Comment se vit le deuil d’un enfant au sein du couple

Le décès d’un enfant est une épreuve de vie que certains parents vont vivre

Le décès d’un enfant touche un grand nombre de couples chaque année. Le deuil ayant à la fois des impacts sur la personne endeuillée et sur le couple peut comporter des défis. Dans cet article, nous aborderons le processus de deuil, afin de mieux comprendre comment le deuil se vit dans la dyade parentale. Enfin, nous discuterons de cinq stratégies afin de pister les parents endeuillés. 

Le décès d’un enfant 

Le décès d’un enfant est une épreuve de vie que certains parents vont vivre. Au Québec, on répertorie environ 350 décès infantiles chaque année. Ce type de décès comptabilise les décès de nouveau-né et de bébé de moins d’un an. Or, des enfants de tout âge décèdent chaque jour. En effet, les décès d’enfants de moins de 18 ans s’élèvent à environ 1100 par année. Le deuil d’un enfant comprend aussi les décès périnataux (plus de 20 000 familles sont touchées chaque année) et le décès d’enfants d’âge majeur. Ainsi, peu importe l’âge de l’enfant, les parents peuvent vivre un deuil puisqu’être parent est un rôle pour toute la  vie. 

Comment se vit un deuil ?

Tout d’abord, un deuil peut se vivre de différentes manières. Les réactions de deuil peuvent se décliner physiquement, psychologiquement, socialement ou encore spirituellement. Les réactions physiques de deuil peuvent se manifester par des douleurs chroniques, de la fatigue, etc. Ensuite, les réactions psychologiques peuvent s’exprimer à travers les émotions telles que la tristesse, la colère, l’irritabilité et bien d’autres. Quant aux réactions sociales, certaines personnes vont tenter de toujours être entourées pour ne pas vivre de moment de solitude, tandis que d’autres personnes préfèrent s’isoler davantage et éviter les regroupements. Enfin, les croyances spirituelles lors d’un deuil peuvent être renforcées, rester les mêmes ou bien être ébranlées. Toutes ces réactions de deuil fluctuent et se transforment à travers le temps. 

Plusieurs modèles existent pour décrire le deuil, tel que le modèle en double processus d’ajustement au deuil. Ce modèle permet aux parents de comprendre comment un deuil peut bouger à travers les années, les mois, les jours, voire les heures. D’une part, il y a l’orientation vers la perte. Ceci implique que l’attention du parent endeuillé est concentrée sur son deuil, le sentiment de manque de son enfant et tous les changements que ce deuil crée. D’autre part, le parent endeuillé peut s’orienter vers la récupération et se réinvestir dans des activités telles que le travail. Il peut aussi vouloir se changer les idées pour penser à autre chose que le décès de son enfant et/ou encore s’investir dans de nouvelles relations.

Ainsi, le deuil se vit telles des oscillations, dans un mouvement de va-et-vient entre la perte et la récupération. Se faisant, il est imprévisible, non linéaire et en constant mouvement (figure 1).  

Figure 1. Le modèle en double processus d’ajustement au deuil

Comment se vit le deuil d’un enfant dans la dyade parentale ?

Un deuil est à la fois un processus individuel et interpersonnel. L’unicité du deuil d’un des parents est en constante relation avec l’unicité du deuil de l’autre parent. D’ailleurs, ceci constitue un défi pour les couples endeuillés d’un enfant. En effet, à certains moments, l’un des parents est plus orienté vers la perte, tandis que l’autre parent cherche à se reconstruire, ce qui peut entraîner un décalage. Par exemple, l’un peut s’isoler, vivre de la tristesse et se remémorer les souvenirs de l’enfant, tandis que l’autre tente de se changer les idées en retournant au travail ou en participant à des activités sociales.

Dans cet exemple, les deux parents souffrent de la perte de leur enfant. Or, ils le manifestent de manière différente ce qui peut créer des malentendus entre les parents. Le premier pourrait penser que son ou sa partenaire n’a pas de peine. Le second parent pourrait croire que son ou sa partenaire se fait du mal en se remémorant constamment des souvenirs avec l’enfant. Cependant, ces différences peuvent aussi constituer une force pour le couple. Par exemple, le partenaire qui a plus d’énergie peut soutenir l’autre en l’incitant à accomplir des tâches quotidiennes ou à faire une activité. Tandis que l’autre parent peut créer un espace pour le coparent pour exprimer ses émotions.

Des couples peuvent aussi constater que leurs réactions sont en synchronicité l’un de l’autre. Ils ressentiront alors tous deux le désir de se réinvestir dans l’avenir en même temps ou, au contraire, la tristesse les envahira au même moment. Il n’y a pas une bonne ou une mauvaise manière de réagir au sein du couple. Les défis sont d’identifier et de partager ses besoins et de se respecter mutuellement dans sa manière de vivre son deuil.

Quelles sont les stratégies à adopter pour le couple endeuillé ? 

Sans être exhaustives, voici cinq stratégies proposées.

La première stratégie à retenir est de s’accorder du temps et un espace pour vivre son propre deuil. Il est normal de vouloir soutenir son ou sa partenaire. Cependant les parents endeuillés doivent comprendre qu’un deuil demande énormément d’énergie. Se faisant, il peut être difficile de prendre soin de son ou sa partenaire, si une attention n’est pas portée à prendre soin de soi. 

La deuxième stratégie est de se rappeler que chaque parent va vivre le deuil de manière différente et à son propre rythme. Ainsi, l’un des parents peut être orienté davantage vers la perte, tandis qu’un autre parent peut s’orienter plutôt vers la récupération. Comme mentionné plus haut, cela peut être une force pour le couple, lui permettant d’alterner en équipe entre des moments de réminiscence de l’enfant, et des moments d’activités partagées.

La troisième stratégie est d’ouvrir la discussion avec son ou sa partenaire. où chaque partenaire pourra mieux se comprendre et se sentir relié à l’autre. Adopter une communication soutenante implique : 

  • Offrir un moment pour parler de ses émotions 
  • S’écouter avec attention
  • Reconnaitre la validité des émotions de chacun

La quatrième stratégie est de créer des rituels ensemble. Les rituels permettent de maintenir un lien avec l’enfant décédé et de créer un sentiment de communion avec son ou sa partenaire. Les rituels peuvent prendre toutes sortes de formes :

  • Regarder des photos
  • Créer une boite souvenir
  • Partager ensemble une activité que l’enfant aimait
  • Visiter l’endroit où il repose

La cinquième stratégie est d’aller chercher du soutien à l’extérieur du couple. Parfois, il est nécessaire d’avoir un soutien autre que celui de son ou sa partenaire. Il peut être difficile pour chacun.e de comprendre des réactions de deuil qui diffèrent, puisqu’elles ne sont pas les mêmes pour tous. Ainsi, le soutien externe peut aider à :

  • Mieux se comprendre soi-même
  • Mieux comprendre son ou sa partenaire 
  • Permettre une meilleure communication au sein du couple

En conclusion, le décès d’un enfant est un événement très difficile. Chacun des parents vit le deuil de manière différente et à son propre rythme. Cette rubrique présente quelques stratégies pour aider les parents endeuillés à se comprendre davantage. Or, si les besoins ressentis sont plus grands, il ne faut pas hésiter à demander du soutien externe (infirmier.ère, groupe de soutien, travailleur.se social.e, psychologue, etc.).

Listes de références scientifiques

Albuquerque, S., Pereira, M. & Narciso, I. (2016). Couple’s Relationship After the Death of a Child: A Systematic Review. Journal of Child and Family Studies. 25, 30–53. https://doi.org/10.1007/s10826-015-0219-2

Dyregrov, A., Gjestad, R., & Dyregrov, K. (2020). Parental relationships following the loss of a child. Journal of loss and trauma25(3), 224-244. https://doi.org/10.1080/15325024.2019.1666482

McNeil, M. J., Baker, J. N., Snyder, I., Rosenberg, A. R., & Kaye, E. C. (2021). Grief and bereavement in fathers after the death of a child: A systematic review. Pediatrics147(4). https://doi.org/10.1542/peds.2020-040386

Tian, X., & Solomon, D. H. (2020). Grief and post-traumatic growth following miscarriage: The role of meaning reconstruction and partner supportive communication. Death Studies44(4), 237-247. https://doi.org/10.1080/07481187.2018.1539051

Vig, P. S., Lim, J. Y., Lee, R. W. L., Huang, H., Tan, X. H., Lim, W. Q., Lim, Y. X. B. M., Lee, I. S. A., Chiam, M., Lim, C., Baral, R. V. & Krishna, L. K. R. (2021). Parental bereavement–impact of death of neonates and children under 12 years on personhood of parents: a systematic scoping review. BMC palliative care20, 1-17. https://doi.org/10.1186/s12904-021-00831-1

Zech, E., Delespaux, E., & Ryckebosch-Dayez, A. S. (2013, April). Les interventions de deuil centrées sur les processus psychologiques et relationnels. In Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, 171(3), 158-163. https://doi.org/10.1016/j.amp.2013.01.024

Listes de références vulgarisées

Gouvernement du Québec (2025, 24 mars). Fausse couche. https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/grossesse-parentalite/soutien-pendant-grossesse-naissance/fausse-couche

Paternité, famille et société. (2025, 24 mars). Deuil. https://famille.uqo.ca/deuil/

À propos des autrices

Laurence Arcand

Laurence Arcand M. Sc. Inf. est étudiante au doctorat en sciences de la famille à l’Université du Québec en Outaouais, coordonnatrice du laboratoire de recherche CE Deuil, infirmière ayant une pratique bénévole en accompagnement des familles endeuillées et chargée de cours à l’Université du Québec en Outaouais. Son sujet de maîtrise s’est intéressé à la signification des relations interpersonnelles lors d’un deuil. Sa thèse vise à explorer la vulnérabilité ressentie au sein des familles endeuillées. 

Francine de Montigny

Francine de Montigny inf., Ph. D. est professeure titulaire en sciences infirmières et sciences de la famille à l’UQO. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles (2010-2020), elle a aussi été chercheure boursière du Fonds Québec de Recherche en Santé (2008-2020). Directrice du Groupe de recherche Paternité, famille et société, ses recherches portent principalement sur le deuil périnatal et les pratiques inclusives des pères. Elle est récipiendaire de nombreux prix qui soulignent la qualité de ses productions scientifiques et des formations en découlant. 

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