12 façons de protéger vos enfants contre les rencontres sexuelles en ligne

Naomi, âgée de 10 ans, passe la nuit chez son ami Jaime. Une gardienne d’enfants est présente, mais elle est distraite par son téléphone. Jaime dit à Naomi qu’elle a quelque chose à lui montrer.

Le lendemain, Naomi rentre chez elle et raconte à sa mère qu’elle a vu un homme et une femme avoir des relations sexuelles sur l’ordinateur. Naomi ne s’attendait pas à voir ce contenu explicite et est maintenant très perturbée par ce qu’elle a vu. Sa mère est dévastée.

Note. Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site de The Conversation Canada.

Il n’est pas rare que des jeunes tombent accidentellement sur des images ou des vidéos sexuellement explicites en ligne, ou qu’ils y soient exposés intentionnellement ou non par leurs pairs. Une nouvelle étude montre qu’un enfant sur cinq, entre les âges de 9 à 17 ans, rapporte avoir vu accidentellement du contenu sexuel en ligne via des sites web, des vidéos intrusives ou des courriels non sollicités. De plus, un sur neuf affirme avoir reçu des sollicitations sexuelles non désirées en ligne.

L’utilisation de la technologie numérique est quasi universelle chez les jeunes. 95 % des adolescents rapportent posséder ou avoir accès à un téléphone intelligent et 45 % affirment être en ligne « presque constamment ». Les enfants de moins de huit ans passent également beaucoup de temps devant des écrans — en moyenne 2 heures et 19 minutes par jour.

La technologie Internet peut être utilisée comme une ressource d’information précieuse et une plateforme d’apprentissage. Mais, comme elle n’est en grande partie pas réglementée, elle présente aussi des inconvénients. Il existe un nombre croissant d’initiatives visant à promouvoir un engagement en ligne sécuritaire, éthique et responsable, dans le cadre d’un concept appelé citoyenneté numérique.

En raison de leur inexpérience, les enfants ne comprennent peut-être pas les risques auxquels ils peuvent être exposés en ligne. Nous présentons ci-dessous quelques suggestions et ressources pour aider les parents, les éducateurs et les jeunes à utiliser Internet de manière sécuritaire et responsable.

1. Ayez des discussions tôt et souvent

Commencez à discuter tôt de la sécurité en ligne (et hors ligne) et des responsabilités, et poursuivez ces conversations régulièrement. N’attendez pas qu’un problème survienne. Les parents peuvent avoir ces discussions à la maison, et les enseignants peuvent intégrer la citoyenneté numérique dans leur programme. Cette « approche à deux volets » garantit que tous les jeunes reçoivent l’information dont ils ont besoin pour être en sécurité en ligne.

2. Surveillez et adaptez les informations à l’âge

MediaSmarts (une organisation à but non lucratif pour l’éducation au numérique et aux médias) suggère que lorsque les enfants ont moins de huit ans, les parents devraient être assis avec eux ou à proximité lorsqu’ils utilisent Internet. Les enfants de 8 à 13 ans devraient utiliser Internet dans les espaces familiaux communs et devraient être sensibilisés des dangers potentiels d’Internet. Adaptez les messages sur les risques en ligne en fonction de l’âge des jeunes ou de l’augmentation de leur fréquence d’utilisation d’Internet.

3. Tenez-vous au courant

Faites un effort continu pour vous tenir au courant de l’utilisation des médias de votre enfant, ainsi que des diverses applications et sites web qu’il utilise et visite. Vos discussions seront plus efficaces si elles sont adaptées aux plateformes spécifiques sur lesquelles vos enfants passent du temps. Common Sense Media offre des critiques de jeux en ligne, d’applications et de programmes actuellement utilisés par les jeunes.

4. Fixez des limites

Tout comme vous fixez des limites dans leur vie hors ligne, établissez des règles de base sur Internet, qui sont adaptées au développement et à la maturité de votre enfant. Établissez des règles spécifiques concernant quels sites web peuvent être visités, quelles applications peuvent être utilisées et ce qui peut être partagé en ligne. Connaissez leurs amis, en ligne et hors ligne. Rappelez aux enfants qu’ils doivent toujours parler à un adulte de confiance s’ils se sentent incertains, inquiets ou confus.

5. Utilisez des contrôles et des filtres parentaux

Configurez des filtres pour essayer de bloquer les contenus pour adultes. Vous pouvez aussi inclure des contrôles parentaux sur des applications comme Netflix afin que votre enfant ne regarde que des émissions adaptées à son âge. Il existe également des sites tels que YouTube Kids, qui tentent d’assurer une expérience en ligne plus sécuritaire pour les enfants.

6. Apprenez de votre enfant

Les enfants d’aujourd’hui ont grandi avec Internet. Il est possible qu’ils connaissent mieux que vous certains sites web ou applications, et ce n’est pas grave. Saisissez l’occasion pour apprendre d’eux. Cet effort montrera votre intérêt, tout en vous permettant d’identifier les risques potentiels associés à la plateforme en question.

7. Réfléchissez à votre propre utilisation des médias

Donner un exemple positif à vos enfants est aussi important en ligne que hors ligne. Soyez attentif à votre propre utilisation d’Internet, ainsi qu’à votre présence et à votre profil en ligne. Les enfants remarqueront et apprendront de vos comportements. Ainsi, donner l’exemple de la citoyenneté numérique et d’une utilisation sécuritaire des médias est crucial. Instaurez des moments en famille sans appareil afin d’offrir des opportunités de connexion et d’engagement les uns envers les autres.

8. Soyez compréhensif

Tous les enfants ne sont pas perturbés par ce qu’ils voient en ligne, mais s’ils voient quelque chose qui les met mal à l’aise, ils peuvent se sentir embarrassés ou bouleversés, ce qui peut les rendre réticents à en parler. Faites comprendre aux enfants que vous ne pouvez pas les aider si vous ne savez pas ce qui se passe. Lorsque les enfants vous parlent de leurs préoccupations ou d’une situation qui s’est produite, essayez d’être compréhensif, de les soutenir et de faire preuve d’empathie, et rassurez-les qu’ils ont bien fait de vous en parler.

9. Ne réagissez pas de manière excessive

Blâmer votre enfant ou l’un de ses amis pour tout ce qui se passe en ligne peut diminuer les chances qu’il vous demande de l’aide à l’avenir. Lorsque les enfants sentent qu’ils peuvent s’adresser à leurs parents pour obtenir de l’aide sur des sujets difficiles, ils sont moins enclins à adopter des comportements à risque.

10. Créez ensemble des scénarios « Et si…? »

« Et si… » tu es en ligne et que tu vois quelque chose qui te met mal à l’aise ? « Et si… » tu publies quelque chose, puis décides que cela ne devrait pas être en ligne ? « Et si… » quelqu’un te demande des informations personnelles en ligne ? Le fait de passer en revue ces scénarios avec les enfants avant que quelque chose ne se produise les aidera à savoir ce qu’il faut faire s’ils rencontrent des problèmes.

11. Prévenez les comportements à risque

Les enfants resteront des enfants, et vous ne pouvez pas surveiller tout ce que fait votre enfant en ligne. C’est particulièrement vrai pour les adolescents. Il est important de développer leur « boîte à outils » afin qu’ils puissent faire face à toute une série de situations. Apprenez à vos enfants à se poser les questions suivantes avant de publier en ligne : est-ce illégal, nuisible ou blessant d’une manière ou d’une autre, ou cela met-il mes informations personnelles à risque ?

12. Enseignez des techniques de résolution de problèmes

Si la prévention des problèmes est une excellente première étape, il est également important de donner des suggestions sur la manière de gérer une situation difficile ou une crise lorsqu’elle survient. Voici quelques situations auxquelles les enfants et les adolescents sont souvent confrontés, ainsi que des stratégies pour y faire face. Dans tous les cas, faites savoir à l’enfant qu’il peut s’adresser à vous pour résoudre le problème ensemble.

  • Contact non désiré d’un inconnu : Bloquez la personne et signalez-la au site web.
  • Contact indésirable ou cyberintimidation par un pair : Recueillez des preuves du harcèlement ou de l’intimidation (par exemple, la date, ce qui s’est passé, le compte rendu de la conversation). Demandez à la personne d’arrêter et ne vous défendez pas ou ne ripostez pas.
  • Se faire demander d’envoyer une photo nue ou un « sexto » : passez en revue les scénarios « et si ». « Et si » la personne partageait ma photo avec d’autres personnes ? Réfléchissez à des moyens de refuser une demande de sexto, en utilisant l’humour par exemple.
  • Recevoir un sexto non désiré. Utilisez le principe « effacer et ne pas répéter » : effacez le texto et ne partagez pas l’image.

Dès le plus jeune âge, les connaissances et compétences transmises aux enfants par des adultes qui les soutiennent — incluant les parents et les éducateurs — peuvent influencer positivement les décisions qu’ils prennent en ligne, mais aussi hors ligne.

Il existe plusieurs ressources que les parents peuvent utiliser s’ils souhaitent en apprendre plus sur la sécurité en ligne de leurs enfants, notamment Common Sense Media, Get Cyber Safe, Media Smarts et Cyber Wise.

À propos des autrices

Sheri Madigan

La Dre Madigan est psychologue clinicienne, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les déterminants du développement de l’enfant à l’Université de Calgary et à l’Institut de recherche de l’Hôpital pour enfants de l’Alberta. Ses recherches portent principalement sur comprendre comment les premières expériences peuvent favoriser ou entraver l’apprentissage et l’environnement social des enfants.

Gina Dimitropoulos

Gina Dimitropoulos a rejoint la Faculté de travail social en tant que professeure adjointe en 2015. Elle possède plus de 20 ans d’expérience clinique dans les soins tertiaires et les milieux communautaires, où elle a dispensé des traitements familiaux, des thérapies de groupe et des consultations individuelles à des adolescents et des adultes souffrant de troubles mentaux. Ses trois grands domaines de recherche visent tous à promouvoir la collaboration entre les organismes afin de soutenir les jeunes souffrant de troubles mentaux et leurs familles.

Nina Anderson

Nina Anderson est titulaire d’un baccalauréat ès sciences (avec distinction) en psychologie de l’Université de Calgary et terminera prochainement un doctorat en psychologie clinique de l’enfant à l’Université de Denver. Elle a travaillé comme assistante de recherche à l’Université de Calgary au sein du Laboratoire sur les Déterminants du Développement de l’Enfant et du Laboratoire sur le Développement Cognitif et Linguistique. Ses recherches portent notamment sur le développement linguistique, cognitif et social.

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