Devenir une famille d’accueil de proximité !

Ces familles s’engagent souvent dans l’accueil de l’enfant en raison du lien significatif entretenu.

Souvent, lorsqu’un enfant est placé par les services de la protection de la jeunesse, les personnes qui lui sont significatives ou les membres de sa famille sont considérés comme un milieu d’accueil possible. Depuis quelques années au Québec, ce type de placement a fait l’objet d’une reconnaissance institutionnelle et législative faisant en sorte que ces personnes peuvent devenir des familles d’accueil de proximité.

Dans cet article, nous verrons qui est plus susceptible de devenir une famille d’accueil de proximité. Nous présenterons des éléments qui influencent la décision d’accueillir l’enfant ainsi que les impacts du placement dans la vie de ces accueillants. Par la suite, nous parlerons du processus pour devenir une famille d’accueil de proximité en terminant par des pistes pour obtenir du soutien.  

Qui sont les personnes qui accueillent l’enfant ?

Au Québec, c’est environ le tiers des enfants placés qui sont confiés à une personne de leur entourage en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse. La majorité de ces placements se feront auprès de membres de la famille élargie, plus particulièrement des grands-parents. Toutefois, on retrouve aussi d’autres groupes, tels que la fratrie devenue adulte ou les tantes, les oncles et les cousins.

La décision d’accueillir l’enfant

Les familles d’accueil de proximité s’engagent souvent dans l’accueil de l’enfant en raison du lien significatif entretenu et d’un sentiment d’obligation morale. Notamment, elles veulent éviter que l’enfant soit placé auprès d’étrangers dans une famille d’accueil régulière. 

À cela s’ajoute que ce type de placement se fait souvent en urgence.  Selon une étude de Poirier et al. (2018) menée au Québec, dans 69% des cas, les familles d’accueil de proximité accueillent l’enfant avant que les services de la protection de la jeunesse n’aient pu se positionner quant à la compromission de la sécurité et du développement de l’enfant. Cela peut faire en sorte que les familles d’accueil de proximité n’ont pas en main toutes les informations pour prendre une décision éclairée quant à l’accueil de l’enfant. Par exemple, il arrive souvent que la durée du placement soit incertaine

Impacts du placement dans la vie des familles d’accueil de proximité 

Accueillir l’enfant demande de nombreux ajustements. Il est souvent nécessaire d’aménager rapidement une chambre à l’enfant avec tout le mobilier nécessaire, ainsi qu’apporter d’autres changements physiques visant la sécurité de l’enfant dans la maison. Des modifications dans les habitudes de vie ou dans l’organisation familiale sont à prévoir. Il s’avère aussi souvent nécessaire de revoir son organisation professionnelle lorsque l’enfant arrive au domicile. 

De plus, les familles d’accueil de proximité notent des changements importants dans leur rôle et dans leurs relations familiales. Avec l’enfant, elles deviennent comme des parents. Alors qu’avec les parents de l’enfant, les interactions sont susceptibles de se complexifier et devenir conflictuelles. Certains nomment aussi avoir de la difficulté à bien départager leur rôle entre l’enfant et le parent. Les familles d’accueil de proximité peuvent se sentir partagées entre les besoins des enfants et ceux des parents qui souhaitent souvent le retour de leur enfant à domicile. Étant informées des comportements inadéquats que les parents ont fait vivre aux enfants, elles se retrouvent parfois à vivre des inquiétudes et des tensions familiales.

Plusieurs responsabilités sont attendues de la part de ces familles. Notamment, elles accueilleront les intervenants à leur domicile, seront évaluées périodiquement, feront les suivis médicaux de l’enfant et réaliseront des transports. Il sera nécessaire de respecter les règles et les attentes des services de la protection de la jeunesse. Parmi ces dernières, on retrouve souvent la supervision des contacts entre les parents et l’enfant. À cet égard, leur rôle a tendance à être moins défini que pour les familles d’accueil régulières. Cette situation peut conduire à des désaccords ou à de la confusion quant aux responsabilités à assumer.  

Dans l’ensemble, ce sont tous des impacts du placement qui se traduisent souvent par des adaptations et par des tâches demandant beaucoup de temps. Dès le placement, ces dernières se déroulent en parallèle au processus pour devenir formellement une famille d’accueil de proximité.  

Processus pour devenir une famille d’accueil de proximité

Quand elles acceptent le placement de l’enfant à leur domicile, il s’ensuit un processus d’accréditation  envers lequel elles ont souvent peu d’informations. Ainsi, l’État a créé le cadre de référence pour les ressources intermédiaires et les ressources de type familial qui fournit des indications sur ce processus, en décrivant les exigences et critères à remplir. Cela repose principalement sur trois composantes, soit la personne responsable (ex : vérification des antécédents judiciaires, etc.), le milieu de vie (ex : l’aménagement, la sécurité, etc.) et le projet (ex : qualité du lien significatif). Il y a toutefois une grande variabilité entre les régions du Québec quant à la façon dont les établissements procèdent. 

Certaines familles d’accueil de proximité vont d’ailleurs trouver que les délais sont longs pour compléter ce processus et que cela les empêche, pendant ce temps, de bénéficier d’une aide financière pour arriver à répondre aux besoins de l’enfant. En effet, ce n’est que lorsqu’elles terminent ce processus qu’elles seront rétribuées comme famille d’accueil. Elles auront alors accès à une association représentative (FFARIQ, ADREQ ou CSN) et auront souvent une intervenante qui sera désignée pour veiller à leur respect des normes.     

Des pistes pour obtenir du soutien lorsqu’on est une famille d’accueil de proximité  

Il existe plusieurs stratégies pour obtenir du soutien lorsqu’on exerce ce rôle. Il est possible d’avoir recours à son association représentative. Chacune des associations offre diverses activités, que ce soit du réseautage avec les pairs, des formations ou des conférences. Différents moyens sont prévus pour pouvoir les rejoindre facilement et pour recevoir leurs informations rapidement. 

Dans les services de protection de la jeunesse, certains établissements déploient aussi des initiatives visant à soutenir davantage les familles d’accueil. Notamment, on retrouve des intervenantes dédiées à offrir du soutien par le biais d’interventions individuelles ou de groupe. Il peut être pertinent de demander ce qui est disponible sur son territoire et le mécanisme pour y avoir accès.  

Dans certaines régions du Québec, des organismes communautaires vont aussi offrir des espaces de parole et de soutien. À cela s’ajoutent des communautés virtuelles de familles d’accueil dans les réseaux sociaux qui peuvent être des ressources pour le partage d’un vécu ou en cas de questionnements. 

Références pertinentes

Chateauneuf, D., Turcotte, D. et Drapeau, S. (2017). The relationship between foster care families and birth families in a child welfare context: The determining factors. Child & Family Social Work. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/cfs.12385?casa_token=0JVB78QiF1MAAAAA%3AYpg8xu8UNNcJX-feUxz_RpO3svozY1GRyP0kSBCBCcYbGJS7A0WX8wiZoohIOVv-RmCU-3jj6wbc_cIA 

Dorval, A., Lamothe, J., & Hélie, S. (2018). Placement auprès de personnes significatives: portrait des familles d’accueil de proximité (synthèse). In I. u. J. e. difficulté (Ed.), https://iujd.ca/sites/iujd/files/media/document/Bulletin%20Nouvelles_No3%20PPS_2018-01.pdf 

Guénette, M., Ringuette, P., & Chouinard, I. (2023). La professionnalisation des familles d’accueil québécoises: Quelle reconnaissance à l’oeuvre?. Nouvelles pratiques sociales33(2), 269-286. https://www.erudit.org/en/journals/nps/2023-v33-n2-nps08939/1107887ar/abstract/

Lavergne, C., Vargas Diaz, R., Poirier, M.-A., Dorval, A., & Hélie, S. (2021). Expérience et défis des familles d’accueil de proximité (FAP) en protection de la jeunesse. Revue Service Social, 67(1). https://www.erudit.org/en/journals/ss/2021-v67-n2-ss07002/1089101ar/abstract/ 

Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (2016). Cadre de référence. Les ressources intermédiaires et les ressources de type familial. Québec, gouvernement du Québec. https://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/ressources/ri-rtf/cadre-de-reference-ri-rtf/ 

Poirier, M.-A., Hélie, S., & Lamothe, J. (2018). Les familles d’accueil de proximité: regard québécois sur ce dispositif d’accueil. La revue internationale de l’éducation familiale, 1(43), 47-64. https://shs.cairn.info/revue-la-revue-internationale-de-l-education-familiale-2018-1-page-47?lang=fr 

Ringuette, P. et Guénette, M. (2021). L’accueil familial en contexte de protection de la jeunesse. Revue Intervention, 152. https://revueintervention.org/wp-content/uploads/2021/02/ri_152_2021.1_Ringuette_Guenette.pdf 

À propos de l’autrice

Patricia Ringuette, T.S., est professeure en travail social à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Elle est également étudiante au doctorat en service social à l’Université de Montréal. Sa thèse vise à mettre au jour les expériences de reconnaissance et de dénis des familles d’accueil de proximité. Ses intérêts de recherche se centrent sur l’univers familial, la violence conjugale et familiale ainsi que les placements en protection de la jeunesse. 

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