
La cooccurrence de problèmes intériorisés et extériorisés est une réalité fréquente, mais souvent peu abordée chez les enfants. Alors que les problèmes extériorisés se manifestent par de l’agressivité, de l’opposition ou de la désobéissance, les problèmes intériorisés se traduisent plutôt par l’anxiété, la tristesse ou le retrait social. Le modèle du double échec aide à comprendre comment les problèmes extériorisés peuvent entraîner, avec le temps, le développement de problèmes intériorisés. Mieux saisir cette dynamique permet d’agir plus tôt, notamment en soutenant la régulation émotionnelle de l’enfant et en favorisant des relations parent-enfant chaleureuses et ajustées aux besoins de l’enfant.
Les comportements intériorisés et extériorisés
Les enfants peuvent adopter différents comportements (p. ex., crises de colère, retrait) face à des facteurs de stress. La présence de ces comportements est normale chez les enfants. Toutefois, il y a présence de problèmes de comportements si, comparativement aux enfants du même âge :
- Les comportements sont plus fréquents ;
- Les comportements persistent dans le temps ;
- Les comportements entraînent des conséquences plus sévères (p. ex., risque de blessures pour les autres).
On classe ces problèmes de comportements en deux catégories : intériorisés et extériorisés.
- Les comportements extériorisés se caractérisent par des réactions qui sont généralement visibles. Ils peuvent prendre la forme d’opposition, de crises de colère ou d’agressivité physique ou verbale. Par exemple, lorsqu’un jeu ne se déroule pas comme il le souhaite, l’enfant pourrait crier et lancer le matériel. Les enfants présentant ces comportements sont souvent perçus comme dérangeants, provocateurs ou impolis.
- Les comportements intériorisés se caractérisent par des réactions qui sont généralement invisibles. Ils peuvent prendre la forme d’inquiétudes, d’évitement de certaines situations, de retrait du groupe ou de perte d’intérêt ou de plaisir. Par exemple, lorsqu’un jeu ne se déroule pas comme il le souhaite, un enfant pourrait plutôt aller en retrait ou croire qu’il est « moins bon que les autres ». Les enfants présentant ces comportements sont souvent décrits comme étant réservés, timides ou tristes.
La cooccurrence de problèmes intériorisés et extériorisés, c’est quoi ?
Le terme cooccurrence réfère à la coexistence de deux problèmes ou plus chez une même personne. Ainsi, la cooccurrence de problèmes intériorisés et extériorisés signifie que ces deux types de problèmes sont présents chez une même personne au même moment.
Par exemple, un enfant pourrait présenter des comportements d’opposition à la maison et à l’école en plus de symptômes d’anxiété se manifestant par la présence de maux de ventre avant d’aller à l’école. Bien que peu abordée, cette cooccurrence est commune chez les enfants.
Lorsqu’un enfant présente cette cooccurrence, les répercussions sur son fonctionnement quotidien (p. ex., à l’école, avec les pairs ou dans la famille) sont généralement plus importantes que lorsqu’un seul type de problème est présent. Ainsi, il est important de s’y intéresser pour mieux comprendre son développement et pour en diminuer les conséquences.
Le modèle du double échec
Différentes explications sont avancées par les chercheurs pour expliquer le développement de la cooccurrence de problèmes intériorisés et extériorisés.
Dans cet article, nous allons nous pencher sur le modèle du double échec. Selon ce modèle, les problèmes extériorisés peuvent mener à des échecs scolaires et sociaux, augmentant ainsi le risque de problèmes intériorisés.
L’image ci-dessous illustre le modèle du double échec.
Dans les prochains paragraphes, ce modèle sera expliqué plus en détails.
Des problèmes extériorisés aux échecs académiques et sociaux
La première partie du modèle explique le lien entre les problèmes extériorisés et les échecs académiques et sociaux.
- Les échecs académiques peuvent prendre la forme de difficultés d’apprentissage ou de résultats insatisfaisants.
- Les échecs sociaux peuvent prendre la forme de rejet, d’isolement ou alors de conflits avec les pairs et avec les adultes.
Les échecs académiques des enfants présentant des problèmes extériorisés s’expliqueraient en partie par des difficultés à respecter les règles de classe et les demandes du personnel enseignant. Les comportements d’agitation et d’opposition réduisent le temps consacré aux activités d’apprentissage. Ces enfants sont aussi plus souvent retirés des tâches en cours. Ils manquent alors des explications importantes et disposent de moins d’occasions pour pratiquer la matière. Cette exposition réduite à l’enseignement augmente le risque de résultats scolaires plus faibles.
Les échecs sociaux des enfants présentant des problèmes extériorisés s’expliqueraient en partie par la perception négative de leurs comportements, tant par les pairs que par les adultes. Ces perceptions peuvent mener à des conflits, du rejet ou de la victimisation et nuire à leur intégration sociale.
Des échecs académiques et sociaux aux problèmes intériorisés
La seconde moitié du modèle explique le lien entre les échecs académiques et sociaux et les problèmes intériorisés.
Avec le temps, les échecs académiques et sociaux peuvent avoir un impact sur l’estime de soi de l’enfant. Un enfant qui reçoit souvent des reproches de la part du personnel enseignant ou qui a du mal à se faire des amis peut finir par se sentir moins compétent et moins apprécié.
Même si ces échecs ne mènent pas directement à des problèmes intériorisés, comme la dépression ou l’anxiété, ils augmentent la vulnérabilité de l’enfant à développer ce type de problèmes.
Comment prévenir le développement de la cooccurrence de problèmes intériorisés et extériorisés en tant que parent ?
En s’appuyant sur le modèle du double échec, il est possible de mettre en place des stratégies pour éviter le développement de la cooccurrence de problèmes intériorisés et extériorisés.
Le rôle central de la relation parent-enfant
La relation parent-enfant joue ici un rôle central. Les études montrent qu’une relation empreinte de chaleur et de bienveillance, plutôt que centrée sur le contrôle, réduit les risques de voir apparaître des problèmes intériorisés, comme l’anxiété et la dépression.
Les parents inquiets ont souvent tendance à vouloir corriger ou freiner les comportements extériorisés de leur enfant. Toutefois, cette approche peut fragiliser son estime de lui. Il est préférable de passer du temps positif avec lui, sans condition. Un enfant qui se sent accepté et aimé tel qu’il est court moins de risque de développer des problèmes intériorisés. Il sera aussi plus ouvert à apprendre et, avec le temps, à mieux gérer ses réactions face au stress.
Soutenir l’enfant face aux échecs scolaires et sociaux
Il est important de s’attarder aux échecs sociaux et scolaires que l’enfant peut vivre. Le parent peut soutenir la réussite scolaire et sociale de son enfant en l’encourageant à s’intéresser aux apprentissages et à développer des compétences sociales positives.
Toutefois, le rôle du parent ne consiste pas à se substituer au personnel enseignant ou aux pairs. Il vise plutôt à réduire les sources de frustration pour l’enfant et s’ajuster à ses besoins spécifiques. En cas de double échec, le soutien parental permet de protéger l’estime de soi de l’enfant et de prévenir le développement de problèmes intériorisés.
L’importance d’une approche flexible
Une approche flexible permet de démontrer concrètement son soutien à l’enfant. Par exemple, un enfant ayant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) peut avoir de la difficulté à rester assis pour faire ses devoirs. Plutôt que de le réprimander, le parent pourrait permettre à l’enfant de bouger tout en accomplissant ses tâches (travaux scolaires ou tâches familiales). Cela favorise le sentiment de compétence de l’enfant et augmente son estime de lui-même.
En s’ajustant à ses caractéristiques, on évite de multiplier les situations d’échec et de diminuer son sentiment de compétence.
Favoriser le développement de la régulation émotionnelle
Il est également possible de soutenir le développement de la régulation émotionnelle. Les enfants présentant des comportements extériorisés ont souvent de la difficulté à contrôler leurs réactions et leur intensité.
Pour l’aider à mieux gérer ses émotions, les parents peuvent :
- Encourager l’autonomie et la prise d’initiatives ;
- Enseigner à l’enfant à respirer profondément ;
- Enseigner à l’enfant à se retirer quand il est frustré ou en colère avant de ressortir quand il est plus calme ;
- Enseigner différentes habiletés sociales à l’enfant, comme : partager, exprimer ses besoins ou ses émotions avec des mots, demander de l’aide ;
- Souligner les comportements positifs à chaque fois qu’ils se produisent ;
- Remarquer et féliciter les efforts de l’enfant pour réguler ses émotions et communiquer avec les adultes, même si ces efforts ne mènent pas à la perfection ;
- Manifester de l’affection et de la reconnaissance ;
- Établir des règles claires et cohérentes à la maison. Par exemple, l’enfant ne peut pas regarder la télévision après l’école. Cela doit être vrai à tous les jours et avec les deux parents.
Quelques sources pertinentes :
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À propos de l’autrice
Laurie Bolduc poursuit actuellement une maîtrise en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke, après avoir complété un baccalauréat en psychologie. Membre étudiante du GRISE (Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance), elle collabore comme auxiliaire de recherche avec la professeure Marie-Josée Letarte, Ph. D. Dans le cadre de son mémoire, elle s’intéresse aux prédicteurs de la cooccurrence de problèmes intériorisés et extériorisés chez les enfants lors de la transition vers l’école primaire. Elle souhaite sensibiliser les milieux éducatifs et les familles à l’importance de cette transition et aux difficultés d’adaptation qui peuvent en découler, afin de mieux soutenir les enfants dans leur parcours scolaire.
