La santé mentale en temps de pandémie chez les jeunes de la communauté LGBTQ+

black men in medical masks with takeaway coffee on street
La prévalence des difficultés de santé mentale chez les jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre a été très élevée pendant la pandémie.

La pandémie de COVID-19 a été une période d’incertitude et de chamboulement pour la planète entière. On peut penser notamment à la crise sanitaire, le confinement et l’isolement social, pour ne nommer que quelques chamboulements. Il va sans dire qu’un tel contexte social fut porteur de conséquences, malheureusement négatives, sur la santé mentale de plusieurs groupes. Les jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre n’ont malheureusement pas été épargnés. Dans cet article, Dominic Laquerre, étudiant au doctorat en psychologie, et Audrey-Ann Deneault, professeure en psychologie, décrivent les résultats d’une récente étude qui fait état de cette situation.  

La santé mentale des jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre 

La diversité sexuelle et de genre fait référence aux individus qui appartiennent à une minorité sur le plan de du genre (p. ex., non-binarité, transitude) du sexe (p. ex., intersexe) ou de l’orientation sexuelle et romantique (p. ex., homosexuel(le), bisexuel(le), asexuel(le)). Pour une liste plus complète, vous pouvez vous référer à ce lexique. Par leur statut minoritaire, les membres de cette communauté vont à l’encontre des normes sociales, culturelles, politiques et sexuelles d’hétérocisnormativité :  

  • Hétéronormativité – Principe selon lequel l’hétérosexualité est la norme préférentielle en matière d’orientation sexuelle. 
  • Cisnormativité – Principe selon lequel l’appartenance et l’expression du genre assigné à la naissance sont la norme préférentielle en matière de genre.  

La transgression de ces normes rend cette communauté vulnérable à l’oppression, l’ostracisation et la discrimination sur la base de leur orientation sexuelle (p. ex., homophobie) et de leur appartenance ou expression de genre (p. ex., transphobie). Bien avant l’arrivée de la pandémie de COVID-19, on notait déjà des disparités au niveau de la santé mentale des jeunes de la communauté LGBTQ+. En effet, ces jeunes rapportaient davantage de difficultés de santé mentale et d’idéation suicidaire que leurs pairs cis et hétéro.

La santé mentale en temps de pandémie

Malheureusement, l’arrivée de la pandémie de COVID-19 en mars 2020 a eu des effets sur la santé mentale de ces jeunes. En effet, plusieurs études rapportent que la santé mentale des jeunes de la diversité sexuelle et de genre s’est détériorée durant cette période. Ce faisant, la pandémie a creusé encore davantage le fossé qui les sépare des jeunes non-issus de la diversité. Cet article résume les constats d’une étude de 2024, menée par les professeures Nicole Racine et Audrey-Ann Deneault, qui dépeint l’état de santé psychologique des jeunes de la diversité sexuelle et de genre durant la COVID-19.  

Dans le cadre de cette étude, les autrices et auteurs ont répertorié tous les articles disponibles par rapport à la santé mentale des jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre. Les articles retenus devaient rapporter la prévalence (soit la fréquence d’apparition) de difficultés de santé mentale auprès de cette population. En tout, 19 études, comptant un total de plus de 10 000 participants, ont été retenues. Ce faisant, l’étude est en mesure de dresser un portrait robuste de la fréquence des symptômes d’anxiété, de dépression, d’idées suicidaires, de tentatives de suicide et de dépendance aux substances au sein des jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre lors de la COVID-19.  

La prévalence inquiétante des symptômes de santé mentale  

Les résultats de l’étude témoignent d’une situation assez alarmante par rapport à la santé mentale des jeunes de la diversité sexuelle. Pendant la pandémie de COVID-19 : 

Type de difficultés de santé mentaleExemples de symptômesPrévalence
AnxiétéInquiétudes, agitation, irritabilité55,4 %
DépressionHumeur dépressive, perte d’intérêts ou de plaisir, insomnie61,8 %
Idées suicidairesAvoir envie de mourir50,9 %
Tentatives de suicide21,4 %
Dépendance aux substancesAbus de cannabis
Abus de médicaments
67,0 %
5,0 %

Qu’est-ce qui explique ces chiffres alarmants ?

Plusieurs pistes d’explication permettent de comprendre cette situation déplorable. Il est important de rappeler que les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre avaient déjà plus de difficultés de santé mentale avant la pandémie.

Une première piste serait que la pandémie a forcé plusieurs membres de cette communauté à se confiner, et ce, parfois dans un environnement parfois hostile et discriminatoire. On peut penser par exemple à des jeunes ayant des parents qui ne soutiennent pas leur identité. Être confiné avec ces parents serait très difficile au niveau psychologique.

Une deuxième piste serait le manque d’accès à leur réseau social habituel en raison du confinement. Les ami·e·s, partenaires romantiques et collègues de classe peuvent jouer un rôle important pour soutenir et valider l’identité de ces jeunes. De plus, plusieurs enseignant·e·s qui apportent du soutien au quotidien à ces jeunes n’étaient plus en mesure de le faire lors de cours en ligne.

Une dernière piste concernerait le manque d’accès encore plus prononcé à du soutien psychologique lors de la pandémie. Les listes d’attentes sont devenues encore plus longues, et il est possible que plusieurs jeunes qui avaient besoin de soutien n’aient pas pu en obtenir.

Conclusion

En conclusion, la pandémie de COVID-19 a été nocive pour la santé mentale des jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre. Ces constats mettent de l’avant les besoins de cette communauté, particulièrement puisque ces difficultés sont encore présentes pour beaucoup de jeunes. Davantage de recherche est nécessaire afin d’identifier clairement leurs besoins, et des programmes d’intervention doivent être mis sur pied afin de maximiser leur bien-être psychologique.

Entre-temps, voici une liste de ressources disponibles pour cette communauté : 

Référence clé

Racine, N., Deneault, A. A., Eccles, H., Hopley, A., Le, M., Labelle, P. R., … & Colman, I. (2024). Prevalence of mental health and substance use difficulties among sexual and gender diverse youth during COVID-19: a systematic review and meta-analysis. LGBT Health. https://doi.org/10.1089/lgbt.2023.0263

À propos des auteurs

Diplômé du baccalauréat en psychologie à l’Université Laval à l’hiver 2024, Dominic Laquerre entame à l’automne 2024 un doctorat en psychologie clinique à l’Université de Montréal. Natif de Montréal, c’est pour lui un grand honneur que de retrouver la grande (et la plus belle) ville pour le reste de son parcours académique. Ses intérêts de recherche portent principalement sur la famille et la coparentalité dans tout contexte de diversité familiale, relationnelle ou individuelle. Sa recherche doctorale est co-dirigée par Dre Audrey-Ann Deneault (Université de Montréal) et Dre Catherine Ratelle (Université Laval).

Dre Audrey-Ann Deneault est une chercheuse en psychologie se spécialisant dans l’étude des familles et des relations interpersonnelles en contexte. Elle détient un doctorat en psychologie expérimentale de l’Université d’Ottawa ainsi que des stages notamment  un stage postdoctoral à l’Université de Calgary. Elle est présentement professeure adjointe en psychologie sociale au Département de psychologie de l’Université de Montréal et la directrice du Laboratoire sur les Relations Interpersonnelles en Société et dans leur Environnement (RISE). Audrey-Ann est également la fondatrice d’ÉducoFamille.

Laisser un commentaire