L’envers de la médaille : les impacts du perfectionnisme

Le perfectionnisme entraine des effets négatifs chez les jeunes, contrairement à l’excellencisme.

Dans une société qui valorise la performance dès un jeune âge, comment échapper à la quête incessante de perfection? Plusieurs experts soutiennent que viser la perfection est non seulement inutile, mais nuisible. Dans cet article, Shanna With, Antoine Benoit, Laurence Boileau et Patrick Gaudreau expliquent comment le perfectionisme affecte la santé mentale et la performance académique des jeunes. Iels proposent également des pistes concrètes pour réussir à se libérer de l’emprise du perfectionnisme

L’importance de faire la différence entre la poursuite de l’excellence et la poursuite de la perfection

Depuis les dernières décennies, de plus en plus de jeunes cherchent à atteindre la perfection dans divers domaines. Mais comment peut-on distinguer une jeune qui vise des standards élevés d’une jeune qui s’acharne à atteindre la perfection ? Patrick Gaudreau, professeur titulaire à l’école de psychologie de l’Université d’Ottawa, et son équipe de recherche, ont récemment clarifié la différence entre la poursuite de l’excellence et celle de la perfection.

La poursuite de l’excellence, ou excellencisme, consiste à viser des standards très élevés, mais réalistes. Cette poursuite est active, engagée et déterminée, tout en restant flexible. Par exemple, une jeune excellenciste s’efforcerait d’obtenir de bonnes notes tout en étant prête à ajuster ses objectifs au besoin. Il/elle consacrerait un temps raisonnable à réviser ses travaux et s’arrêterait lorsqu’il/elle estime avoir atteint ses standards fixés. D’un autre côté, le perfectionnisme implique de poursuivre sans relâche des standards irréalistes, inatteignables et sans défauts. Une jeune perfectionniste pourrait, par exemple, viser une note parfaite à chaque devoir. Il/elle refuserait également d’ajuster ses attentes, même s’il/elle constate que cet objectif est trop difficile à atteindre. Il/elle pourrait également passer un temps excessif à chercher la moindre erreur, au point de négliger d’autres activités importantes. L’excellencisme et le perfectionnisme sont similaires dans la quête de hauts standards, mais leurs objectifs finaux et leurs manifestations diffèrent.

Les impacts du perfectionnisme sur la santé mentale

Dans notre société, le succès est valorisé comme une priorité absolue. En conséquence, les enfants, adolescentes et jeunes adultes ressentent une forte pression pour performer. Une pression excessive pour s’accomplir et être le/la meilleur.e est l’une des principales causes de problèmes psychologiques chez les jeunes.

La prévalence croissante du perfectionnisme est inquiétante. En effet, être perfectionniste augmente le risque d’anxiété, de dépression, de troubles alimentaires et d’anxiété liée aux examens. En revanche, plusieurs études rapportent que viser l’excellence n’entraîne pas les mêmes effets. Une étude menée auprès d’adolescentes et de jeunes adultes a révélé que la poursuite de la perfection entraînait davantage de symptômes dépressifs et anxieux (par ex., se sentir agitée ou avoir de la difficulté à relaxer). Cela n’était pas le cas pour la poursuite de l’excellence. Ceux et celles qui cherchaient à atteindre l’excellence étaient plus optimistes, se sentaient davantage connectées à leur entourage et étaient plus heureux/heureuses que les jeunes perfectionnistes.

En résumé, la recherche indique que la quête de perfection a plus d’impacts négatifs sur la santé mentale des jeunes que la poursuite de l’excellence.

Les impacts du perfectionnisme sur la performance académique

Poursuivre la perfection est souvent perçu comme un « défaut acceptable » à mentionner en entrevue d’embauche. Certaines le voient aussi comme un moyen pour accéder à des opportunités exigeant des performances élevées. Mais que dit la recherche à ce sujet ? Devrait-on vraiment voir le perfectionnisme comme un « faux défaut » et un atout pour réussir ?

Des études récentes soutiennent que le perfectionnisme est inutile, voire nuisible pour la performance académique. D’un autre côté, l’excellencisme tend à avoir des impacts positifs sur cette dernière. Une étude a révélée que les adolescentes ciblant l’excellence obtiennent de meilleures performances académiques que les perfectionnistes. Une autre étude, menée auprès d’étudiantes universitaires, a montré que les perfectionnistes, bien que plus enclins à viser une note parfaite, obtiennent en réalité des résultats inférieurs à ceux des excellencistes et sont moins susceptibles d’améliorer leurs notes d’une session à l’autre. En outre, le perfectionnisme, et non l’excellencisme, augmente les risques de développer une peur de l’échec et de l’anxiété de performance dans le domaine scolaire.

Bref, vouloir être parfait peut être un frein important à la réussite académique des jeunes. En revanche, l’excellencisme semble être une approche plus saine et plus efficace pour réussir.

Comment reconnaître les standards perfectionnistes de son enfant ?

Avant d’aider son enfant à se libérer du perfectionnisme, identifiez si celui-ci semble viser la perfection dans certains domaines. Pour ce faire, il peut être utile de réfléchir aux affirmations présentées ci-dessous. Notez que le perfectionnisme n’est pas un diagnostic et que ces affirmations ne remplacent pas l’avis d’une professionnelle en santé mentale. Voici une infographie présentant ces affirmations :

Les standards perfectionnistes se manifestent différemment d’une personne à l’autre. Voici une liste de manifestations non exhaustive :

  • Pensées auto-critiques : « mon travail n’est pas assez bon ».
  • Pensées dichotomiques : « mes travaux qui ne sont pas parfaits sont des échecs ».
  • Surgénéralisation :  « Quand j’échoue dans un domaine, ce n’est pas un échec… Je suis un échec. ».
  • Pensées catastrophiques : « si je rate cet examen, je vais rater mes études ».
  • Doutes à propos des actions : la personne est excessivement prudente ou hésitante dans ses tâches et décisions.
  • Rumination : la personne passe beaucoup de temps à penser à ses erreurs, l’empêchant de se concentrer sur d’autres activités.
  • Perception de pression sociale : La personne perçoit que ses enseignantes ou parents imposent des standards irréalistes, même si ce n’est pas le cas.
  • Hyper compétitivité : la personne se montre compétitive avec ses propres camarades de classe ou coéquipieres dans une équipe sportive.
  • Masquer ses erreurs : la personne est réticente à présenter ses travaux scolaires moins bien réussis à ses parents.
  • Hyper critique envers autrui : la personne réagit vivement lorsque ses amies commettent une erreur.

À noter que ces manifestations ne se présentent pas nécessairement chez tous les individus poursuivant des standards perfectionnistes. De plus, elles varient non seulement d’un individu à l’autre, mais aussi au fil du temps chez la même personne.

Comment aider son enfant à se libérer du perfectionnisme ?

Il est essentiel d’écouter son enfant et de discuter du perfectionnisme avec lui ou elle au besoin. Lorsque possible, il est également souhaitable de l’aider à transformer son perfectionnisme en excellencisme. Plutôt que d’abandonner ses standards, il est préférable de les ajuster pour qu’ils deviennent réalistes et flexibles. 

Voici quelques conseils pour guider votre enfant vers des standards plus équilibrés :

  • Encourager une révision des standards. À l’aide de ressources en ligne, expliquez à votre enfant les bénéfices d’ajuster ses standards irréalistes. 
  • Valoriser l’apprentissage par essai-erreur. Vous pouvez encourager votre enfant à réfléchir aux raisons profondes qui le/la poussent à s’engager dans ses activités. Les activités centrées sur l’expérimentation et l’exploration sont également de mise! Cela lui permettra de développer une vision centrée sur l’amélioration plutôt que sur la performance.
  • Pratiquer la pleine conscience. Vous pouvez inviter votre enfant à pratiquer la pleine conscience, reconnue comme alliée contre les effets indésirables du perfectionnisme. Pour cultiver la pleine conscience au quotidien, on peut s’exercer à l’aide de la méditation. Des ressources comme les balados de la Fondation Jeunes en Tête peuvent aider à s’y initier. Des séances gratuites de méditation guidée sont également disponibles sur des plateformes telles que Youtube et Spotify. Certaines sont adaptées aux jeunes enfants.
  • Utiliser l’autocompassion. L’autocompassion peut aider à contrer les effets négatifs du perfectionnisme. C’est dans les moments difficiles qu’on peut encourager son enfant à garder une vision positive de lui-même/elle-même et à remettre en perspective ses échecs. La Fondation Jeunes en Tête suggère trois conseils : reconnaître que l’on passe un moment difficile, réaliser que d’autres personnes peuvent vivre la même chose et s’offrir de la gentillesse. Bref, il importe de se parler avec autant de bienveillance que si l’on s’adressait à notre meilleure amie.

Conclusion

Le perfectionnisme peut être un poids sur la santé mentale des jeunes. Heureusement, il est possible d’aider votre jeune à ajuster ses standards inatteignables pour que ces derniers deviennent plus réalistes et flexibles. En tant que parent, vous pouvez aider votre jeune à transformer ses standards en valorisant l’apprentissage, l’autocompassion, la flexibilité et la pleine conscience. Cela permettra à votre jeune de développer une vision plus équilibrée de la performance et de la réussite dans les divers domaines de sa vie.

À propos des auteurs

Shanna With

Shanna With est étudiante au programme de psychologie clinique à l’Université d’Ottawa, au sein du laboratoire de recherche sur les relations enfants-parents et leur environnement. Elle a réalisé sa thèse de spécialisation sur le rôle protecteur de l’autocompassion chez les perfectionnistes, au sein du laboratoire de recherche sur l’accomplissement, la motivation et la régulation de l’action. Actuellement, ses intérêts de recherche portent également sur les mécanismes d’autorégulation émotionnelle pouvant atténuer les conséquences psychologiques des émotions liées aux changements climatiques.

Antoine Benoit

Antoine est étudiant au doctorat en psychologie sociale à l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les mécanismes qui sous-tendent l’insatisfaction ressentie en contexte de succès, avec un intérêt particulier pour le lien entre la poursuite de la perfection et le phénomène de l’imposteur chez les individus en situation de haute performance.

Laurence Boileau

Laurence Boileau est doctorante en sixième année en psychologie expérimentale à l’Université d’Ottawa. Elle dirige des recherches approfondies sur la peur de l’échec, en explorant ses effets sur la performance et le bien-être dans les milieux académiques et sportifs. Récemment, elle a développé une nouvelle mesure pour évaluer les aspects motivants de la peur de l’échec. Passionnée par l’éducation et le bien-être des étudiants-athlètes, Laurence met à profit ses compétences en psychologie pour améliorer les pratiques d’enseignement, de coaching et de recherche.

Patrick Gaudreau

Patrick Gaudreau est professeur à l’école de psychologie de l’Université d’Ottawa où il dirige un programme de recherche en psychologie de la performance. Récemment, il a développé le modèle de l’excellencisme et du perfectionnisme, tout en poursuivant des travaux sur la motivation et la gestion du stress. Dans ses temps libres, il est entraîneur de baseball et aide diverses organisations sportives à implanter des cultures bienveillantes pour maximiser le développement optimal et le bien-être des athlètes. 

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