal à autrui. Ces comportements témoignent plutôt d’une grande détresse émotionnelle.

2e mythe : TPL un jour, TPL toujours.

Recevoir un diagnostic de TPL à l’adolescence peut sembler être un fardeau à porter tout au long de la vie. Contrairement à ce qui est fréquemment véhiculé, la recherche scientifique suggère qu’entre 40% à 65% des adolescent.e.s qui satisfont les critères diagnostics ne rencontreront pas la totalité de ces critères quelques années plus tard ou à l’âge adulte. D’ailleurs, la vaste majorité des personnes atteintes d’un TPL connaitront une rémission complète ou partielle durant plusieurs mois ou plusieurs années au cours de leur vie.

De plus, après une rechute, les personnes souffrant d’un TPL entrent en phase de rémission généralement plus rapidement en comparaison aux autres troubles de personnalité. Il est à noter que les symptômes reliés à l’impulsivité et aux manifestations comportementales tendent à disparaitre plus rapidement que les symptômes intériorisés (p. ex., l’anxiété, la dépression).

Si les personnes atteintes d’un TPL peuvent espérer de nettes améliorations au cours de leur vie, pourquoi ce trouble continue-t-il d’être considéré comme permanent et durable, et ce malgré la présence de traitements efficaces ? Selon Biskin (2015), les personnes souffrant d’un TPL sont souvent vues dans des contextes cliniques d’urgence ou de crise, où les thérapeutes qui interviennent ont peu la chance de les voir évoluer à plus long terme à l’intérieur d’un traitement. Ce contexte peut amener les professionnels à sous-estimer l’amélioration des symptômes chez ces personnes à plus long terme.

3e mythe : Mon adolescent.e fait une crise d’adolescence, c’est normal ! Iel ne peut pas avoir de trouble de personnalité, puisque l’instabilité émotionnelle et les crises de colère sont communes à l’adolescence.

L’adolescence est une période du développement humain qui se caractérise par des changements tant au niveau physique, social et psychologique. Elle s’accompagne d’une quête identitaire et par un besoin grandissant d’autonomie et d’affirmation. L’instabilité affective et identitaire, puis les colères inappropriées et intenses peuvent survenir occasionnellement, sans qu’il soit question d’un trouble. Bien que cette période puisse être accompagnée de comportements dérangeants comme des fugues et des conduites déraisonnables, ce n’est qu’une minorité de jeunes qui expérimenteront la tempête associée à l’adolescence.  

Il est cependant important de porter attention aux signes de détresse de votre adolescent.e et de ne pas simplement les associer à cette période transitoire, car votre enfant pourrait bénéficier de l’aide d’un professionnel. À savoir si le comportement est normal ou pathologique, il en revient aux professionnels de la santé (psychiatres et psychologues) de faire la part des choses et d’émettre un diagnostic au besoin. En revanche, en tant que parents, il est possible de déceler certains signes précoces d’un TPL, tels que des comportements automutilatoires répétés, des menaces suicidaires, des relations fréquemment conflictuelles et intenses avec l’entourage et des agressions verbales/physiques dans la résolution des conflits relationnels. La combinaison de ces symptômes mérite une attention soignée même si cela ne signifie pas à tout coup qu’il s’agit d’un TPL.

Des stratégies à favoriser en tant que parents d’un adolescent présentant une détresse psychologique et/ou des difficultés comportementales (pouvant ou non s’apparenter à un TPL) :

Au quotidien :

  • Mettre de l’avant le calme, la routine et la constance​ des pratiques parentales.
  • Ne pas oublier de faire de la place pour vos besoins en tant que parents. Par exemple, en planifiant des activités qui vous procureront du plaisir et des moments avec votre entourage pour discuter et recevoir du soutien.
  • Construire un réseau d’aidants autour de votre adolescent.e (équipe-école, CLSC, organismes communautaires, etc.)

En cas de crise :

  1. Éviter d’adopter une position défensive face aux reproches que pourrait vous adresser votre adolescent.e​.
  2. Privilégier une posture d’écoute ; ne pas étouffer les sentiments de votre adolescent.e​​.
  3. S’il y a présence de comportements autodestructeurs, restez calme et tenez-en compte. Tentez ensuite de l’aborder avec votre adolescent.e​ lorsque vous serez tous les deux disponible mentalement et émotionnellement.
  4. Si vous craignez pour la sécurité de votre adolescent.e​, contacter le 911 en cas de danger imminent. En cas de questionnements ou d’inquiétudes (sans danger imminent) concernant la santé mentale de votre enfant, contacter le 811 (info-social). Des intervenants pourront vous proposer des ressources appropriées.

Ressources en santé mentale :

Quelques références pertinentes :

Biskin, R.S. (2015). The lifetime course of borderline personality disorder. Canadian Journal of Psychiatry, 60(7), 303-308. https://doi.org/10.1177/070674371506000702

Gouvernement du Québec (2024). Trouble de la personnalité limite (TPL). https://www.quebec.ca/sante/sante-mentale/s-informer-sur-sante-mentale-et-troubles-mentaux/mieux-comprendre-troubles-mentaux/trouble-personnalite-limite#c122505    

Gunderson, J. G. (2001). Borderline personality disorder: A clinical guide. American Psychiatric Association.  

Gunderson, J. G. et Berkowitz, C. (2006). Family guidelines : Multiple Family Group Program at McLean Hospital. The New England Personality Disorder Association. https://www.borderlinepersonalitydisorder.org/wp-content/uploads/2011/08/Family-Guidelines-standard.pdf  

Haltigan, J. D. et Vaillancourt, T. (2016). Identifying trajectories of borderline personality features in adolescence: Antecedent and interactive risk factors. Canadian Journal of Psychiatry. 61, 166–175. https://doi.org/10.1177/0706743715625953  

Laporte, L. et Desrosiers, L. (2016). Coup d’œil sur le trouble de la personnalité limite. Institut universitaire Jeunes en difficultés. https://www.iujd.ca/sites/iujd/files/media/document/Coup_d_oeil_sur_le_trouble_de_la_personnalit%C3%A9_limite.pdf


À propos des personnes autrices

Catherine Lafontaine est candidate au doctorat en psychologie clinique à l’Université de Montréal. Travaillant depuis déjà plusieurs années en tant qu’éducatrice en centre jeunesse, elle a développé un fort intérêt pour les difficultés d’adaptation et les différentes psychopathologies qui peuvent survenir et se développer au cours de l’enfance et de l’adolescence. Se basant sur le cadre théorique de la théorie de l’autodétermination (Deci et Ryan, 2000), ses intérêts de recherche portent sur les pratiques parentales contrôlantes et soutenant l’autonomie, le développement des valeurs intrinsèques et extrinsèques à l’adolescence et la santé mentale des adolescent.es.

Charles Boivin est candidat au doctorat en psychologie clinique à l’Université de Montréal. Il œuvre dans des organismes communautaires venant en aide aux jeunes en difficulté depuis plusieurs années. Il a ainsi développé un intérêt pour les approches systémiques et la recherche des capacités d’adaptation inhérentes à tout être humain. Son projet d’essai doctoral porte sur l’évaluation d’un programme qui vise à soutenir le développement de l’identité culturelle d’enfants du primaire vivant en contexte de défavorisation.

Laisser un commentaire