Et si mon jeune vivait de la violence dans sa relation amoureuse ?

Plusieurs jeunes vivent malheureusement de la violence dans leurs relations amoureuses.

La violence dans les relations amoureuses à l’adolescence représente un enjeu social important, touchant malheureusement un nombre considérable de jeunes. Les parents peuvent souvent se sentir démunis ou peu préparés à discuter de ce sujet, à intervenir et à apporter un soutien adéquat à leur jeune confronté à une telle situation. Lorsqu’un dévoilement survient, il est tout à fait normal de vivre une gamme d’émotions et de réagir émotionnellement. Dans cet article, Estelle Piché et Pénélope Allard-Cobetto, étudiantes à la maîtrise en sexologie, abordent divers aspects de la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence. Elles présentent notamment les différentes formes qu’elle peut prendre, les conséquences qui en découlent, le rôle des parents dans la prévention, ainsi que quelques astuces à privilégier pour soutenir son jeune.

Qu’est-ce que la violence dans les relations amoureuses ?

La violence dans les relations amoureuses se définit comme « tout comportement au sein d’une relation amoureuse qui cause un préjudice ou des souffrances physiques, psychologiques, et/ou sexuelles aux partenaires impliqué·es dans cette relation ». Celle-ci peut prendre plusieurs formes, telles que :

  • La violence physique : Tout comportement qui blesse la victime et affecte sa sécurité et son intégrité physique, ou tout acte posé avec cette intention. Par exemple : lancer des objets, pousser, gifler, frapper, retenir de force.
  • La violence psychologique : Tout acte qui vise à blesser son·sa partenaire de façon émotionnelle, soit par la manipulation, les insultes, le contrôle, le dénigrement, les menaces, etc.
  • La violence sexuelle : Tout comportement sexuel imposé sans le consentement du·de la partenaire, soit par la manipulation, le chantage, la force, l’intoxication de la victime, etc.
  • La cyberviolence : L’usage de technologies afin de contrôler et blesser la victime. Par exemple : l’harcèlement, l’espionnage (par la géolocalisation ou accès à ses comptes personnels), les menaces (par exemple, partager ses photos intimes).

Un enjeu important chez les jeunes

L’adolescence constitue une période riche en découvertes, marquée par de nombreuses premières expériences, telles que les premières relations amoureuses. Ces moments sont souvent empreints d’une intensité particulière, car les jeunes explorent de nouveaux sentiments. Les jeunes vivent généralement des expériences positives à travers leurs premières relations amoureuses. Celles-ci favorisent la découverte de soi et le développement de compétences relationnelles diversifiées.

Néanmoins, en raison de la nouveauté des expériences amoureuses, les jeunes peuvent parfois éprouver des difficultés à établir des critères clairs pour définir ce qui est considéré comme normal ou non au sein d’une relation. Cette absence de repères ainsi que l’intensité de leurs émotions peuvent compliquer la reconnaissance éventuelle de comportements violents au sein de leurs relations.

En ce sens, la violence a souvent tendance à être banalisée chez les jeunes, bien que tou·t·es, indépendamment de leur genre, orientation sexuelle ou âge, soient susceptibles d’en faire l’expérience dans leurs relations amoureuses. Plus précisément, plus d’un tiers des adolescent·e·s ont signalé avoir subi des violences physiques, psychologiques ou de la cyberviolence au sein de leurs relations. Concernant la violence sexuelle, environ un·e adolescent·e sur dix, âgé·e entre 13 et 18 ans, a déclaré avoir été victime de la part d’un·e partenaire amoureux·se. Les filles sont particulièrement vulnérables.

La violence psychologique se distingue comme la plus répandue, alimentée par de fausses croyances souvent véhiculées dans les relations amoureuses des jeunes. Par exemple, les comportements de jalousie, de possessivité et de contrôle sont parfois confondus avec des gestes d’affection et d’attachement (p.ex. croire que la jalousie est une preuve d’amour). Ainsi, il devient essentiel de démystifier ces croyances pour aider les jeunes à reconnaître et à réagir face à ces signaux d’alarme.

Les conséquences de la violence dans les relations amoureuses

Peu importe sa forme, la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence peut entraîner plusieurs conséquences pouvant perdurer, telles que :

  • Symptômes dépressifs et anxieux ;
  • Faible estime de soi ;
  • Adoption de comportements à risque (sexuels et de consommation) ;
  • Davantage à risque d’être victime d’autres formes de violence ;
  • Baisse des résultats scolaires ;
  • Idéations suicidaires.

Pourquoi s’impliquer ? Le rôle des parents dans la prévention 

Les parents jouent un rôle crucial dans le développement des attitudes, des normes, des valeurs et de la capacité de prise de décisions de leurs jeunes. Une communication positive et un niveau élevé de soutien parental sont associés à une réduction du risque de violence chez les jeunes. D’ailleurs, des recherches récentes indiquent que l’engagement des parents dans des conversations préventives avec leurs jeunes constitue un facteur de protection clé contre la violence dans les relations amoureuses. En effet, les jeunes qui discutent avec leurs parents de la gestion des conflits et des émotions dans leurs relations sont moins propices à adopter des comportements violents. Ces discussions facilitent également le dévoilement d’expériences de violence chez les jeunes.

Cependant, aborder le sujet de la violence dans les relations amoureuses peut être une tâche difficile pour les parents. Il est donc nécessaire de comprendre en premier lieu l’importance d’aborder cet enjeu avec son adolescent·e. En tant que parent, il est également important de trouver des moyens qui favorisent son propre sentiment d’aisance. On peut chercher davantage d’informations pour s’éduquer sur le sujet (comme vous le faites en lisant cet article!), partager ses inquiétudes et questionnements à son·sa partenaire ou à des ami·e·s et consulter des outils.

Comment réagir à un dévoilement ?

Si votre jeune a décidé de s’ouvrir à vous, c’est qu’il·elle vous fait confiance. Pour maintenir ce lien précieux, il est essentiel de faire preuve de sensibilité et de mettre en place les stratégies optimales pour recevoir son dévoilement. Effectivement, il est essentiel d’accueillir de manière adéquate de telles confidences, car la réaction joue un rôle crucial dans la détresse des victimes et influencera par la suite leur processus de demande d’aide.

En tant que parent, il est tout à fait normal que cela puisse susciter plusieurs émotions. Si vos émotions deviennent envahissantes et que vous ne vous sentez plus en posture d’intervenir, n’hésitez pas à prendre un moment pour vous calmer ou bien à contacter une ressource d’aide avant d’aborder le sujet avec votre jeune. À garder en tête : le fait que votre jeune vous en ait parlé est déjà un énorme pas dans la bonne direction !

Les stratégies à éviter

  • Exiger un comportement de la part de votre ado (« Tu vas casser avec, maintenant ! C’est fini, tu ne le reverras plus ! ») ;
  • Imposer vos opinions ou vos actions (« C’est complètement stupide comme situation. Je vais appeler ses parents et leur faire savoir ma façon de penser. ») ;
  • Banaliser ou minimiser le vécu (« Ben là ? C’est juste ça ? Franchement, tu sais bien que les garçons font ça quand ils ont un crush ! ») ;
  • Faire preuve d’une curiosité déplacée (commencer un interrogatoire ou vouloir obtenir des détails intrusifs…).

Les stratégies à adopter

  • Croire son ado ;
  • Écouter ;
  • Laisser le temps à son ado de s’exprimer sur ce qu’il·elle pense et ressent ;
  • Adopter une attitude de non-jugement, déculpabiliser ;
  • Poser des questions sans l’envahir (« Comment te sens-tu par rapport à tout ça ?») ;
  • Faire preuve de compréhension, d’empathie et de bienveillance (« Personne ne devrait agir de cette façon avec toi, peu importe la raison. Je comprends que tu sois déçu et blessé. ») ;
  • Partager des informations au sujet des relations amoureuses et de la violence ;
  • Respecter le rythme de son ado et le soutenir quant à sa demande d’aide (« Qu’est-ce que tu aimerais faire ? Aimerais-tu savoir ce que je ferais à ta place ? ») ;
  • Exprimer ses inquiétudes tout en maintenant son calme et en faisant preuve de soutien (« Ça m’inquiète, ce que tu vis. Tu mérites d’être dans une relation qui te fait sentir bien. Je ne peux pas prendre une décision à ta place, mais n’hésites jamais à venir m’en parler si tu as besoin d’aide ou si tu te sens en détresse. Je suis là pour t’écouter et t’accompagner. »).

En conclusion

Pour conclure, dans le parcours des premières expériences amoureuses des jeunes, les parents jouent un rôle déterminant. Ceux-ci ont la capacité de promouvoir des relations positives et sans violence. Malgré le désir de vouloir intervenir rapidement, accorder une oreille attentive aux besoins de son jeune peut être la clé pour maintenir un lien de confiance. En assumant ce rôle soutenant, le parent crée un environnement propice à des conversations ouvertes et bienveillantes, contribuant ainsi à prévenir la violence dans les relations amoureuses de son jeune.

Pour en savoir plus, consultez le site web du programme Étincelles : plusieurs informations s’y trouvent sous l’onglet Adultes de confiance. Des capsules vidéo sont également disponibles pour vous soutenir dans vos discussions avec les jeunes concernant les relations amoureuses et la violence. https://etincelles.uqam.ca/adultes-de-confiance/capsules-video-2/

À propos des autrices

Estelle Piché est candidate à la maîtrise en sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et assistante de recherche au sein de la Chaire de recherche du Canada sur les traumas interpersonnels et la résilience. Ses intérêts portent principalement sur la prévention de la victimisation interpersonnelle chez les jeunes. En ce sens, elle participe à l’élaboration et l’évaluation du projet Étincelles, un programme québécois qui vise la promotion de relations amoureuses et intimes positives ainsi que la prévention de la violence dans le parcours relationnel des jeunes.

Pénélope Allard-Cobetto est candidate à la maîtrise en sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Coordonnatrice de recherche pour la Chaire interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles envers les enfants ainsi que la Chaire de recherche du Canada sur les traumas interpersonnels et la résilience, celle-ci supervise les démarches d’évaluation du programme Lanterne, qui vise la prévention de la violence sexuelle chez les enfants. Ses intérêts de recherche portent principalement sur la prévention de la victimisation interpersonnelle chez les enfants, les adolescents, ainsi que les adultes.

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