Guide réflexif pour parents inquiets : Halloween et appropriation culturelle 

Halloween est une superbe occasion pour se déguiser et s’amuser. C’est aussi un bon moment pour en apprendre davantage sur l’appropriation culturelle culturelle en lien avec les déguisements choisis. . 

Pourquoi aborder l’appropriation culturelle en temps de l’Halloween ?

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Depuis quelques années, les discussions sur l’appropriation culturelle des déguisements d’Halloween préoccupent les parents qui se demandent si le costume de leur enfant est approprié. En effet, nous vivons dans une  société plurielle qui se veut aussi inclusive de la diversité.

La reconnaissance que certains costumes peuvent être offensants, entre autres parce qu’elles font preuve d’appropriation culturelle, invite à porter une attention au choix des enfants à cet égard. Ainsi, cet article veut outiller les parents à mieux comprendre le concept d’appropriation culturelle afin d’éviter de le (re)produire. 

Notions alliées

Le premier pas pour éviter l’appropriation culturelle est de le comprendre en adoptant une position d’allié·e envers les groupes marginalisés. Cela implique de se porter à la défense des membres de ces groupes, qui en sont généralement les victimes, en se donnant un objectif commun à atteindre.

Une personne alliée éprouve un sentiment d’empathie, tout en reconnaissant ne pas pouvoir comprendre pleinement l’expérience des groupes minoritaires. Elle croit aussi en l’équité et agit en ce sens pour rompre l’isolement des communautés marginalisées. Elle vise à créer un environnement plus sécuritaire et inclusif. 

Qu’est-ce que l’appropriation culturelle ? 

Définition de l’appropriation culturelle

Au coeur de ce concept, il y a les rapports de pouvoir entre le groupe majoritaire et les groupes minoritaires. Le concept fait appel au pouvoir d’agentivité, soit la capacité d’agir sur le monde, sur sa réalité.

L’appropriation culturelle est le fait d’emprunter des éléments culturels à un groupe minoritaire sans reconnaître cet emprunt ou en le faisant de manière erronée ou encore en démontrant un manque de connaissance.

Précisons que l’usage d’un symbole ou d’un objet culturellement lié à un groupe minoritaire par un autre groupe minoritaire ne constitue pas toujours une appropriation culturelle. C’est l’attitude ou l’intention de la personne qui l’emploie qui fait la différence ! Une référence à un élément traditionnel dans un costume peut être vue comme une inspiration valorisant la culture en question. Elle peut aussi être perçue comme une forme d’appropriation. Il est donc crucial de réfléchir à cela en adoptant une approche réflexive sur les motivations et les comportements que nous adoptons.


Notions liées à l’appropriation culturelle

Pour déterminer si cet usage peut être considéré comme une appropriation culturelle, il faut analyser comment l’emprunt s’inscrit dans la dynamique des rapports de pouvoir entre les groupes. 

On parlera d’échange culturel lorsque les deux parties impliquées (minoritaire et majoritaire) bénéficient de l’emprunt. Cela suppose un rapport d’égalité entre elles. Cela peut être le cas, par exemple, en achetant un habit traditionnel fabriqué par les personnes issues du groupe minoritaire et en faisant profiter ces personnes de cet échange. C’est le cas par exemple des mocassins autochtones faits par des personnes autochtones du Québec qui profitent de la vente. 

Au contraire, lorsque ceux-ci sont faits ailleurs et vendus dans un magasin de grande surface sans que l’entreprise partage ses profits avec le groupe concerné, on parlera d’exploitation culturelle économique. C’est le cas par exemple des coiffes autochtones. Celles-ci ont une forte valeur symbolique pour les autochtones et sont remises durant des cérémonies à des personnes pour marquer leur grande importance spirituelle et politique. Vendu par des compagnies commerciales comme un déguisement, l’objet contribue plutôt à perpétuer des stéréotypes. Il permet d’autant plus à de grandes compagnies de s’enrichir. 

On parlera de domination culturelle lorsque le déguisement maintient le rapport de pouvoir entre le groupe majoritaire  et le groupe minoritaire. Prenons, par exemple, une personne blanche qui se fait un black face (c’est-à-dire se peindre le visage en noir pour imiter une personne noire) pour se déguiser. Historiquement lié à l’oppression et à la déshumanisation, le blackface était pratiqué par des personnes blanches afin de ridiculiser cette communauté. Ce comportement venait justifier l’oppression en caricaturant la culture noire.

Également, on parlera de la transculturation lorsque l’origine d’un objet – physique ou symbolique – est soit difficile à tracer ou n’a plus la même signification pour les groupes concernés. On peut penser à la création d’un costume inspiré d’une légende mais avec des éléments ajoutés ou modifiés. Par exemple, le costume d’une sorcière traditionnelle qui intègre des motifs celtiques crée une fusion de différentes traditions culturelles.

Enfin, l’appropriation culturelle peut se manifester autant dans les objets utilisés que par les références culturelles que ces costumes évoquent.

Questions à privilégier pour guider sa réflexion dans son choix de costume

Puisque l’appropriation culturelle dépend davantage de l’attitude de chacun, il est difficile de déterminer à l’avance ce qui l’est et ce qui ne l’est pas. Mais on peut apprendre à y réfléchir! Nous vous proposons donc des questions pour guider votre réflexion sur le choix de votre costume.  

A. Concernant les motivations de la création 

  • Pourquoi j’ai choisi ce costume ?
    • Que signifie-t-il pour moi ?
    • Qu’est-ce que je sais de l’histoire de ce costume? 
  • Suis-je en train de raconter l’histoire d’un groupe culturel auquel je n’appartiens pas ? 
  • Pour qui suis-je en train de raconter cette histoire ? Si la réponse à cette question n’est ni « moi » ni « des personnes comme moi », alors pourquoi voulez-vous en parler ?

B. Concernant la préparation nécessaire pour la création 

  • Où ai-je acheté ce costume ? 
    • L’ai-je acheté à la communauté en question ou à un magasin d’une grande surface ? 
    • Qui bénéficie de cet acte de vente ?  
    • Qu’est-ce que je sais de l’histoire de ce costume? 
  • Est-ce que ce vêtement est considéré comme un costume par la culture auquel elle fait référence ? 
  • Est-ce que je comprends l’origine et la signification culturelle de l’item ?
  • Le costume est-il authentique ou caricatural ? 
  • Y a-t-il des alternatives respectueuses disponibles ? 

C. Concernant la réception éventuelle de l’œuvre 

  • Le costume pourrait-il perpétuer des stéréotypes ou des préjugés ? 
    • Par exemple, rappelle-t-il les guerres entre “indiens” et blancs d’Amérique? 
  • En portant attention au climat social dans lequel je me trouve en ce moment, comment mon costume  peut-il être perçu, selon le public?

Conclusion

L’objectif de ce court article n’était pas de déterminer ce qui est bien à faire et ce qui ne l’est pas. Nous avons voulu montrer qu’il y a beaucoup de nuances autour de ce concept et qu’il importe de développer l’esprit critique de chacun.e. 

En questionnant sa démarche, en confrontant ses interprétations et en se méfiant des préjugés, chacun.e peut être en mesure de justifier ses choix et ses comportements.

Nous vous souhaitons une joyeuse Halloween en célébrant les cultures… au lieu de les folkloriser !

À propos des auteur.rices

Sivane Hirsch

Sivane Hirsch est professeure à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. Elle s’intéresse à la prise en compte de la diversité ethnoculturelle et religieuse à l’école, tant dans les pratiques enseignantes que dans le système scolaire en général, et dans l’enseignement des thèmes sensibles.

Annie-Claude Piché

Annie-Claude Piché est enseignante au secondaire. Elle est titulaire d’une maîtrise en éducation et porte un intérêt sur les thèmes sensibles enseignés à l’école, la philosophie appliquée en classe, l’éducation à la sexualité et la prise en compte de la diversité ethnoculturelle.

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