
Entendre parler de maltraitance d’enfants dans des lieux de confiance tels que les garderies est le pire cauchemar de tous les parents.
Alors, comment pouvons-nous en parler à nos enfants et les aider à rester en sécurité ?
Bien qu’il ne soit pas toujours possible de prévenir la maltraitance, et que ce ne soit jamais la responsabilité de la victime, il existe des moyens pratiques et adaptés à l’âge des enfants pour les aider à faire confiance à leur instinct et à oser s’exprimer.
Ces conversations n’ont pas à être effrayantes. Elles visent à enseigner aux enfants la protection de leur corps, les limites et la confiance d’une manière calme et sans honte.
Voici ce que les parents et les aidants peuvent faire dès maintenant, ainsi que quelques ressources qui pourraient les aider.
Note. Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site de The Conversation Canada.
Utilisez les noms réels des parties du corps
Beaucoup d’entre nous ont grandi dans des familles où les parties intimes avaient des surnoms ou n’étaient pas mentionnées du tout. Les fonctions corporelles de base étaient considérées comme embarrassantes ou faisaient l’objet de blagues. Mais lorsque nous hésitons ou faisons des blagues, nous enseignons à nos enfants que ces sujets ne doivent pas être abordés.
Au contraire, nous devons parler du corps de manière claire et factuelle.
Des études montrent que l’un des moyens les plus simples et les plus efficaces de protéger les enfants consiste à leur enseigner les noms corrects de leurs organes génitaux : pénis, vulve, vagin, anus, fesses, sans honte ni secret.
Utiliser les bons mots donne aux enfants le langage pour poser des questions et pour parler à un adulte de confiance si quelque chose leur semble anormal.
Nous pouvons profiter de moments quotidiens, comme l’heure du bain ou l’habillage, pour intégrer ces mots. Pendant que votre enfant prend son bain, vous pouvez lui dire : « As-tu bien lavé ta vulve/ton pénis ? C’est ton espace spécial et c’est à toi de t’en occuper.»
Il est également important d’expliquer, en termes simples, que certaines choses sont réservées aux adultes. Il ne s’agit pas de rendre le sujet effrayant, mais d’établir des limites sûres : « Le sexe est réservé aux adultes. Ce n’est pas pour les enfants, et il n’est jamais acceptable qu’un adulte ou un autre enfant t’implique dans quelque chose comme ça. »
Si vous ne savez pas par où commencer, les livres pour enfants sur le corps et les parties intimes peuvent vous aider à entamer la conversation. Voici quelques-uns de mes préférés, pour les tout-petits jusqu’à la fin de l’école primaire :
- Ma règle sur les sous-vêtements (pour les tout-petits et les enfants d’âge préscolaire)
- L’incroyable histoire vraie de la conception des bébés (pour les tout-petits et les enfants d’âge préscolaire)
- Respect, consentement, limites et maîtrise de soi (pour les enfants du primaire)
- Bienvenue au consentement (pour les enfants du primaire)
- Parlons des limites corporelles, du consentement et du respect (pour les enfants d’âge préscolaire et primaire)
- Bienvenue dans le monde des règles (pour les préadolescents).
Respectez leur « non »
On apprend souvent aux enfants à être polis et à obéir. Bien que les bonnes manières soient importantes, cela peut parfois apprendre aux enfants à ne pas se fier à leurs instincts.
Il est essentiel que les enfants sachent qu’ils sont maîtres de leur propre corps : c’est eux qui décident de ce qui leur arrive.
Cela signifie qu’ils ne sont jamais obligés d’embrasser, de toucher ou de serrer dans leurs bras quelqu’un s’ils ne le souhaitent pas, même s’il s’agit d’un membre de leur famille proche. En tant que parents, cela peut sembler socialement gênant. Mais nous pouvons les aider en leur proposant des alternatives, comme taper dans la main, faire un signe de la main ou simplement dire bonjour.
Lorsque nous respectons le « non » des enfants face à des adultes sûrs, nous renforçons l’idée que leurs limites sont importantes et qu’ils ont toujours le droit de s’exprimer.
Faire confiance à nos enfants les aide à apprendre à se faire confiance.
Encouragez-les à écouter leur petite voix intérieure lorsque quelque chose ne va pas, cette sensation de « oh oh » dans leur ventre. Dites-leur : « Si quelqu’un te fait te sentir bizarre ou inconfortable à l’intérieur, tu peux toujours m’en parler, même si cette personne te dit de ne rien dire. Je t’écouterai toujours et je te croirai. »
Cela aide à développer la confiance nécessaire pour s’exprimer si quelque chose semble anormal, que ce soit avec un autre enfant lors d’un rendez-vous de jeu, un adulte à l’école ou même lors d’un rendez-vous amoureux lorsqu’ils seront plus âgés.
Plus important encore, cela envoie le message que les adultes les écouteront, les croiront et les protégeront.
Secrets vs surprises
Dès leur plus jeune âge, les enfants peuvent comprendre que les adultes de confiance ne leur demandent pas de garder des secrets.
Il est aidant d’expliquer la différence entre un secret et une surprise.
Les surprises sont amusantes et temporaires, comme cacher un cadeau d’anniversaire, et sont toujours révélées.
Les secrets consistent à cacher quelque chose pendant longtemps et peuvent rendre les gens effrayés ou tristes. Vous pouvez dire : « Tu peux tout me dire. Tu n’auras pas d’ennuis, même si un adulte dit que c’est un secret. »
Comment écouter et ce qu’il faut rechercher
Parfois, les enfants ne trouvent pas les mots ou ont trop peur pour en parler. Ils peuvent ne pas comprendre pleinement ce qui s’est passé avant d’être plus âgés.
L’une des choses les plus protectrices que vous puissiez faire est de rappeler à votre enfant qu’il n’est jamais trop tard pour vous parler de quelque chose qui les préoccupe. S’il évoque un événement passé, restez calme, écoutez-le et remerciez-le de vous faire confiance.
Si votre enfant vous confie quelque chose de difficile :
- Respirez profondément avant de répondre.
- Faites-lui savoir que vous le croyez.
- Évitez de poser beaucoup de questions détaillées et contentez-vous d’écouter.
Demandez l’aide d’un professionnel si nécessaire. Cela peut signifier parler à votre médecin de famille, appeler une ligne d’aide pour la protection de la jeunesse ou consulter un professionnel de la santé mentale de confiance.
Tous les enfants ne révèleront pas directement les abus. Soyez attentif aux changements soudains de comportement ou à un langage qui semble trop mature, à la peur de certaines personnes ou de certains lieux, à des régressions telles que l’énurésie (faire pipi au lit) ou les cauchemars.
Ces signes ne signifient pas automatiquement qu’il y a eu maltraitance. Mais ils constituent des indices qui vous invitent à vérifier doucement, à poser des questions ouvertes et à demander de l’aide si nécessaire.
Vous n’avez pas besoin de faire cela parfaitement. De petites conversations, répétées au fil du temps, contribuent à protéger les enfants et leur montrent que vous êtes toujours là pour les écouter.
À propos de l’autrice

Elizabeth Westrupp est professeure agrégée et psychologue clinicienne spécialisée dans l’enfance et directrice adjointe (recherche) de la faculté de psychologie de l’Université Deakin. Ses recherches portent sur la manière dont la vie familiale, l’éducation parentale et l’environnement social au sens large influencent la santé mentale et le développement des enfants. Elle travaille également à l’élaboration et à l’évaluation de programmes fondés sur des données probantes visant à soutenir les parents dans des situations réelles.