
Dans cet article initialement publié sur The Conversation Canada, Jessica Ball et Jessica Pratezina abordent pourquoi on devrait encourager davantage l’implication des pères au-delà plutôt que de les voir comme des « assistants » des mères.
La fermeture des écoles et des services de garde pendant les confinements liés à la COVID-19 a été une crise pour les parents ayant des enfants à la maison, et ce sont surtout les mères qui en ont ressenti les conséquences.
Dans les couples hétéroparentals au Canada, les femmes continuent d’assumer la majorité des tâches liées aux enfants et à la maison. Même lorsque les deux parents travaillent à l’extérieur, les mères effectuent encore une part disproportionnée du travail domestique et des soins aux enfants par rapport aux pères.
Supprimez l’école et la garderie, ajoutez l’école à la maison à l’équation, et vous obtenez une recette pour un désastre. Avec des mères quittant massivement le marché du travail pour assumer les responsabilités accrues à la maison, leur santé mentale s’effondre.
Pourtant, malgré le fardeau disproportionné que les mères ont porté durant les confinements, encourager un partage plus équitable des tâches domestiques et parentales entre les parents n’est presque jamais proposé comme solution.
Alors que des appels ont été lancés, au Canada et ailleurs dans le monde, pour augmenter le soutien aux femmes, en particulier aux mères, il semble que personne ne demande aux pères de prendre davantage de responsabilités à la maison.
Le père en tant qu’« assistant » ?
Une immense quantité de fonds publics est investie dans des programmes sociaux visant à soutenir les mères. Et bien qu’il soit nécessaire de leur offrir toute l’aide possible, ce déséquilibre véhicule également un message fort. En tant que société, nous considérons que les mères sont ultimement responsables des enfants. Et que le père est l’assistant qui intervient à l’occasion pour soulager la mère de certaines responsabilités.
Cette volonté de financer des programmes exclusivement pour les mères ne reflète pas une société canadienne progressiste en matière d’égalité des sexes, mais plutôt le fait que nous continuons à considérer la garde des enfants et la gestion du foyer comme une responsabilité féminine.
Exclure les pères surcharge les mères
L’exclusion des pères surcharge les mères et nuit souvent à la relation parentale. Le mécontentement lié à l’inégalité des sexes à la maison dépasse le cadre des relations de couple. Il est renforcé par nos politiques sociales et de santé, et par les professionnels qui
travaillent avec les familles. Dans les services sociaux, les politiques et pratiques ne sont pas conçues pour inclure les besoins des pères. De plus, les dossiers de protection de l’enfance n’incluent pas toujours leur nom ou leurs coordonnées.
Au fil de nos cinquante années d’expérience combinée en tant que professionnels de première ligne, conseillers et chercheurs en soutien familial, nous avons vu d’innombrables exemples d’exclusion des pères menant à une surcharge des mères et détériorant la relation parentale.
On appelle toujours la maman
Prenons l’exemple réel de Sue, qui participait à un groupe de soutien pour parents de bébés prématurés. Alors que l’enfant grandissait, une diététicienne est intervenue. Sue a expliqué que le père faisait toutes les courses et cuisinait. Elle a demandé que le rendez-vous inclue le père, mais la diététicienne s’est adressée uniquement à elle. Le père n’a même jamais reçu un appel.
Ce scénario se répète souvent dans les échanges entre enseignants et parents. Tant que l’enseignant a parlé à la mère, la tâche de communication avec « les parents » est considérée comme accomplie.
Toutes les mères le savent : c’est elles qu’on appelle lorsqu’un problème survient. Parce que les mères sont vues comme moralement responsables de leurs enfants, bien plus que les pères. Problème à l’entraînement de soccer ? On appelle la maman. Vaccins à prendre ? C’est la maman qui reçoit l’appel. Trop de malbouffe dans la boîte à lunch ? Encore maman. Si un travailleur social doit discuter d’un problème, c’est presque toujours le téléphone de la maman qui sonne.
Promouvoir l’implication des pères
Promouvoir une implication positive des pères est le maillon essentiel manquant pour atteindre l’égalité des sexes à la maison et au-delà.
Les politiciens et décideurs sont prompts à soutenir des lois spécifiques en faveur des mères. Ce faisant, ils exonèrent les pères de leurs responsabilités et déçoivent les couples qui souhaitent un partage plus équitable des tâches domestiques.
Non seulement la société exempte les pères des soins routiniers aux enfants, mais elle les prive aussi des occasions d’apprendre les compétences parentales directes et d’être soutenus comme des parents pleinement engagés et affectueux.
Comment y remédier ?
- En appelant le père en premier pour fixer un rendez-vous.
- En offrant des programmes de soutien destinés aux hommes pour renforcer leur confiance en leurs compétences parentales.
- En s’attendant à ce que les pères soient des co-parents, et non de simples « assistants de maman ».
- En remplaçant le terme de « santé maternelle et infantile » par « santé parentale et infantile ».
Ces changements envoient un message clair. Il n’est plus acceptable de perpétuer des valeurs et pratiques centrées uniquement sur la mère. Il est temps d’exiger que les pères soient inclus également dans le soutien offert aux familles.
La pandémie de COVID-19 nous a appris beaucoup de choses. Notamment l’urgence de rééquilibrer le soutien apporté à l’implication des mères par un soutien tout aussi fort à celle des pères. Cela permettra qu’après la pandémie, les hommes aient les compétences et le soutien social nécessaires pour s’investir pleinement dans la vie de famille — comme beaucoup le veulent déjà.
The Conversation Canada a originalement publié cet article. La version originale est disponible ici.