Les sociétés et les familles doivent offrir du soutien et des relations pour nourrir la résilience

Note. Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site de The Conversation Canada.
« Les enfants sont résilients. »
Vous avez déjà entendu cela, n’est-ce pas ? Peut-être même l’avez-vous dit, avec les meilleures intentions.
La résilience ressemble parfois à un mot à la mode, utilisé de manière mal définie. Si les adultes font l’éloge de la résilience des enfants sans répondre à leurs besoins, cela les laisse vulnérables aux préjudices.
La résilience ne signifie pas être insensible à l’adversité — cela signifie disposer des outils, des relations et du support nécessaires pour y faire face.
Une partie de mon rôle de spécialiste du développement de l’enfant, avec une expertise en jeu thérapeutique ainsi qu’en perte et en deuil dans l’enfance, consiste à faire du travail de consultation avec des familles et des éducateurs. Je vois des enfants extérioriser leur détresse en classe, se replier sur eux-mêmes à la maison ou avoir des difficultés à gérer et à réguler leurs émotions et comportements. Trouver le bon soutien pour un enfant implique souvent plusieurs aspects.
Offrir aux enfants des environnements et des relations qui favorisent la résilience comprend :
- Une infrastructure sociale adéquate et des ressources suffisantes pour que les familles puissent répondre à leurs besoins de base de manière digne (par exemple, l’accès à une alimentation nutritive et à un logement sûr et durable) ;
- Des communautés de parents et des groupes de soutien pour que les parents ne soient pas obligés d’élever leurs enfants dans l’isolement ;
- Des parents et des aidants ayant accès à un soutien en santé mentale ;
- Des salles de classe émotionnellement sécurisantes qui soutiennent l’enfant dans son ensemble, pas seulement sur la rigueur académique.
Au quotidien, les enfants ont besoin d’adultes suffisamment en forme pour s’occuper d’eux et assez présents pour remarquer leurs difficultés.
De nombreuses familles avec de grands besoins
Le Bulletin national 2024 sur la pauvreté des enfants et des familles, publié par Campaign 2000, un réseau d’organisations engagées dans l’élimination de la pauvreté des enfants et des familles au Canada, révèle qu’en 2022, près d’un enfant sur cinq grandissait dans la pauvreté.
Le taux de pauvreté des enfants a augmenté de 2,5 points de pourcentage par rapport à l’année précédente, représentant la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée. Les foyers monoparentaux, majoritairement dirigés par des femmes, sont touchés de manière disproportionnée : un sur cinq dépend de l’aide sociale.
Alors que l’insécurité financière s’aggrave et que les aides gouvernementales comme l’Allocation canadienne pour enfants perdent en efficacité en raison du coût élevé de la vie, les parents subissent une pression financière intense qui affecte leur capacité parentale et leur bien-être personnel.
Lacunes en santé mentale
Le rapport 2023 de Mental Health Research Canada, Explorer le paysage de la santé mentale des parents canadiens, révèle que les jeunes parents, en particulier ceux de moins de 30 ans, déclarent des niveaux élevés d’anxiété et de dépression depuis la fin de la pandémie de COVID-19.
Les données suggèrent aussi que les parents d’enfants de moins de deux ans sont plus susceptibles de recevoir un nouveau diagnostic de santé mentale, probablement en raison de contacts réduits avec les professionnels de la santé durant la pandémie.
Que se passe-t-il lorsque les parents sont dépassés ? Les enfants le ressentent et ils ont besoin de soutien pour s’en remettre.
Les pressions auxquelles les parents sont confrontés ne sont pas isolées. Dans une étude de 2025 sur les perceptions d’enseignants de maternelle, 1re et 2e année en Ontario concernant le développement et les compétences académiques de leurs élèves et leur propre santé mentale pendant l’année scolaire 2021-2022, les enseignants ont rapporté une hausse de l’anxiété chez les enfants et un ralentissement de leur développement.
Un développement sain ne peut être tenu pour acquis
Si nous nous contentons de survoler les titres indiquant que les enfants ont fait preuve de résilience pendant la pandémie sans examiner plus en profondeur comment celle-ci a aussi entravé leur développement sain, nous avons une compréhension incomplète de la situation.
Ce n’est qu’à travers des études longitudinales — qui examinent l’évolution des enfants au fil du temps — que nous pourrons pleinement comprendre les impacts. Par exemple, les données de l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes montrent qu’environ un jeune sur cinq qui estimait avoir une bonne santé mentale en 2019 ne la percevait plus ainsi quatre ans plus tard.
Le rapport Raising Canada 2023, basé sur des recherches menées par des chercheurs de l’Université de Calgary et de l’Université McGill et publié par l’organisme à but non lucratif Children First Canada, fait état de la violence, de la pauvreté, des problèmes de santé mentale et de l’exploitation sexuelle en ligne qui touchent les enfants canadiens.
Ce rapport révèle qu’il y a eu 40 homicides d’enfants en 2022, et que les nombres de visites à l’hôpital pour automutilation et tentatives de suicide chez les jeunes ont doublé au cours de la dernière décennie.
Ces rapports alarmants suggèrent que de nombreuses familles et enfants sont en difficulté et ne disposent pas des ressources dont ils ont besoin pour faire face à leurs expériences et guérir.
Construire la résilience de votre enfant et la vôtre
L’épuisement parental est réel et la compassion envers soi-même est la première étape pour soutenir les enfants.
Voici quelques stratégies que les parents peuvent essayer, même lorsqu’ils sont épuisés :
- Se concentrer sur la connexion : quelques minutes d’attention sans distraction avec votre enfant — lire un livre, marcher ensemble, ou simplement parler sans téléphone à proximité — renforcent le sentiment de connexion et de sécurité. Lorsque les enfants se sentent en sécurité et connectés à leur parent, ils sont plus enclins à partager leurs pensées et leurs émotions. Lorsque les enfants se sentent suffisamment en sécurité pour exprimer leurs émotions, ils sont plus aptes à faire face à des périodes difficiles.
- Nommer et normaliser les émotions : aidez votre enfant à acquérir un vocabulaire émotionnel en nommant ses sentiments dans vos interactions quotidiennes. Dire par exemple : « J’ai remarqué que tu avais l’air frustré quand ton Lego s’est brisé. Ce n’est pas grave. C’est difficile lorsque les choses ne se passent pas comme prévu. » aide les enfants à apprendre à identifier et nommer leurs émotions, ce qui est la première étape pour les apprivoiser.
- Être un modèle d’autorégulation : lorsque vous vous sentez dépassé, nommez vos émotions. Essayez de dire : « Je me sens très inquiet en ce moment, alors je vais prendre quelques grandes respirations. » Les enfants apprennent ainsi que les émotions fortes sont une expérience humaine normale. Cela leur montre également des stratégies d’adaptations saines.
- Demander de l’aide et accepter le soutien : élever un enfant ne devrait pas se faire seul. Demandez de l’aide. Trouvez une communauté de parents qui partagent les mêmes idées avec qui parler des grands et des petits moments. Montrez à votre enfant qu’il n’y a pas de mal à demander de l’aide — c’est ainsi que l’on développe la résilience.
À propos de l’autrice

La Dre Elena Merenda est directrice adjointe des Early Childhood Studies à l’Université de Guelph-Humber et fondatrice de Children’s Healing Studio Ltd. Elle possède plus de 25 ans d’expérience dans les domaines de l’apprentissage en petite enfance, de l’enseignement supérieur et de la thérapie, avec une spécialisation dans la santé mentale des enfants, le deuil et l’éducation inclusive.

