
Quelles sont les mesures que les donneur.se.s de soins peuvent prendre pour aider les jeunes à surmonter leurs difficultés de santé mentale? C’est la question à laquelle répond la Dre Sheri Madigan, professeure en psychologie de l’Université de Calgary, et la Dre Tracy Vaillancourt, professeure en psychologie de l’Université d’Ottawa. Cet article a été originalement publié sur The Conversation Canada.
De récentes études suggèrent une augmentation des problèmes de santé mentale chez les enfants et les adolescent.e.s. Par exemple, un enfant sur quatre déclare avoir connu des taux de dépression cliniquement élevés. De plus, les taux de visites aux urgences pour tentative de suicide ont augmenté de 22 % au cours des dernières années.
En tant que clinicien.ne.s et chercheur.se.s, nous avons été en contact avec des milliers de donneur.se.s de soins, dont beaucoup nous ont demandé comment mieux comprendre et soutenir la santé mentale de leurs enfants.
Cet article propose un guide étape par étape pour reconnaître les signes de détresse psychologique des jeunes. Ce guide permettra aussi à leur entourage de réagir en leur apportant le soutien et les ressources nécessaires afin de favoriser leur rétablissement et leur résilience.
Reconnaître les signes de détresse
Les enfants et les adolescent.e.s réagissent différemment aux situations et aux événements. Les signes de détresse psychologique peuvent donc être différents entre elleux et différents des adultes.
Les changements sont normaux chez les enfants et les adolescent.e.s, mais les changements importants et durables ne le sont pas. En règle générale, les donneur.se.s de soins doivent être à l’affût d’une combinaison des éléments suivants :
- Une augmentation de la détresse psychologique, soit une plus grande tristesse, plus d’irritabilité, davantage d’inquiétude ou une plus grande prise de risque.
- Des changements dans le fonctionnement quotidien, c’est-à-dire dans le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, le niveau d’énergie et/ou les centres d’intérêt. Cela peut ensuite avoir un impact sur les relations avec les pairs ou la famille, sur les activités parascolaires ou sur les résultats scolaires.
Parlez de santé mentale avec vos enfants
Nous encourageons les donneur.se.s de soins à avoir des conversations sur la santé mentale tôt et fréquemment, que l’enfant ou l’adolescent.e soit en difficulté ou non. Cela permettra de normaliser ces conversations et votre jeune saura qu’iel peut s’adresser à vous lorsqu’iel est en difficulté.
Les conversations sont particulièrement importantes lorsque les enfants ou les adolescent.e.s semblent avoir des difficultés. Vous pouvez commencer par leur dire que vous vous souciez d’eux. Soulevez ce que vous avez observé en termes de changements quant à leur détresse et à leur fonctionnement quotidien. Par exemple, vous pourriez dire : « J’ai remarqué que tu dors beaucoup plus que d’habitude. As-tu aussi remarqué ces changements ? » Demandez ensuite si vous pouvez approfondir le sujet en discutant davantage.
Si vous pensez que cette stratégie ne fonctionnera pas pour votre enfant, ou si vous obtenez souvent des réponses du type « ça va » à la question « comment te sens-tu ? », essayez la stratégie de la troisième personne, qui peut réduire la tension lors de ces conversations.
Dans ce scénario, faites une déclaration sur la santé mentale des jeunes en général, comme « J’ai entendu dire qu’il y a beaucoup d’enfants et d’adolescent.e.s qui ont des problèmes de santé mentale en ce moment », puis posez des questions ouvertes, comme « Qu’est-ce que tu en penses ? « Qu’en pensez-vous ? » ou « Qu’avez-vous remarqué à propos de votre propre santé mentale ces derniers temps ?
Lorsque vous discutez de santé mentale avec votre enfant ou votre adolescent.e, essayez de minimiser les risques d’inconfort. Il est préférable de trouver un moment qui convient à votre enfant. Par exemple, lorsqu’il est reposé, nourri et détendu.
Par ailleurs, certains jeunes ont du mal à parler de leur santé mentale en face à face. Si c’est le cas pour votre enfant ou pour votre adolescent.e, vous pouvez lui proposer d’aller vous promener et entamer la conversation à ce moment-là. Vous pouvez également aborder le sujet lorsque vous faites autre chose, comme remplir le lave-vaisselle, ou lorsque vous vous rendez à une activité parascolaire. Cela permet d’alléger les conversations en face à face, qui peuvent être perçues comme stressantes.
Lorsque les enfants et les adolescent.e.s se confient à vous, exprimez de l’empathie pour ce qu’iels vivent, en utilisant des phrases telles que « cela semble vraiment difficile » et/ou « je comprends à quel point cela peut être douloureux ». En tant que donneur.se.s de soins, il est normal de vouloir adopter une posture de résolution de problèmes. Toutefois, l’approche la plus efficace pour soutenir les enfants et les adolescent.e.s est souvent d’écouter et de valider leurs sentiments et leur détresse.
Communiquer, établir un lien de confiance avec vos jeunes, et leur confirmer votre soutien peut favoriser leur résilience dans les moments d’adversité.
Parler avec son enseignant.e
Si vous ressentez toujours de l’inquiétude au sujet de votre enfant et si vous souhaitez obtenir des informations supplémentaires, vous pouvez vous adresser à son enseignant.e ou à son/sa professionnel.le en santé mentale (ex., psychologue, travailleur.se social.e, éducateur.rice spécialisé.e). Jusqu’à 80 % des jeunes acquièrent leurs connaissances en matière de santé mentale à l’école. Les professionnels.les en santé mentale sont spécifiquement formé.e.s pour répondre aux problèmes de santé mentale et les autres membres du personnel scolaire ont l’habitude d’avoir des conversations sur la santé mentale avec les élèves. Iels accueillent généralement favorablement ces conversations avec les donneur.se.s de soins.
Les enseignant.e.s peuvent également apporter un point de vue précieux sur la façon dont la santé mentale d’un enfant peut avoir changé et sur ce qui peut précipiter ces changements. Par exemple, un enfant peut éprouver des difficultés d’apprentissage ou des brimades dont il ne vous a pas encore fait part, mais qui lui causent de la détresse. Les professionnels.les en santé mentale et les enseignant.e.s peuvent également vous aider à trouver des idées pour renforcer les stratégies d’adaptation des enfants et pour favoriser leur réussite à l’école.
Si possible, demandez à votre enfant de participer à ces conversations, afin qu’iel se sente impliqué.e dans les discussions sur sa propre santé mentale et dans la recherche des mesures à prendre pour y remédier.
Parlez-en à votre prestataire de soins de santé
Les prestataires de soins de santé sont formé.e.s pour évaluer les problèmes de santé mentale et physique. Iels peuvent procéder à un dépistage et à une évaluation formels des troubles de santé mentale en posant des questions, à vous et à votre enfant, sur ses changements d’humeur, puis sur les changements dans son comportement et dans son fonctionnement. Le/La professionnel.le comparera les symptômes de détresse présentés par le jeune aux critères diagnostiques de divers troubles de santé mentale.
Possédant la formation nécessaire, les prestataires de soins peuvent vous proposer des stratégies d’intervention ainsi que des ressources pour vous soutenir, vous et votre enfant. Iels travailleront directement avec vous et votre jeune afin de choisir les meilleures approches pour aborder les difficultés de santé mentale de votre enfant ou adolescent.e.
Il est également important d’informer les enfants et les adolescent.e.s des autres services auxquels iels peuvent avoir accès pour obtenir du soutien, comme Jeunesse, J’écoute, qui est disponible par texto ou par téléphone 24 heures/24, 7 jours/7.
Adresser immédiatement les troubles de santé mentale urgents
Les stratégies ci-dessus peuvent être appliquées lorsque les enfants et les adolescent.e.s ne sont pas en danger immédiat. Cependant, si votre enfant montre des signes avant-coureurs de suicide ou adopte un comportement d’automutilation, demandez de l’aide dès que possible, notamment en :
- L’amenant à l’hôpital le plus proche.
- Si votre enfant refuse d’aller à l’hôpital ou si vous n’êtes pas sûr.e que ce soit la bonne chose à faire, demandez l’aide d’un.e professionnel.le de la santé le plus rapidement possible. Vous pouvez appeler l’équipe soignante ou une ligne d’écoute téléphonique.
- Si votre enfant tente de se suicider ou est sur le point de le faire, ne le laissez pas seul et appelez immédiatement le 911.
Bien qu’il soit naturel de prendre soin de son enfant, s’occuper de sa santé mentale peut également s’avérer éprouvant et/ou déclencheur pour de nombreux donneur.se.s de soins. Pour soutenir le bien-être de son enfant et de son adolescent.e, il importe de prendre soin de soi. Nous encourageons les donneur.euse.s de soins à prioriser leur propre santé mentale afin qu’iels se sentent disponibles et en mesure de s’occuper de la santé mentale de leur jeune.
Si les donneur.se.s de soins s’inquiètent de leur propre santé mentale, nous leur recommandons les ressources suivantes :
- Wellness Together Canada est un service gratuit et confidentiel offert aux résident.e.s canadien.ne.s. Cette ressource peut vous fournir formations sur la santé
- Parlez à un.e profesionnel.le de la santé
- Si vous êtes en détresse, contactez Talk Suicide Canada.
L’article original a été publié sur The Conversation Canada. Vous pouvez accéder à l’article ici.