
Arrive-t-il parfois à votre enfant d’exploser, comme un volcan, pour ce qui semble être un petit détail ? Plusieurs parents pensent alors que leur enfant exagère ou qu’il le fait exprès. Pourtant, les crises émotionnelles font partie du développement normal. Les enfants vivent beaucoup d’émotions. Ils n’ont toutefois pas encore les outils pour les gérer seuls. Le rôle du parent devient donc essentiel. Dans cet article, Camille Bisson explique comment le parent peut devenir un coach émotionnel afin d’aider son enfant à retrouver son calme et à mieux comprendre et gérer ses émotions.
Derrière la crise émotionnelle, toute une accumulation
Les émotions font partie de la vie des enfants. Cependant, ils n’ont pas encore la même capacité que les adultes pour comprendre ce qu’ils ressentent et retrouver leur calme. Leur cerveau continue de se développer, notamment le cortex préfrontal, une région qui joue un rôle important dans la gestion des émotions et des impulsions.. Ils disposent donc de peu d’outils pour gérer leur vécu émotionnel. C’est pourquoi de petits incidents peuvent parfois prendre beaucoup de place.
Très souvent, une crise émotionnelle ne commence pas à cause d’un seul événement. Plusieurs petites choses s’accumulent pendant la journée et demandent de l’énergie à l’enfant : fatigue, conflits, transitions ou déceptions. Il lui reste alors très peu de ressources. Une petite frustration supplémentaire peut suffire à déclencher une crise.
Les parents pensent parfois que la réaction est trop forte pour la situation. Toutefois, l’enfant ne réagit pas seulement à ce qui vient de se passer, mais à toute l’accumulation. Quand cela arrive, son cerveau passe en mode survie. Il réfléchit moins bien, écoute moins et n’arrive plus à utiliser les stratégies qu’il connaît. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est le signe qu’il a atteint sa limite.
Le calme se construit à deux
Un enfant ne peut pas toujours se calmer seul. Il a d’abord besoin d’un adulte pour l’aider. On appelle cela la co-régulation. Dans ces moments, la façon dont le parent réagit devient très importante, car l’enfant apprend beaucoup en observant son parent. Si le parent reste calme, écoute et accueille l’émotion, l’enfant apprend progressivement que ses émotions sont normales et qu’il peut les traverser sans danger. À l’inverse, si le parent critique, minimise ou se fâche, l’enfant peut croire que ses émotions sont dérangeantes. Il peut alors se sentir incompris, seul ou encore plus fâché.
Le rôle du parent n’est donc pas de faire disparaître l’émotion rapidement, mais d’accompagner l’enfant jusqu’à ce qu’il retrouve son calme. C’est exactement ce que propose le coaching émotionnel.
Le parent comme coach émotionnel
Le coaching émotionnel, tel que décrit par Gottman et DeClaire, repose sur cinq étapes.
1. Remarquer l’émotion
- La première étape consiste à remarquer ce que vit l’enfant. Pour cela, le parent ne doit pas seulement écouter ce que l’enfant dit. Il doit aussi observer son visage, son langage corporel, son ton de voix et le contexte.
- Le coaching émotionnel commence avant la crise. Souvent, l’enfant envoie des petits signaux : agitation, irritabilité, retrait ou ton de voix plus fort. Le contexte communique aussi des indices, comme une mauvaise nuit ou une transition difficile. Plus le parent remarque ces signes tôt, plus il peut intervenir avant que tout déborde.
2. Voir l’émotion comme une occasion de connexion
- Quand un enfant vit une émotion forte, plusieurs parents veulent régler le problème immédiatement. Ils veulent expliquer, raisonner ou faire cesser la crise. Cependant, lorsque l’enfant est débordé, il n’arrive plus à réfléchir calmement.
- Le parent doit donc changer sa façon de voir la situation. Les comportements difficiles cachent souvent une émotion que l’enfant ne sait pas encore gérer. Ainsi, au lieu de penser : « Mon enfant me provoque », le parent peut se dire : « Mon enfant vit quelque chose de difficile et a besoin de moi. » La crise ne devient alors plus un combat à gagner, mais un moment de connexion.
- Pour créer ce lien, l’enfant a besoin de sentir que son parent est présent. Avant d’enseigner ou de corriger, le parent peut simplement écouter, respirer avec lui et rester calme. Cette présence aide le système nerveux de l’enfant à redescendre.
3. Montrer de l’empathie
- La troisième étape consiste à montrer à l’enfant que l’on comprend ce qu’il vit.
- L’empathie ne veut pas dire que le parent est d’accord avec le comportement. Elle signifie plutôt que le parent reconnaît que l’émotion est réelle et compréhensible. Quand un enfant reçoit cette validation, il retrouve plus facilement son calme.
- Le parent peut utiliser des mots simples, comme « Ça doit être difficile. » Il peut aussi montrer son empathie par sa façon d’être, notamment en parlant doucement, en restant près de l’enfant ou en lui donnant un câlin.
4. Mettre des mots sur l’émotion
- À la quatrième étape, le parent aide l’enfant à nommer ce qu’il ressent. Mettre des mots sur une émotion a un effet concret sur le cerveau. Cela aide l’enfant à mieux comprendre ce qui se passe à l’intérieur de lui, rendant l’expérience émotionnelle moins envahissante.
- Le parent n’a pas besoin d’avoir raison. Il peut simplement faire une hypothèse : « On dirait que tu te sens frustré. » Si ce n’est pas la bonne émotion, l’enfant le corrigera.
- Cependant, le moment choisi est important. Lorsque l’émotion est très intense, l’enfant n’est pas disponible pour réfléchir ou discuter. La priorité reste alors la présence, l’empathie et le retour au calme. La discussion pourra venir plus tard, quand l’enfant sera de nouveau émotionnellement disponible.
5. Réfléchir aux solutions
- La dernière étape arrive seulement quand l’enfant retrouve son calme. Avant cela, les explications et les conséquences fonctionnent rarement.
- Une fois apaisé, l’enfant peut réfléchir avec son parent à ce qui pourrait l’aider la prochaine fois. Le parent ne cherche pas à tout régler à la place de l’enfant. Il agit plutôt comme un guide.
- C’est aussi à ce moment que le parent peut rappeler une limite. Être un coach émotionnel ne veut pas dire être permissif. L’enfant a le droit de vivre une émotion forte, mais il doit apprendre à l’exprimer d’une façon adaptée. Des comportements, comme frapper, crier ou casser, demeurent inacceptables.
Quelques repères pour les parents
En résumé, voici cinq recommandations à garder en tête :
- Regarder l’accumulation, pas seulement le dernier incident : quand votre enfant explose pour un petit détail, demandez-vous ce qui s’est ajouté avant. Une journée chargée, trop de bruits, une déception et un changement de routine peuvent avoir épuisé ses ressources.
- Repérer les signes avant la crise : observez les petits changements, comme serrer les poings, soupirer fréquemment, paraître plus impatient ou s’isoler davantage. Plus vous intervenez tôt, plus il sera facile d’éviter le débordement.
- Valider l’émotion avant de corriger le comportement : commencez par valider et nommer ce que votre enfant semble ressentir. Ensuite, lorsqu’il est calme, rappelez la limite.
- Proposer une stratégie de retour au calme : aidez votre enfant à retrouver son calme avec des outils simples, comme respirer, boire de l’eau, serrer une peluche ou bouger (pour plus de stratégies, consultez cette ressource).
- Se calmer avant d’intervenir : si vous vous sentez en colère ou dépassé, prenez une pause, respirez et ralentissez. Un parent calme aide davantage un enfant à se calmer.
Conclusion
Pour terminer, rappelez-vous qu’un enfant ne choisit pas de vivre une crise émotionnelle. Quand les émotions débordent, il a surtout besoin d’un adulte qui reste calme, présent et rassurant. Vous n’avez pas besoin d’être parfait. Chaque fois que vous prenez le temps de remarquer l’émotion, de la comprendre et d’accompagner votre enfant, vous l’aidez à développer peu à peu ses propres outils. Avec le temps, ces petits moments répétés deviennent une base de sécurité qui l’aidera toute sa vie.
Références pertinentes
Gottman, J. M., & DeClaire, J. (1997). Raising an emotionally intelligent hild: The heart of parenting. Simon & Schuster.
Havighurst, S. S., & Kehoe, C. E. (2021). Tuning in to kids: An emotion coaching approach to working with parents. In J. L. Allen, D. J. Hawes, & C. A. Essau (Eds.), Family-based intervention for child and adolescent mental health: A core competencies approach (pp. 269–283). Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/9781108682053.021
Morris, A. S., Silk, J. S., Steinberg, L., Myers, S. S., & Robinson, L. R. (2007). The role of the family context in the evelopment of emotion regulation. Social Development, 16(2), 361–388. https://doi.org/10.1111/j.1467-9507.2007.00389.x
À propos de l’autrice
Camille Bisson est étudiante au doctorat en psychologie clinique à l’Université d’Ottawa. Ses intérêts de recherche portent sur les blessures d’attachement dans les relations amoureuses. Dans le cadre de sa thèse doctorale, elle s’intéresse plus particulièrement à la résolution de ces blessures au sein du couple. Sur le plan clinique, Camille s’intéresse aux enjeux touchant les enfants, les adolescents et les familles. Elle souhaite notamment contribuer à rendre les connaissances en psychologie plus accessibles et utiles au quotidien pour les familles.
