Comment les parents peuvent-ils soutenir un enfant qui se révèle transgenre ?

En surmontant leurs propres peurs, en suivant l’exemple de leur enfant et en tolérant l’ambiguïté

Les jeunes transgenres, ou trans sont confrontés à des taux élevés d’anxiété, de dépression et de suicide. Ces risques élevés pour la santé mentale découlent largement de facteurs externes tels que la discrimination, la victimisation et, surtout, le rejet familial, plutôt que du fait d’être trans.

Em Matsuno, personne chercheuse post-doctorante à l’université de Palo Alto, a développé et testé un programme de formation en ligne appelé « Parent Support Program » (programme de soutien aux parents) afin d’aider les parents à mieux comprendre et soutenir les jeunes transgenres. Iel s’est entretenu avec The Conversation U.S. à propos de ses résultats et les façons dont les parents peuvent mieux défendre leurs enfants et éviter les erreurs courantes lorsqu’un enfant s’identifie comme transgenre ou non binaire.

Note. Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site de The Conversation Canada.

Quels sont les défis courants auxquels sont confrontés les parents d’enfants transgenres ?

L’un des plus importants est la peur. Les parents craignent pour la sécurité de leur enfant. Par exemple, ils craignent que leur enfant soit intimidé, alors ils pourraient lui dire : « Non, je ne veux pas que tu portes ça à l’école. » Ou s’ils n’ont pas de connaissance sur les identités transgenres, ils pourraient se sentir dépassés ou ne pas savoir quoi faire. Et ils ont peur de faire des erreurs, de dire ou de faire la mauvaise chose.

Un autre obstacle est les croyances et les attitudes que les parents peuvent avoir. Les parents ont peut-être grandi avec des idées fausses sur le genre. Par exemple : la croyance selon laquelle le sexe attribué à la naissance, qui est généralement basé sur l’anatomie, est la même chose que le genre, ou que le genre est strictement masculin ou féminin.

Si la famille élargie ou la communauté est conservatrice, les parents eux-mêmes peuvent également être rejetés par les autres. Les gens leur diront qu’ils sont de mauvais parents s’ils laissent leur enfant changer de sexe. Parfois, les parents doivent prendre le risque d’être rejetés par leurs proches, ce qui peut également les mettre dans une position difficile.

Que dit la recherche sur le soutien parental ?

Une étude réalisée en 2016 a montré que les enfants transgenres qui étaient soutenus par leurs parents avaient des résultats similaires en matière de santé mentale à ceux d’un groupe témoin cisgenre.

Il existe certes des études sur les jeunes transgenres qui ont une dépression ou des idées suicidaires. En conséquence, certaines personnes pensent qu’être transgenre rend plus vulnérable aux risques liés à la santé mentale. Mais réellement, ce que nous constatons, c’est que ce n’est pas le fait d’être transgenre qui importe, mais plutôt le fait d’être soutenu ou non.

L’une des études sur lesquelles j’ai travaillé s’est penchée sur les différents types de soutien social pour les jeunes transgenres : leur groupe d’amis/de pairs, la communauté transgenre et leur famille. Parmi ces trois types de soutien, le soutien de la famille était le prédicteur le plus fort en matière de dépression, d’anxiété et de résilience. C’est regrettable, car beaucoup de personnes transgenres perdent le soutien de leur famille et doivent compter sur les autres, alors que c’est la famille qui a le plus d’impact.

Les ressources en ligne conseillent aux parents de soutenir un enfant transgenre en utilisant ses pronoms, en le défendant, en s’informant et en lui témoignant un amour inconditionnel. Qu’ajouteriez-vous ou souligneriez-vous ?

Obtenez votre propre soutien. Souvent, les parents disent qu’ils soutiennent et acceptent leur enfant à 100 %, mais ils ressentent tout de même des émotions, comme de la tristesse ou de l’anxiété, et c’est correct. Cela ne signifie pas que vous ne le soutenez pas. Mais partager toutes vos difficultés émotionnelles avec votre enfant peut lui donner l’impression d’être un fardeau ou d’être la cause de toute cette détresse. Si les parents ne trouvent pas d’autres parents dans leur communauté locale, il existe des groupes de soutien en ligne. Et obtenez l’aide d’un professionnel si vous le pouvez.

Quels mythes courants ou fausses informations vous préoccupent le plus ?

Le principal est la « dysphorie de genre à apparition rapide ». Cela sonne comme un terme médical, mais il n’est absolument pas utilisé dans le domaine de la santé transgenre et est basé sur des recherches erronées. Cela se manifeste souvent par l’idée que : « Oh mon Dieu, tout à coup, mon enfant est transgenre. Il doit être influencé par ses pairs. » 

Souvent, les enfants atteignent la puberté et ressentent soudainement un certain malaise. Ou peut-être que cela se produisait déjà auparavant, mais qu’ils n’en parlaient pas à un parent, ce qui fait que cela semble soudain pour le parent, mais pas pour l’enfant.

Il existe également beaucoup de désinformation autour des soins médicaux affirmant le genre, ce qui est un stresseur important pour de nombreux parents. Il y a cette crainte : « Et s’ils changeaient d’avis ? »

Les cas de regret après la transition sont extrêmement rares. Quant aux bloqueurs de puberté, ils sont réversibles et peu risqués. Souvent, les personnes transgenres ne savent pas ce qui leur conviennent avant d’avoir essayé plusieurs choses. Oui, les interventions médicales comportent des risques, mais il existe également des risques importants liés à la persistance de la dysphorie de genre.

Pourquoi y a-t-il aujourd’hui plus d’enfants qui s’identifient comme transgenres ?

Les personnes transgenres et non binaires ont toujours existé, dans toutes les cultures et sur tous les continents. Ce n’est donc pas un phénomène nouveau. Mais cette histoire a été effacée.

Aujourd’hui, il y a plus de visibilité, plus d’acceptation, et les jeunes générations sont aussi sensibilisées plus tôt à l’identité transgenre. Elles ont ce que l’actrice et militante transgenre Laverne Cox appelle des « modèles de possibilités », qui leur permettent de penser : « Oh, c’est une option pour moi ». Pour beaucoup de personnes transgenres de mon âge ou plus âgées, ce n’était pas quelque chose que nous connaissions.

Que peuvent dire les parents pour montrer leur soutien lorsqu’un enfant transgenre fait son coming out ?

Les parents peuvent reconnaître le courage de leur enfant et lui montrer leur gratitude en lui disant : « Merci de m’avoir mis au courant ». De plus, dites-leur explicitement que vous les aimez. Les enfants transgenres craignent le rejet lorsqu’ils font leur coming out, c’est pourquoi il est important de leur apporter un soutien très explicite.

Les réactions courantes consistent à dire : « Non, tu es confus. Tu es juste gay/lesbienne. Es-tu sûr ? » Ou leur poser trop de questions, ce qui met en quelque sorte l’enfant sur le banc des accusés : « Comment l’as-tu su ? Quand l’as-tu su ? » Ils posent toutes ces questions et le message sous-jacent est « Je ne te crois pas » ou « Je n’approuve pas ».

Une meilleure approche consiste à dire : « Est-ce que je peux te poser quelques questions ou as-tu besoin d’un peu de temps ? » Les parents peuvent également demander à leur enfant : « Comment puis-je te soutenir ? » Avec les enfants plus jeunes, ils peuvent donner quelques exemples : « Veux-tu que j’utilise le pronom “il” pour parler de toi, ou pas ? Qu’est-ce qui te convient le mieux ? »

Un dernier conseil pour les parents ?

Apprenez à tolérer l’ambiguïté, l’incertitude et la fluidité. Les parents veulent souvent savoir qui sera leur enfant, avec certitude, stabilité et cohérence. Cette rigidité vient de l’anxiété.

Mais les choses ne seront pas toujours claires. Laissez votre enfant trouver ses propres réponses. Je pense qu’avec les enfants, il y a beaucoup d’exploration, donc les choses peuvent changer et ce n’est pas grave. L’ouverture d’esprit des parents leur permet d’être eux-mêmes.

À propos de l’auteurice

Dr. Em Matsuno (iel) est professeur·e adjoint·e en counseling et psychologie du counseling à l’Université d’État de l’Arizona. Les principaux objectifs de recherche du Dr. Matsuno sont doubles : 1) comprendre les facteurs de stress et de résilience auxquels sont confrontés les personnes bispirituelles, transgenres et non binaires (2STNB) et 2) développer et tester des interventions visant à réduire les facteurs de stress et/ou à accroître les facteurs de résilience pour les personnes 2STNB. Ses intérêts particuliers portent notamment sur l’acceptation familiale et le soutien parental des jeunes 2STNB, les personnes non binaires, les étudiants diplômés et la carrière des personnes 2STNB, ainsi que les personnes 2STNB de couleur.

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