Miser sur la coparentalité pour favoriser le sommeil des bébés en contexte de dépression maternelle

La coparentalité comme facteur de protection à l'effet des symptômes dépressifs de la mère sur la durée de sommeil de bébé.

Bien que la transition vers la parentalité soit une période qui comprend plusieurs moments heureux, celle-ci s’accompagne généralement de nombreux défis. L’un des premiers défis rencontrés par les nouveaux parents est la gestion du sommeil de bébé. La Pre Gabrielle Garon-Carrier et son équipe se sont penchés sur les liens entre les symptômes dépressifs de la mère, la coparentalité, et le sommeil de bébé.

La plupart des parents savent que le sommeil du jeune enfant est essentiel à son bon développement. Mais saviez-vous qu’un enfant d’un an et demi devrait dormir en moyenne de 10 à 12 heures par nuit, malgré des éveils occasionnels? Un sommeil insuffisant à cet âge (moins de 10 heures par nuit) engendrerait des problèmes de comportement intériorisés, comme des symptômes d’anxiété et/ou de dépression, et extériorisés, comme des difficultés attentionnelles et des comportements d’agressivité, à l’âge de 5 ans. On associe aussi un manque de sommeil en bas âge à des difficultés de mémoire, d’attention et de langage.

On associe plusieurs facteurs de l’environnement familial au sommeil du nourrisson. Parmi ces facteurs, on retrouve la santé mentale du parent (ex., dépression) et le soutien du co-parent (ex., coparentalité). Cet article explique le lien entre la dépression maternelle et la coparentalité dans les premiers mois de vie de l’enfant avec la durée du sommeil nocturne des bébés à 17 mois. Le contenu s’appuie sur les résultats d’une étude récente conduite par la professeure Gabrielle Garon-Carrier et son équipe à l’Université de Sherbrooke.

La transition vers la parentalité : Une période sensible pour la santé mentale de la mère

Pendant la période qui suit l’arrivée d’un enfant, les parents sont plus à risque de symptômes de dépression et d’anxiété. Ce risque est d’autant plus grand pour les mères monoparentales. 

La dépression est courante en période postnatale. Près d’une mère sur cinq en souffrirait. Ceci n’est pas sans conséquences pour l’enfant. Entre autres, la dépression maternelle est associée à des difficultés de sommeil chez les enfants âgés de 0 à 3 ans. Cela pourrait être dû au fait qu’en situation de dépression, la mère a plus de mal à détecter ou interpréter correctement les signaux que son bébé lui envoie (ex., pleurs, cris, bras tendus, sourires, etc.). Cela peut nuire au sentiment de sécurité du bébé. Un bébé qui ne se sent pas bien compris ou en sécurité risque d’avoir des difficultés de sommeil. 

La coparentalité : Un facteur de protection à l’effet de la dépression maternelle sur la durée de sommeil de l’enfant?

La coparentalité est la façon dont les parents prennent conjointement en charge les soins, les responsabilités et l’éducation de leurs enfants. Ceci inclut, par exemple, le niveau d’accord entre les deux parents quant à la façon d’élever leurs enfants. La coparentalité concerne aussi le sentiment que le co-parent apprécie ce que le parent fait pour son enfant. 

Les bébés de mères qui ont des symptômes élevés de dépression présentent davantage de difficultés de sommeil. L’étude de Pre Garon-Carrier et son équipe visait à savoir si la qualité de coparentalité perçue par la mère peut y faire une différence. Cette étude a été menée auprès de 3977 familles québécoises. Les chercheurs ont étudié le lien entre les symptômes dépressifs de la mère alors que son bébé avait 5 mois. Puis, ils ont mesuré la durée du sommeil de nuit du bébé lorsque celui-ci avait 17 mois. Par la suite, ils se sont questionnés sur l’effet de la coparentalité sur cette association. Pour ce faire, les familles ont été séparées en trois groupes : une coparentalité de bonne qualité, une coparentalité de faible qualité, et les mères qui étaient monoparentales, donc qui n’avaient pas de coparentalité. 

Les résultats révèlent que, pour les mères qui avaient plus de symptômes de dépression, mais qui étaient satisfaites de leur coparentalité, les bébés dormaient plus longtemps la nuit. En effet, ces bébés dormaient en moyenne 22 minutes de plus que les bébés des mères monoparentales (absence de coparentalité). Ainsi, une satisfaction sur le plan de la coparentalité agit comme facteur de protection. En d’autres mots, elle atténue l’effet de la dépression maternelle sur la durée du sommeil de nuit de l’enfant. Ces résultats s’observent même en considérant les caractéristiques du bébé, des parents et de la famille. La durée du sommeil nocturne du bébé lorsqu’il était âgé de 5 mois a également été tenue en compte. 

Comme parent, comment favoriser le sommeil de nuit du nourrisson si vous ou votre conjoint(e) avez des symptômes de dépression?

  • Porter attention aux besoins de son/sa conjoint(e);
  • Communiquer ouvertement avec son/sa conjointe de l’éducation de l’enfant;
  • Maintenir ou créer un réseau social de confiance en dehors du couple parental (ami(e)s et famille);
  • Rechercher des groupes de soutien pour les nouveaux parents;
  • Demander de l’aide auprès de son médecin ou d’un centre de santé et de services sociaux. Cela est d’autant plus important si vous sentez que les difficultés que vous ou votre famille vivez deviennent importantes

Conclusion

Les résultats de cette étude appuient l’importance d’une coparentalité satisfaisante et du soutien à la parentalité. Ces facteurs limiteraient l’effet de la dépression maternelle sur le sommeil du bébé. Pour les mères monoparentales, plusieurs stratégies pourraient atténuer les impacts de leurs symptômes dépressifs sur le sommeil de bébé. Effectivement, elles peuvent se créer un réseau social de confiance, bénéficier des ressources disponibles et participer à des groupes de soutien. Le but est de prévenir les difficultés de santé mentale chez la mère, mais aussi de réduire les conséquences de ces difficultés sur le développement de l’enfant.

Références pertinentes

Orton, O. et Bilgin, A. Maternal depression and sleep problems in early childhood: A meta-       analysis. Child Psychiatry & Human Development (2024). https://doi.org/10.1007/s10578-024-01717-y

Sivertsen, B., Harvey, A. G., Reichborn-Kjennerud, T., Torgersen, L., Ystrom, E. et Hysing, M. (2015). Later emotional and behavioral problems associated with sleep problems in     toddlers: A longitudinal study. JAMA Pediatrics, 169(6), 575–582.             https://doi.org/10.1001/jamapediatrics.2015.0187

Tham, E. K., Schneider, N. et Broekman, B. F. (2017). Infant sleep and its relation with cognition         and growth: A narrative review. Nature and Science of Sleep9, 135–149.            https://doi.org/10.2147/NSS.S125992

À propos des autrices

Flavie Vézina est étudiante au baccalauréat en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke. Sa présentation intitulée « Sommeil du bébé : est-ce que la coparentalité permet de limiter les effets de la dépression maternelle? » a remporté un prix lors de la Journée de la recherche de 1er cycle en sciences humaines et sociales 2024. Flavie poursuivra ses études à la maîtrise en psychoéducation en 2025.

Laurie-Anne Kosak est psychoéducatrice et détient une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Présentement étudiante au doctorat en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke, sa thèse porte sur le bien-être parental dans la période de transition à la parentalité, et les impacts de celui-ci sur le développement de l’enfant

Gabrielle Garon-Carrier est professeure au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke. Ses travaux sont ancrés dans une approche longitudinale et combinent à la fois le domaine de la psychologie, l’éducation, la sociologie, et la santé publique pour mieux comprendre les mécanismes développementaux de la santé cognitive et mentale de l’enfant et les trajectoires d’adaptation scolaire. Les travaux de la professeure Garon-Carrier visent également à faire progresser les connaissances sur l’impact des politiques et des services qui s’adressent aux familles avec de jeunes enfants, dans le but de mettre en lumière les facteurs qui favorisent l’équité au sein de la famille et des services publics. Depuis juin 2020, elle est directrice du Early Learning and Social Adjustment Research Lab (LilLab) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la préparation à l’école, l’inclusion des populations vulnérables et l’adaptation sociale.

https://www.lillab.org

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