
Le rôle des pères dans les familles a considérablement évolué. Dans plusieurs sociétés modernes, il y a une implication croissante dans leurs responsabilités, qui autrefois, étaient considérées comme principalement réservées aux mères. Par leur implication, les pères peuvent jouer un rôle important sur le bien-être psychologique des enfants. Cet article, rédigé par Yasmine Amrani et Dre Audrey-Ann Deneault, présente les résultats d’une étude examinant l’influence de la santé mentale des pères sur la santé mentale de leurs enfants, en se concentrant plus précisément sur la dépression et l’anxiété.
La dépression et l’anxiété chez les enfants et les jeunes
La dépression et l’anxiété figurent parmi les problèmes de santé mentale les plus courants au niveau mondial. Les estimés post-pandémiques suggèrent que 1 enfant sur 4 souffre de symptômes dépressifs élevés, et 1 enfant sur 5 de symptômes d’anxiété élevés.
Bien que plusieurs facteurs peuvent faire en sorte que les enfants en viennent à développer des symptômes d’anxiété ou de dépression, un facteur important est la transmission intergénérationnelle des parents vers les enfants. Lorsque les parents ont des symptômes d’anxiété et de dépression, les enfants auraient également plus de chance de développer de tels symptômes.
Cette transmission intergénérationnelle peut opérer à travers plusieurs mécanismes. D’abord, il peut y avoir une transmission génétique, où les enfants héritent d’une susceptibilité à développer des symptômes dépressifs et d’anxiété. Ensuite, les parents ayant des difficultés de santé mentale peuvent contribuer à renforcer des pensées ou attentes négatives chez l’enfant, contribuant ainsi à la transmission intergénérationnelle. Par exemple, imaginons qu’un enfant joue dans un module de jeu au parc. Un parent anxieux aurait davantage tendance à dire à son enfant de faire attention de ne pas se blesser, et de mettre de l’avant l’aspect dangereux de son jeu. En retour, cela pourrait contribuer au développement de l’anxiété chez l’enfant. Finalement, les difficultés de santé mentale vécues par les parents peuvent nuire à leur capacité d’agir en tant que parent sensible, ce qui en retour peut nuire à la santé mentale des enfants.
Une transmission intergénérationnelle tant pour les mères que les pères ?
La recherche établit clairement une transmission intergénérationnelle de la dépression et de l’anxiété, mais principalement au niveau des mères. Effectivement, la majorité de la recherche a porté sur les mères. Pourtant, il est bien établi que les pères et leurs comportements ont une influence similaire sur la santé mentale que les mères.
Dans notre étude, publiée dans la revue scientifique Psychology of Men and masculinities, nous avons examiné l’association entre la dépression et l’anxiété chez les pères et leurs enfants. Nous avons utilisé une méthodologie de méta-analyse, nous permettant de dériver des conclusions robustes à l’aide de toutes les études existant sur le sujet. En effet, nous avons fait une synthèse statistique de 103 études, composées majoritairement d’échantillons de l’Amérique du Nord et de l’Europe.
Les analyses démontrent une association positive et significative entre les symptômes de dépression et d’anxiété entre les pères et leurs enfants. Ainsi, il serait vrai de croire que les pères qui ont davantage de symptômes d’anxiété et de dépression ont des enfants qui présentent également plus de ces symptômes. Cet effet était présent peu importe l’âge de l’enfant et l’origine ethnoculturelle du père.
Conclusion
Les résultats de cette méta-analyse soulignent que la transmission intergénérationnelle des symptômes de dépression et d’anxiété opère également entre les pères et leurs enfants. Dans le but de prévenir les difficultés de santé mentale des enfants, il serait donc important de considérer la santé mentale des pères au même titre que celle des mères. Il est donc important de se préoccuper de la santé mentale des pères.
Il est donc important de démocratiser l’accès aux ressources psychologiques chez les pères. Nous invitons les pères à consulter les ressources disponibles, comme le Cap santé mentale et des ressources sur la paternité.
Références clés
Connell, A. M., & Goodman, S. H. (2002). The association between psychopathology in fathers versus mothers and children’s internalizing and externalizing behavior problems: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 128(5), 746. https://doi.org/10.1037/0033-2909.128.5.746
Trepiak, P., Trepiak, T., Guérin-Marion, C., Kristen, A., & Deneault, A.-A. (2023). A systematic review and meta-analysis of the associations between father and child anxiety and depression. Psychology of Men & Masculinities, 24(4), 325– 345. https://doi.org/10.1037/men0000413
À propos des autrices

Yasmine Amrani est étudiante au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal. Elle s’intéresse aux répercussions des pratiques parentales sur le développement de l’enfant et des conséquences qu’elles génèrent à l’âge adulte. Son intérêt s’étend aux impacts des différences culturelles sur le développement de l’enfant et des relations interpersonnelles. Yasmine s’implique également au sein d’un organisme nommé Inclusio, axé sur l’interculturalité, et dans une ligne d’écoute en prévention de la détresse psychologique.

Dre Audrey-Ann Deneault est une chercheuse en psychologie se spécialisant dans l’étude des familles et des relations interpersonnelles en contexte. Elle détient un doctorat en psychologie expérimentale de l’Université d’Ottawa et a complété un stage postdoctoral à l’Université de Calgary. Elle est présentement professeure adjointe en psychologie sociale au Département de psychologie de l’Université de Montréal et la directrice du Laboratoire sur les Relations Interpersonnelles en Société et dans leur Environnement (RISE). Audrey-Ann est également la fondatrice d’ÉducoFamille.