
La parentalité peut représenter un défi de taille pour plusieurs parents. Plusieurs parents rapportent effectivement vivre du stress du à la parentalité. Dans le cadre de cet article, rédigé par Rihem Bouamoucha et Audrey-Ann Deneault de l’Université de Montréal, nous vous présentons une étude canadienne récente qui a évalué l’influence du stress parental sur la détresse psychologique des parents. Nous abordons également le rôle potentiel de la relation coparentale.
Qu’est-ce que le stress parental ?
Le stress parental est un type de stress lié à la parentalité et à ses demandes. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à ce stress :
- Les caractéristiques du parent (p.ex., un sentiment d’incompétence en tant que parent peut augmenter le stress) ;
- Les caractéristiques de l’enfant (p.ex., le tempérament ou les comportements difficiles de l’enfant qui pourrait rendre le rôle de parent plus difficile) ;
- Les interactions parent-enfant (p.ex., une relation difficile peut augmenter le stress parental).
Bien que le stress parental soit spécifique à la parentalité, la recherche démontre qu’il peut contribuer à la détresse psychologique générale chez le parent (p.ex., symptômes dépressifs et d’anxiété). En effet, un parent submergé par son rôle de parent et ses responsabilités de soin envers son enfant peut se sentir dans un environnement de stress constant.
Dans cet article, nous vous présentons une étude récente de Turgeon et collègues, menée à l’Université d’Ottawa. Cette étude s’est intéressée à ce lien entre le stress parental et la détresse psychologique chez les mères et les pères. Elle a également considéré si la qualité de la relation coparentale pourrait exacerber cette association.
Qu’est-ce que la coparentalité ?
La plupart des parents sont en relation coparentale, soit une relation avec un autre parent qui s’occupe également des soins de l’enfant. La coparentalité réfère à la manière dont les deux parents travaillent ensemble dans leur rôle de parents. Par exemple, certains parents gèrent très bien les responsabilités entre eux, et se soutiennent mutuellement dans leurs responsabilités parentales. On pourrait ainsi dire qu’ils ont une bonne relation de coparentalité. Cependant, certaines relations coparentales peuvent être plus difficiles, par exemple lorsque les parents sont en désaccord quant à l’éducation de l’enfant, ou lorsqu’ils sont en compétition pour l’attention ou l’affection de l’enfant. Une répartition des tâches considérée comme inégale pourrait aussi mener à une relation coparentale plus difficile.
Le rôle de la coparentalité face au stress parental et à la détresse psychologique
L’étude de Turgeon démontre que la coparentalité est associée à la détresse psychologique des parents. En effet, quand un parent perçoit un manque de soutien ou une présence accrue de conflits au sein de la relation coparentale, cela pourrait engendrer un stress additionnel, et ainsi contribuer à la détresse psychologique. En revanche, une perception positive de la relation coparentale pourrait faire en sorte que le parent se sent appuyé et soutenu, et diminuer la détresse psychologique.
Les résultats de cette étude sont particulièrement intéressants lorsqu’on considère les trois variables à l’étude. En effet, l’étude démontre que le stress parental est associé à la détresse psychologique des mères et des pères. Ce résultat demeurait le même peu importe si le parent rapportait une bonne ou mauvaise relation coparentale. Cependant, lorsque le·la partenaire du parent rapportait une meilleure relation coparentale, les résultats montrent que le stress parental était alors associé à davantage de détresse psychologique chez le parent.
Il est donc possible qu’un parent ait une vue trop positive de la relation coparentale, alors que son·sa partenaire ressent beaucoup de stress parental. Puisque le parent n’ajuste pas ses comportements, potentiellement pour davantage soutenir le·la partenaire ou s’impliquer davantage auprès de l’enfant, le·la partenaire en vient à vivre davantage de détresse psychologique. Ainsi, il serait plus difficile de vivre du stress parental si son·sa partenaire ne reconnaît pas ce stress et n’ajuste pas ses comportements de façon à soutenir la famille.
Conclusion
En conclusion, tous les parents peuvent vivre du stress parental. Afin d’éviter que celui-ci ne cause de la détresse psychologique qui se généraliserait à d’autres sphères de vie, il est important d’avoir une relation coparentale positive. De plus, une perception réaliste de la coparentalité de la part des deux parents permettrait de voir réellement ce qui fonctionne bien et ce qui fonctionne moins bien dans la relation et ainsi, adopter des stratégies pour assurer un meilleur fonctionnement de la coparentalité, de la dynamique familiale et du bien-être des deux parents.
Références clés
Abidin, R. R. (1992). The determinants of parenting behavior. Journal of Clinical Child Psychology, 21(4), 407–412. https://doi.org/10.1207/s15374424jccp2104_12
Feinberg, M. E. (2002). Coparenting and the transition to parenthood: A framework for prevention. Clinical Child and Family Psychology Review, 5, 173-195. https://doi.org/10.1023/a:1019695015110
Turgeon, J., Lonergan, M., Bureau, J., Schoppe‐Sullivan, S. J., & Lafontaine, M. (2023). Parenting stress, general distress, and coparenting quality: An Actor–Partner Interdependence Moderation Model. Personal Relationships, 30(3), 1117–1134. https://doi.org/10.1111/pere.12498
À propos des autrices

Rihem Bouamoucha est étudiante au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal. Elle a récemment complété sa première session et elle réalise son intérêt pour les relations parents-enfants. Rihem a pour grande détermination de davantage approfondir ses connaissances sur le sujet. Elle est auxiliaire de recherche au Laboratoire RISE.

Dre Audrey-Ann Deneault est une chercheuse en psychologie se spécialisant dans l’étude des familles et des relations interpersonnelles en contexte. Elle détient un doctorat en psychologie expérimentale de l’Université d’Ottawa et a complété un stage postdoctoral à l’Université de Calgary. Elle est présentement professeure adjointe en psychologie sociale au Département de psychologie de l’Université de Montréal et la directrice du Laboratoire sur les Relations Interpersonnelles en Société et dans leur Environnement (RISE). Audrey-Ann est également la fondatrice d’ÉducoFamille.