Le stress : mauvais pour mon enfant ?

attention deficit hyperactivity disorder kid illustration

Dans les médias et dans les conversations du quotidien, le stress est souvent vu comme étant négatif. Comme parents, vous vous demandez peut-être comment protéger vos enfants des sources de stress de la vie. Ici, nous allons introduire une différente perspective par rapport au stress. Nous allons expliquer comment celui-ci n’est pas toujours mauvais pour votre enfant. Des exemples concrets de comment que vous pouvez accompagner votre enfant face à des situations stressantes vous seront aussi fournis.

On entend parler du stress partout : dans les médias, sur les réseaux sociaux, et même dans les conversations du quotidien. Beaucoup de gens prétendent avoir trouvé le remède miracle pour l’éliminer. Mais qu’est-ce que le stress, au juste ? Le stress est une réaction naturelle de notre corps lorsqu’il fait face à une situation difficile ou nouvelle. Il nous aide à nous adapter, à réagir et parfois même à nous dépasser. Alors pourquoi le percevons-nous souvent comme quelque chose de négatif ? En réalité, le stress n’est ni entièrement « bon » ni entièrement « mauvais ». Il en existe plusieurs formes, et chacune a des effets différents.

Un bon stress ?

Le stress est souvent divisé en deux grandes catégories : le stress positif et le stress négatif. Le stress positif, appelé eustress, est un stress motivant. Il apparaît lorsqu’un défi semble gérable plutôt qu’effrayant. Il peut améliorer la performance et favoriser le bien être. Par exemple, ressentir un peu de stress avant une compétition sportive ou un examen peut vous pousser à vous préparer et à donner le meilleur de vous-même.

Le stress négatif regroupe deux types de stress : le stress aigu et le stress chronique. Ces deux formes peuvent provoquer de la détresse. Le stress aigu est une réaction immédiate mais temporaire, souvent déclenchée par un événement imprévu ou menaçant. Il sert à nous protéger. Par exemple, apprendre à la dernière minute que vous devez faire un discours ou rester coincé dans un embouteillage causé par un accident.

Le stress chronique, quant à lui, s’installe sur une longue période, parfois de façon permanente. Il est lié à des situations difficiles comme une surcharge de travail, la pauvreté, ou la discrimination vécue au quotidien. Ce type de stress est associé à plusieurs conséquences sur la santé mentale et physique.

Pour mieux distinguer le stress positif du stress négatif, plusieurs psychologues ont proposé des modèles explicatifs. Par exemple, en 1908, Robert Yerkes et John Dodson ont présenté une courbe devenue célèbre dans le domaine. Cette courbe montre qu’un niveau de stress trop faible ne stimule pas assez l’individu : on se sent alors apathique, ennuyé, peu motivé. À l’inverse, un stress trop élevé peut mener à la détresse émotionnelle et à l’épuisement. L’idée centrale est donc de trouver un juste milieu, un niveau de stress optimal qui permet de bien performer.

Chaque enfant est différent !

Un autre modèle important est celui de Richard Lazarus, proposé en 1966. Selon lui, le stress dépend surtout de la façon dont une personne évalue une situation. Si la situation ne semble pas menaçante, il n’y a pas de stress. Si elle paraît menaçante, la personne fait alors une seconde évaluation : se sent-elle capable d’y faire face ? Si oui, la réaction de stress sera faible ou inexistante. Si elle se sent incapable d’affronter la situation, le stress sera beaucoup plus élevé. En bref, nous ne réagissons pas tous de la même façon au même stresseur. C’est aussi vrai pour votre enfant. Certains se sentiront capables d’affronter une situation difficile, tandis que d’autres auront plus de difficultés.

Mais cette différence ne dépend pas seulement de la perception de la menace. Elle est aussi liée à ce que l’on appelle la sensibilité différentielle au contexte. Cela signifie que certaines personnes sont plus influencées que d’autres par ce qui se passe autour d’elles, que ces expériences soient positives ou négatives. Pour illustrer cette idée, on utilise souvent l’analogie des orchidées et des pissenlits.

Un enfant « orchidée » est très sensible à son environnement. Il s’épanouit dans un milieu stable, soutenant et chaleureux, mais il sera aussi plus affecté par les situations difficiles ou imprévisibles. À l’inverse, un enfant « pissenlit » peut s’adapter à presque n’importe quel environnement. Il est plus résilient face aux sources de stress, même si un environnement positif reste évidemment bénéfique. Bien sûr, cette comparaison n’est qu’une image. La plupart des enfants ne sont pas entièrement orchidée ni entièrement pissenlit : ils se situent quelque part entre les deux, comme sur un spectre. Par exemple, un enfant pourrait être 25 % orchidée et 75 % pissenlit, et inversement.

Que faire en tant que parent ?

En tant que parents, nous voulons tous le meilleur pour nos enfants. Dans un monde idéal, nous aimerions qu’ils ne vivent aucune adversité et qu’ils aient une vie sans obstacles. Pourtant, vouloir les protéger de toute forme de stress peut, à long terme, être moins bénéfique qu’on le croit. Les pratiques parentales très protectrices — parfois appelées « parents hélicoptères » — peuvent empêcher l’enfant d’apprendre à résoudre des problèmes par lui-même. Cela peut nuire à son estime de soi et augmenter le risque de symptômes anxieux ou dépressifs.

Alors, que faire ? L’objectif est de trouver un équilibre entre protection et autonomie. En laissant à l’enfant des occasions d’essayer, d’échouer et de recommencer, tout en lui offrant un soutien chaleureux, on favorise une meilleure santé mentale et une plus grande capacité à faire face à l’adversité. Le soutien social et l’apprentissage de l’indépendance sont essentiels.

Des signes ?

Avant de pouvoir aider votre enfant, il est important de reconnaître les signes de stress. Voici quelques comportements qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille. Un enfant stressé peut devenir plus irritable ou plus fâché que d’habitude, changer soudainement de comportement, rencontrer des difficultés de sommeil, négliger ses responsabilités, modifier ses habitudes alimentaires ou tomber malade plus souvent. Ces changements peuvent indiquer qu’il traverse une période stressante.   

Gérer le stress

Chez les enfants, il existe plusieurs façons de gérer le stress. D’abord, les bases du quotidien jouent un rôle important : dormir suffisamment (environ 9 à 12 heures par nuit pour les 6 à 12 ans) et bouger au moins 60 minutes par jour aide beaucoup à réguler le stress. D’autres stratégies peuvent aussi être utiles, comme parler d’une situation stressante avec un adulte de confiance, avoir des moments de jeu ou de calme dans la journée, passer du temps dehors, écrire ses émotions dans un journal personnel ou même pratiquer des exercices de pleine conscience.

Que faire ?

Finalement, vous pouvez accompagner votre enfant lorsqu’il vit des situations stressantes. Par exemple, vous pouvez lui expliquer comment vous gérez vous‑même vos propres moments de stress, afin de lui offrir un modèle à suivre. Vous pouvez aussi l’encadrer pour qu’il apprenne à résoudre certains problèmes par lui‑même, surtout les petits défis du quotidien, comme une dispute entre amis. Enfin, encouragez un discours intérieur positif. Lorsque votre enfant se décrit comme « nul » ou « incapable », rappelez-lui ses forces, ses réussites et ses qualités. Cela l’aidera à intégrer une image plus positive de lui-même et à développer une meilleure résilience face au stress.

Conclusion

En bref, nous avons discuté du fait que le stress n’est pas toujours négatif pour les enfants et qu’il peut même, dans certaines situations, être bénéfique. Nous avons aussi vu que chaque enfant réagit différemment au stress. Enfin, nous avons présenté quelques pistes pour reconnaître les signes de stress chez votre enfant et des façons de l’aider à mieux le gérer en tant que parent.

À propos de l’auteur

Charles Veilleux est doctorant en psychologie expérimentale à l’Université d’Ottawa. Ses travaux portent principalement sur les effets à long terme du stress aigu sur le système immunitaire, le système dopaminergique et le métabolisme énergétique. Il a publié des articles de recherches variés sur la mémoire de travail, les analyses factorielles confirmatoires et le trouble du spectre de l’autisme. Il a également travaillé sur les processus fondamentaux liés au temps de réponse, ainsi que sur le système endocannabinoïde et les comportements alimentaires.

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