Faire face aux enjeux écologiques à l’échelle individuelle: comment est-ce possible ?

Il existe plusieurs façons de s'adapter aux enjeux écologiques.
Il existe plusieurs manières pour les jeunes de s’adapter aux enjeux écologiques.

Face à l’ampleur et à l’incertitude des bouleversements environnementaux attendus, les jeunes ressentent l’urgence et s’adaptent. À l’adolescence, plusieurs s’attaquent directement aux enjeux problématiques. D’autres cherchent des moyens d’atténuer leurs ressentis désagréables. Cependant, l’ensemble des jeunes cherchent le sens de leur existence dans un tel contexte insécurisant. L’adulte qui les accompagne peut, dans une certaine mesure, contribuer à la construction du sens avec ces jeunes  (p. ex., en partageant ses propres valeurs ou ses sources d’optimisme et de fierté). Dans cet article, Jean-Sébastien Gauthier, étudiant à la maîtrise en éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières aborde l’adaptation des jeunes à l’écoanxiété et comment les adultes peuvent les aider à s’y adapter.

L’écoanxiété et les écoémotions

Les bouleversements environnementaux en cours autour du monde sont désormais une caractéristique à part entière de l’histoire humaine. Il n’est plus possible de discuter de l’avenir de l’humain ou de la vie terrestre sans tenir compte de ces transformations. Ces dernières, dont l’on ne cesse de nous avertir, peuvent être les changements climatiques, ou les catastrophes naturelles. Il peut être difficile de chercher à s’épanouir, malgré la conscience de ce fardeau qui nous pèse. En effet, cet quête de bonheur a toutes les chances de s’accompagner de dures émotions passagères ou persistantes. Quand ces émotions émanent directement de la pensée des risques environnementaux, on fait référence à une catégorie à part entière : les écoémotions.

Parmi celles-ci, on peut observer la tristesse, la colère ou la peur. Ces émotions sont des réponses normales face à l’annonce de la dégradation généralisée de nos milieux de vie. Il est aussi normal de réagir aux injustices qui en résultent. Par exemple, on retrouve des injustices entre les pays riches et pauvres dans l’adaptation, entre régions géographiques plus ou moins menacées et entre générations plus ou moins impliquées dans la situation.

L’écoanxiété est un autre ressenti qui peut être vécu par les personnes conscientes de la gravité de la situation. Cette anxiété, liée à la conscience des problématiques environnementales, est plus sournoise et persistante que d’autres écoémotions. Il est notamment parfois difficile d’en prendre conscience ou de la nommer. Il n’en demeure pas moins qu’elle affecte nombre d’entre nous. Plus spécifiquement, une part inquiétante des jeunes ressentent des effets néfastes concrets dans leur vie quotidienne (p. ex., des difficultés à dormir, à réaliser ses travaux scolaires ou à profiter du temps en famille).

Trois manières de s’adapter aux enjeux environnementaux

En tant qu’adulte accompagnant des jeunes dans leur cheminement, il peut être utile de mieux comprendre comment l’humain a l’habitude de faire face à la réalité des bouleversements environnementaux. Maria Ojala, une chercheuse suédoise, étudie les stratégies d’adaptation des jeunes aux changements climatiques. Elle propose que ces statégies d’adaptation se classent en trois catégories. Celles-ci peuvent être plus ou moins mises en place par chaque individu. Face à la menace concrète des risques écologiques, sa réponse pourrait inclure des stratégies orientées soit vers la résolution des problèmes, vers la gestion de ses émotions ou vers la construction de sens face à la situation.

Les pistes de solution

La première catégorie de stratégies d’adaptation est celle qui vise la confrontation du problème. Elle implique qu’une personne voit des pistes de solutions à sa portée. Par exemple, une élève pourrait profiter d’une opportunité de projet scolaire pour organiser une vente de vêtements de seconde main. Cette solution permettrait de réduire sa consommation de vêtements et celle de ses pairs. Cela permettrait aussi de sensibiliser ces élèves à propos de la surconsommation par la même occasion.

D’un point de vue collectif, les stratégies d’adaptation ciblant la résolution du problème peuvent paraître les plus souhaitables. En effet, si elles étaient déployées de manière généralisée, ce sont celles qui permettraient concrètement d’éviter le pire des scénarios climatiques. Toutefois, il semble que ce type d’adaptation chez les jeunes soit plutôt associé à des ressentis désagréables, tels du désarroi ou des inquiétudes. Il se pourrait que dans le cas des bouleversements environnementaux, la résolution du problème semble si lointaine que la confiance en la portée de ses propres gestes soit fréquemment remise en question.

La gestion des émotions

La deuxième catégorie de stratégies d’adaptation face aux transformations de l’environnement implique une tentative de gestion de ses propres émotions. Des exemples de ce type de stratégies incluent la distanciation du problème ou la minimisation de son importance. D’autres exemples pourraient être son déni ou la recherche de support émotionnel. Il peut même s’agir de réponses d’amplification des émotions comme la rumination ou une prise de responsabilité excessive de l’individu par rapport à son rôle réel dans les problématiques en jeu. Bien que les deux premières catégories de stratégies d’adaptation ne soient pas mutuellement exclusives, il est clair que plusieurs mesures de gestion des émotions retiennent les gens de tenter de relever les défis environnementaux.

La construction ou la recherche de sens

La troisième catégorie de stratégies est particulièrement utile quand l’enjeu problématique ne peut être pris en charge que par un seul individu ou dans un temps assez court. Dans le cas des bouleversements environnementaux, seuls des efforts concertés des nations et de leurs peuples et déployés sur plusieurs décennies arriveront à nous assurer un avenir confortable dans un monde en bon état. Dans ce genre de contexte, c’est donc par la construction ou la recherche de sens que les personnes peuvent faire face aux situations difficiles.

Pour des changements climatiques, par exemple, un adolescent pourrait chercher des sources d’optimisme dans ses lectures des média. Il pourrait envisager les défis futurs comme des opportunités de transformer certaines facettes imparfaites de nos sociétés. Cela permettrait également d’y voir une occasion de renforcer la collaboration entre les peuples. Les stratégies d’adaptation axées sur le sens vise plus à favoriser les ressentis positifs d’une personne qu’à minimiser ses ressentis négatifs, contrairement à celles axées sur la gestion des émotions.

Bien que nous souhaitions donner aux jeunes les outils nécessaires à leur participation aux défis environnementaux, il est clair que nous ne pouvons pas laisser de côté leur bien-être. Dans ce cas, que devrions-nous retenir de ce qui a été expliqué ci-haut et comment pourrions-nous en profiter?

Inviter le bien-être dans la lutte environnementale

  • Instruire et insister sur l’urgence d’agir. Il est impératif de connaître ce qui est en jeu quand on parle des bouleversements environnementaux. Il est aussi important de comprendre les mécanismes qui dégradent actuellement les conditions de vie sur Terre. Pour les jeunes, comprendre ces mécanismes, c’est aussi accepter de partager la responsabilité de la lutte qui vise à freiner ces transformations. Toutefois, il ne s’agit pas de la prendre entièrement sur ses épaules. Tout le monde a un rôle à jouer, les jeunes, leurs parents, leur école, la société…
  • Être des modèles. Demander aux jeunes d’accepter leur responsabilité et de faire les efforts qui s’imposent sans leur offrir de modèle cohérent avec nos demandes, ça n’a pas beaucoup de sens. Le sens est un allié précieux dans la réponse face aux problématiques environnementales. Il convient donc de montrer l’exemple et d’adopter de bonnes habitudes avec (ou avant) nos enfants ou élèves.
  • Participer à leur quête de sens. Discuter avec les jeunes de leur vision du futur peut s’avérer un exercice difficile. Cependant, cet exercice peut être tout à fait agréable, quand on trouve des sources d’espoir et d’optimisme à partager. Certains médias se concentrent déjà sur les bonnes nouvelles en lien avec l’environnement et des artistes optimistes en font même des documentaires.
  • Nommer les écoémotions et en tenir compte. Aborder les émotions liées aux enjeux environnementaux pourrait contribuer à les dédramatiser et à en minimiser les impacts pour les jeunes. Le fait de savoir que d’autres vivent les mêmes ressentis négatifs que soi peut aussi être apaisant. Dans le cas où les écoémotions seraient trop envahissantes, de l’aide professionnelle pourrait s’avérer nécessaire.

À propos de l’auteur

Jean-Sébastien Gauthier est étudiant à la maîtrise en éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il est également enseignant de sciences au centre de services scolaires du Chemin du Roy depuis 2017. Son mémoire porte sur la relation entre la curiosité, l’écoanxiété et l’engagement écologique. Il s’intéresse particulièrement aux bouleversements environnementaux et aux solutions qu’il est possible de mettre en place collectivement.

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