
Les comportements agressifs chez les jeunes peuvent engendrer des questionnements, et même parfois de la détresse chez les parents. Ces comportements peuvent prendre diverses formes, tels que mordre, pousser, crier ou encore frapper. Ces comportements peuvent inquiéter, mais ne sont pas toujours problématiques. Cet article, rédigé par Indira Louis-Sidney, étudiante à la maîtrise en criminologie à l’Université de Montréal, et Audrey-Ann Deneault, professeure adjointe en psychologie à l’Université de Montréal, présente les différences entre les comportements agressifs « normaux » et « anormaux » chez les enfants.
Les comportements agressifs selon le stade développemental
Les 12 premiers mois
Au cours de leur première année de vie, les bébés peuvent mordre, se débattre, attraper fort des accessoires (p. ex. : boucles d’oreille) ou des parties du corps. Ces comportements peuvent parfois occasionner une douleur physique ou émotionnelle chez les parents. Toutefois à cet âge, les enfants ne sont pas enclins à vouloir infliger de la souffrance. En effet, ils·elles tentent simplement d’explorer le monde qui les entoure à travers leurs sens, dont le toucher. Ils découvrent leur environnement en mordant, mettant des objets dans leur bouche, en attrapant des objets, en les faisant tomber, etc.
De 12 à 24 mois
Entre 12 et 24 mois, l’enfant prend davantage conscience de ses émotions et de celles des autres. Il·elle joue mieux seul·e à cet âge, ce qui peut occasionner des disputes ou comportements agressifs envers les autres enfants lorsqu’il·elle doit partager ses objets personnels, tels que ses jouets. La collaboration avec l’enfant pourra également être plus difficile, car il·elle s’oppose aux limites que ses parents lui imposent. Ces situations d’opposition peuvent susciter des émotions fortes chez l’enfant, qu’il·elle pourrait exprimer à travers des comportements agressifs.
De 24 à 36 mois
De 24 mois à 36 mois, l’enfant prend conscience qu’il·elle est une personne distincte de ses parents. L’enfant peut alors manifester son désir d’autonomie en refusant l’aide de ses parents ou encore en s’opposant à certaines demandes. Il·elle apprend à dire « non » et souhaite pouvoir prendre des décisions sur certaines choses. Par exemple, choisir les vêtements qu’il·elle aimerait porter. D’ailleurs, l’enfant va également avoir tendance à adopter des comportements agressifs lorsqu’il·elle vit de la contrariété. Malgré une amélioration sur le plan de l’expression verbale, les comportements agressifs perdurent, car l’enfant n’a pas encore la capacité de s’auto-contrôler et de s’auto-réguler afin de ne pas agir sur le coup de l’émotion.
De plus, les jeunes enfants peuvent présenter des comportements agressifs lorsqu’il·elle·s se trouvent dans des situations qui génèrent du stress ou des émotions fortes. Même si l’enfant prend davantage conscience des émotions en grandissant, il reste difficile d’exprimer ses émotions adéquatement dans ce type de situations stressantes.
Ainsi, l’ensemble de ces manifestations d’agressivité sont considérées comme étant normales dans le cadre du développement des enfants. Ces comportements agressifs se résorbent généralement avec l’âge, lorsque l’enfant développe son vocabulaire des émotions et sa capacité à se réguler.
Quels facteurs préviennent ou favorisent les comportements agressifs chez les jeunes ?
Des facteurs propres à l’enfant ou l’adolescent·e, à sa famille ou à son environnement peuvent prévenir (facteurs de protection) ou favoriser (facteurs de risque) l’apparition et le maintien de comportements agressifs. Les sections suivantes présentent certains de ces facteurs.
Au niveau individuel
Facteurs de protection. Les enfants qui sont plus optimistes et qui font preuve d’empathie présentent moins de comportements agressifs. L’empathie, par exemple, amène l’enfant à penser davantage au bien-être d’autrui et à imaginer la souffrance qu’il·elle peut occasionner chez l’autre. Les enfants ayant une meilleure estime de soi présentent également moins de comportements agressifs, puisqu’il·elle·s se considèrent davantage en mesure de faire face aux situations stressantes. Ce faisant, ces enfants demeurent plus calmes.
Facteurs de risque. Un tempérament difficile, par exemple, être facilement irritable et avoir de la difficulté à s’adapter aux changements, est associé à davantage de comportements agressifs. De plus, les enfants rencontrant des difficultés quant à leurs compétences émotionnelles (identifier et exprimer leurs émotions) et sociales (capacité à entrer en relation avec autrui) pourraient également présenter plus de comportements agressifs. De même, la consommation de substances est aussi associée chez les jeunes à une plus grande manifestation d’agressivité et autres troubles du comportement.
Au niveau familial
Facteurs de protection. La relation qu’entretient la jeune avec son parent peut agir comme un facteur de protection important pour les comportements agressifs. Notamment, le développement d’une relation d’attachement sécurisante est importante. En tant que parent, on peut protéger le jeune en étant impliqué dans la vie de son enfant et ses activités. Il est également protecteur d’offrir un niveau de supervision parentale adéquate, ainsi qu’offrir une discipline juste, ferme et cohérente. Finalement, on veut offrir un environnement familial cohérent, sécuritaire, aimant, harmonieux et offrant le soutien nécessaire au bon développement de l’enfant.
Facteurs de risque. Une éducation parentale trop sévère, trop permissive ou inconsistante ne favorise pas l’apprentissage de l’auto-contrôle chez l’enfant. Similairement, des parents peu soutenants (p.ex., rejettent l’enfant, froids) ou qui ne supervisent pas l’enfant (p.ex., ne s’informent pas sur son quotidien, le négligent) peuvent être des facteurs de risque pour le développement de comportements agressifs. Le recours aux comportements agressifs et à la violence par des membres de la famille (p. ex., violence domestique) peut également favoriser le développer de l’agressivité chez l’enfant.
Au niveau de l’environnement
Facteurs de protection. Il existe divers facteurs environnementaux pouvant aider les enfants face à la régulation des comportements agressifs. Entretenir une relation saine et stable avec un adulte au-delà de la famille immédiate (p. ex., membre de la famille, enseignant·e) peut agir comme un facteur de protection. De plus, un jeune qui s’engage dans son cheminement académique et dans des activités extracurriculaires sera moins susceptible de présenter ce type de comportement. En outre, un sentiment d’appartenance à sa communauté serait également bénéfique, notamment au sein de sa communauté culturelle.
Facteurs de risque. Le milieu de vie joue un rôle important pour ce qui est des comportements agressifs. Les enfants vivant des conditions sociales et économiques désavantageuses sont davantage à risque. De plus, le quartier pose un risque, notamment s’il y a la présence d’activités criminelles et de gangs de rue. Le groupe d’ami·e·s de l’enfant peut également favoriser la présence de comportements agressifs si plusieurs d’entre eux présentent également ces comportements.
Quand demander de l’aide ?
Les comportements agressifs mentionnés dans la première partie de cet article, sont associés au développement normal et sain de l’enfant. Toutefois, les parents pourraient envisager à demander de l’aide lorsque ces comportements sont très fréquents, sont associés à d’autres comportements problématiques (ex. consommation de substances, comportements antisociaux, délits, etc.) ou s’ils se maintiennent dans le temps malgré le développement de l’enfant. Il est également possible d’envisager demander de l’aide, lorsque les comportements agressifs commencent à se manifester dans des contextes non-appropriés. Par exemple, lorsque l’enfant démontre de l’agressivité dans une situation où il·elle ne fait pas face à une frustration, du stress ou de la colère.
Il est également important d’évaluer si les impacts de ces comportements deviennent dangereux pour la sécurité de l’enfant ou celle des autres. Par exemple, si l’enfant s’inflige des blessures, en inflige à d’autres ou menace de le faire.
Finalement, il y a également lieu de s’inquiéter si on constate que la majorité les ami·e·s de l’enfant font preuve de comportements antisociaux ou agressifs.
Quelques stratégies pour aider l’enfant qui fait preuve d’agressivité
Il existe quelques stratégies afin d’aider un enfant qui démontre des comportements agressifs.
- Minimiser les expériences de stress. Bien que certaines situations stressantes soient inévitables, on peut essayer d’éviter de placer l’enfant dans des situations trop stressantes lorsque possible. Similairement, on peut aussi prévenir l’enfant lorsqu’il y aura un changement à sa routine.
- Aider l’enfant à comprendre ses émotions et ses actions. On peut encourager l’enfant à mettre le mot sur l’émotion vécue et d’expliquer ce qui l’amène à ressentir celle-ci. Il est aussi important de valider les émotions de l’enfant, et non de les juger. On peut également expliquer à l’enfant que lorsque les émotions deviennent trop intenses, il peut être préférable de prendre une pause ou de se retirer de la situation, au moins le temps de se calmer.
- Penser à ses propres émotions. En tant que parent, il arrive parfois de devoir soi-même activé et de ressentir des émotions négatives comme la colère. Il est important d’essayer de rester calme afin d’éviter d’empirer la situation.
- Consulter, au besoin. Il arrive parfois que la situation devient problématique et vous n’êtes plus certain·e de la meilleure façon de la gérer. Dans ce cas, vous pouvez consulter votre médecin de famille qui pourrait vous référer à un·e travailleur·euse social·e, psychologue ou psychiatre.
À propos des autrices
Titulaire du baccalauréat en psychologie et étudiante en deuxième année de maîtrise en criminologie à l’Université de Montréal, Indira Louis-Sidney cumule de nombreuses connaissances dans le domaine de la psychologie légale. L’expérience d’Indira en tant qu’intervenante en psychiatrie légale au sein de divers milieux, allant du communautaire à l’institutionnel, lui a permise d’acquérir une compréhension fine du comportement violent ou criminel. Ses intérêts de recherche gravitent autour de la psychologie sociale, des compétences émotionnelles et de leur possible implication dans le développement de comportements agressifs et antisociaux.
Dre Audrey-Ann Deneault est professeure adjointe à l’Université de Montréal et directrice du Laboratoire RISE. Elle est également la fondatrice et directrice d’ÉducoFamille. Ses recherches portent sur l’étude des relations familiales et interpersonnelles en contexte.
