Comment gérer les conflits et montrer l’exemple lorsque vous élevez vos adolescents à l’ère numérique

La gestion de conflit avec les ados concernant leur temps d'écran peut être difficile.

Les besoins des adolescents en matière d’indépendance et d’intimité augmentent considérablement durant l’adolescence. Aujourd’hui, de nombreux parents sont préoccupés concernant le temps d’écrans de leurs adolescents et de leur sécurité numérique, et ce, à juste titre. Il existe une opinion largement répandue selon laquelle l’utilisation des technologies et des réseaux sociaux est néfaste pour les jeunes.

Cependant, comme beaucoup de parents le savent, il est souvent plus facile à dire qu’à faire d’inciter les adolescents à réduire leur temps d’écran. Des conflits surgissent souvent lorsque les parents expriment leurs inquiétudes et font valoir leur autorité sur leurs adolescents. Notre équipe de recherche a examiné le rôle de la famille et de la technologie dans le développement des adolescents depuis 20 ans.

Nos recherches auprès de parents et de jeunes Canadiens ont indiqué que 85 % des parents affirment que les conflits avec leurs adolescents au sujet de l’utilisation de la technologie ont un impact négatif sur toute la famille. Les adolescents ont tendance à se renfermer ou à cacher leurs activités aux membres de leur famille. Nous avons constaté que 70 % des adolescents admettent garder des secrets sur leur comportement en ligne.

Ce cycle de conflits familiaux et de secrets chez les adolescents se répète dans les foyers à travers le pays, et les parents ne savent pas comment protéger leurs adolescents des dangers en ligne tout en maintenant une communication ouverte au sein de la famille.

Note. Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site de The Conversation Canada.

Utilisation de la technologie par les adolescents

Près de 95 % des adolescents ont accès à un téléphone intelligent, et environ 50 % d’entre eux déclarent utiliser Internet « presque constamment ». Au début de l’adolescence, lorsque le cerveau subit des transformations rapides, les enfants recherchent davantage de liberté, d’appartenance à un groupe de pairs et de découverte de soi, et ils ont tendance à prendre plus de risques.

Contrairement aux générations précédentes, les adolescents du XXIe siècle peuvent tenter de satisfaire ces besoins développementaux à l’aide de la technologie. Cela a été particulièrement vrai durant la pandémie, lorsque les adolescents canadiens ont été contraints de communiquer avec les autres en ligne, ce qui a eu des conséquences à la fois positives et négatives sur leur bien-être. À ce jour, nous ne comprenons pas encore pleinement l’impact des restrictions liées à la pandémie sur les adolescents. Nous ne savons pas non plus comment la technologie affecte les adolescents à long terme.

Cependant, certains experts ont averti que l’utilisation quotidienne de la technologie et le temps d’écrans ne suffisent pas à eux seuls à indiquer qu’un adolescent souffre d’un dysfonctionnement. Au contraire, certains comportements et motivations spécifiques liés à l’utilisation de la technologie et des réseaux sociaux par les adolescents, notamment le cyberharcèlement ou les utilisations problématiques et trompeuses, peuvent permettre de mieux comprendre les conséquences négatives.

Des recherches ont montré que les comportements en ligne des parents et des adolescents sont similaires.

Dans notre étude, présentée lors du congrès 2024 de l’Association canadienne de psychologie à Ottawa, nous avons constaté que les parents qui passent plus de temps en ligne ont des adolescents qui passent plus de temps en ligne. Les parents qui ont déclaré avoir des comportements addictifs en ligne avaient des adolescents qui déclaraient des niveaux similaires de comportements addictifs en ligne. Les adolescents qui ont déclaré ressentir davantage de pression pour obtenir des « j’aime » et des abonnés avaient des parents qui ont déclaré ressentir un niveau similaire de pression liée aux réseaux sociaux.

Cela indique que le comportement en ligne peut être modelé de manière intergénérationnelle. Les parents donnent l’exemple d’un comportement en ligne que leurs adolescents sont susceptibles d’imiter, et vice versa. Cela signifie également que si les parents sont plus conscients de leur propre utilisation des technologies et des réseaux sociaux, ils peuvent donner l’exemple d’un engagement équilibré en ligne et hors ligne.

Que peuvent faire les parents ?

Les parents ont reçu de nombreuses recommandations pour aider leurs adolescents. Présentement, les avis sont mitigés quant à savoir si certaines pratiques parentales spécifiques peuvent atténuer l’utilisation problématique des technologies pendant l’adolescence.

Cependant, cultiver la chaleur familiale, la cohésion et la communication aide les adolescents à gérer leur utilisation des réseaux sociaux et de la technologie. Nos recherches montrent qu’un niveau élevé de communication parent-enfant, des relations parent-enfant solides et une bonne maîtrise de soi correspondent à des niveaux plus faibles d’utilisation problématique des réseaux sociaux et à moins de secrets entre parents et adolescents.

Pour favoriser l’autonomie des adolescents, les familles qui encouragent un dialogue ouvert sur les activités en ligne, établissent une relation de confiance et des règles concernant les technologies sociales sont susceptibles de modifier les effets négatifs sur les adolescents.

Ensemble, les parents et les adolescents pourraient discuter de leurs points de vue sur ce sujet. Voici quelques questions à vous poser et à poser à vos adolescents sur leur comportement, qui vont au-delà du simple contrôle du temps d’écrans :

Comment mon adolescent et moi-même passons-nous notre temps en ligne ?

Les interactions authentiques et positives avec d’autres personnes en ligne peuvent être bénéfiques pour le bien-être. Cependant, les adolescents qui passent de longues périodes à parcourir les réseaux sociaux peuvent s’engager dans des comparaisons sociales négatives ou adopter de fausses présentations d’eux-mêmes qui peuvent entraîner un sentiment d’insécurité.

Que faisons-nous, mon adolescent et moi, en ligne ?

Passer du temps en ligne pour entretenir des relations proches et stimuler la créativité (en personne ou numériquement) semble être une motivation adaptative pour utiliser les technologies sociales. Mais les motivations à les utiliser qui découlent de l’anxiété, de la peur de passer à côté de quelque chose ou de la dépendance ont tendance à être inadaptées. Les motivations visant à améliorer son statut social perçu et à attirer l’attention peuvent également être néfastes.

Avec qui passons-nous, mon adolescent et moi, du temps en ligne ?

Est-ce que vous ou votre adolescent passez du temps en ligne seul, avec des amis ou des inconnus ? Regardez-vous du contenu ensemble ? Si passer du temps en ligne ensemble peut être amusant et un excellent sujet de conversation, l’utilisation conjointe des médias peut aussi être associée à une utilisation problématique, possiblement en encourageant à passer plus de temps en ligne. 

Réfléchir à notre propre utilisation des technologies en tant que parents et encourager nos adolescents à faire de même peut améliorer l’autorégulation, la communication et la cohésion au sein de la famille et, par conséquent, accroître le bien-être numérique.

À propos des autrices

Wendy Ellis, Ph.D., est professeure agrégée au département de psychologie du King’s University College. Ses recherches portent sur un large éventail de sujets liés au développement social, notamment le statut social, l’agressivité, la cyberintimidation et la violence dans les fréquentations. Dre Ellis a mené des recherches approfondies sur l’influence des groupes de pairs chez les enfants, documentant la manière dont ces groupes façonnent le comportement de leurs membres de manière positive et négative. Dans ses travaux récents, Dre Ellis s’est concentrée sur l’examen de l’impact des technologies en ligne et des médias sociaux sur le développement social et psychologique des adolescents. Ses recherches visent à explorer l’utilisation des plateformes numériques par les adolescents et leurs effets sur leur développement, afin de mieux comprendre les défis auxquels sont confrontés les adolescents d’aujourd’hui et leurs parents.

Dre Hutchinson est professeure agrégée au département de psychologie de King’s University à Western University. Elle est titulaire d’un doctorat en développement humain, apprentissage et culture de British Columbia University. Ses recherches s’appuient sur des méthodes mixtes pour étudier l’autorégulation des enfants dans leur apprentissage à la maison et à l’école, et la manière dont les pratiques parentales et pédagogiques peuvent respectivement offrir des opportunités et un soutien à cet égard. Dre Hutchinson a publié les principales conclusions de sa thèse, qui documente le développement et la validation du Self-Regulation in School Inventory, un outil fiable et psychométriquement valide permettant de mesurer trois aspects de l’autorégulation des enfants dans le cadre de l’apprentissage.

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