
La recherche démontre que la majorité des gens font face à de l’adversité lors de leur enfance et adolescence. Ces expériences peuvent malheureusement nuire au développement du cerveau. Par conséquent, l’enfant peut rencontrer des difficultés à s’adapter sur le plan social, cognitif et affectif. Ces difficultés peuvent même persister à l’âge adulte. Cependant, cela signifie-t-il que les personnes ayant vécu des expériences adverses seront toujours victimes de leur passé? Dans cet article, Christina Kim-Shin, étudiante à l’Université de Montréal, et Audrey-Ann Deneault, professeure en psychologie à l’Université de Montréal, expliquent comment la même neuroplasticité ayant nui au développement suite à l’adversité peut également favoriser la résilience.
L’adversité à l’enfance
Il existe plusieurs différentes formes d’adversité auxquelles les enfants et adolescents peuvent faire face. Les expériences adverses durant l’enfance incluent différentes expériences vécues avant l’âge de 18 ans :
- La violence de nature sexuelle, physique ou psychologique
- La négligence physique ou psychologique
- La séparation parentale
- L’emprisonnement d’un membre de la famille
- Être témoin de la violence domestique
- La présence de dépendance, de problèmes de santé mentale, ou de la suicidalité dans la maison
La recherche démontre qu’au sein de la population générale, ce serait 60% des gens qui auraient vécu au moins une de ces expériences. Plus de 15% des gens en auraient vécu plus de quatre.
La neuroplasticité en contexte d’adversité
Le cerveau cherche constamment à être bien adapté pour répondre aux demandes de l’environnement. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité, qui réfère cette capacité du cerveau à s’adapter aux expériences. La neuroplasticité entraîne notamment des modifications neurochimiques, structurelles et fonctionnelles.
Cette neuroplasticité se produit pour tout le monde afin de rendre le fonctionnement du cerveau plus efficace. Par exemple, une étude a révélé que la région du cerveau responsable de l’apprentissage spatial dans le cerveau est plus grande chez les chauffeurs de taxi ! Cet exemple illustre bien l’interaction entre la biologie et l’environnement où l’expérience des chauffeurs de taxi résulte en une adaptation physique du cerveau. C’est d’ailleurs pourquoi nous parlons de la « plasticité » du cerveau, car nous observons des changements concrets dépendant de ce que la personne fait ou vit dans son environnement.
La neuroplasticité du cerveau se produit également fasse aux expériences d’adversité. En effet, le cerveau des enfants victimes de violence, de négligence ou d’abus ne ressemble pas à celui de leurs pairs qui n’ont pas vécu ces types d’expériences. Par exemple, les expériences adverses vécues durant l’enfant vont altérer le développement du cortex préfrontal, une région responsable de la planification et la mémoire de travail.
La qualité de la matière blanche, importante pour la transmission des informations dans le cerveau, est aussi affectée par l’adversité. Par conséquent, ces individus rencontreront des difficultés de raisonnement, de langage, et de mémoire de travail. Ils peuvent également avoir plus de difficulté à gérer leur stress.
Adopter une perspective de résilience face à l’adversité
À première vue, ces études peuvent sembler décourageantes. Certaines personnes pourraient se dire qu’elles sont condamnées à ressentir les répercussions de leur enfance pour toujours.
Cependant, certains chercheurs s’intéressent aussi à la résilience, définie comme l’adaptation positive à des expériences adverses. Le but de ce domaine de recherche est de comprendre comment les individus ayant vécu de l’adversité durant l’enfance peuvent s’épanouir malgré les expériences vécues.
Il vaut la peine de se demander, si le cerveau est plastique, ne serait-il pas possible de renverser les effets des expériences adverses par des expériences positives ?
Les expériences adverses durant l’enfance ne sont pas un diagnostic de vie
La bonne nouvelle c’est que nos expériences continuent à nous former, incluant notre cerveau, tout au long de notre vie. En effet, les études ont montré que le cerveau est toujours en train de se développer et s’adapter même à l’âge adulte. Pour les personnes ayant vécu de l’adversité, certaines expériences peuvent ainsi agir comme source de résilience pour limiter les effets négatifs de l’adversité.
Tout d’abord les relations positives et le soutien social favorisent la résilience chez les enfants. Avoir des liens sociaux significatifs est donc particulièrement important pour les jeunes qui ont vécu des expériences adverses. En effet, elles permettent à l’individu de réapprendre à interagir avec les autres de manière saine.
Par ailleurs, plusieurs interventions ont été développées avec le but de promouvoir la résilience chez les jeunes. Par exemple, les jeunes qui participent au programme Treatment Foster Care Oregon (TFCO) ont un plus bas taux de cortisol (l’hormone responsable du stress). Ils démontrent également de meilleurs comportements envers leurs figures d’attachement et de meilleures performances lors des tâches cognitives.
Les chercheurs ont également démontré l’efficacité des interventions en milieu scolaire. Ce type d’intervention vise à créer un soutien social pour les jeunes en dehors de la famille. Les jeunes présentent moins de symptômes de dépression et de PTSD grâce à ces programmes. Il est important de noter que ces études ont particulièrement porté sur des groupes de jeunes particuliers, soit les jeunes qui ont souffert des traumatismes à cause de la guerre. Il serait donc pertinent de voir comment ces programmes scolaires peuvent aider les enfants qui ont vécu d’autres formes d’adversité.
La résilience chez les adultes ?
Les stratégies de résilience ne s’arrêtent pas à l’enfance. Les adultes qui ont vécu des expériences adverses durant l’enfance peuvent également implémenter des stratégies de résilience.
La méditation et la thérapie activent les mécanismes neuro-plastiques, ce qui permet à l’individu de réduire son stress. Plus spécifiquement, les individus qui ont vécu des expériences adverses durant l’enfance substantielles, mais qui pratiquent la méditation, rapportent être en meilleure santé que les personnes ne pratiquant pas la méditation.
L’exercice est particulièrement important pour développer la résilience, car l’activité physique est associée avec des régions agrandies du cerveau, telles que le cortex préfrontal et l’hippocampe. Tandis que ces régions sont souvent réduites chez les gens souffrant du traumatisme, l’exercice peut contrer ces impacts négatifs. Un volume plus large de ces régions contribue également à la régulation des émotions, au traitement de l’information et à la réduction du stress. L’exercice est donc une méthode très efficace pour promouvoir la résilience.
Conclusion
Les expériences adverses à l’enfance ont clairement des impacts négatifs sur l’individu. Cependant, la recherche en neuroplasticité et la résilience offre de l’espoir de guérir suite à ces expériences. Si le cerveau est plastique ou malléable, il est important de comprendre comment le cerveau peut se réadapter grâce à des expériences positives. Ce faisant, nous pouvons faire en sorte que nos expériences adverses à l’enfance ne continuent pas à nous définir toute notre vie.
À propos des autrices
Christina Kim-Shin est actuellement en dernière année de baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal. En parallèle, elle occupe le poste de chargée de projet au sein de l’équipe autochtone de Fusion Jeunesse, une organisation engagée dans la promotion de la persévérance scolaire des jeunes en milieux défavorisés. Elle s’intéresse particulièrement aux approches informées par le trauma et sensibles à la culture dans le domaine de la psychologie, notamment en ce qui concerne l’intervention auprès des jeunes.
Dre Audrey-Ann Deneault est une chercheuse en psychologie se spécialisant dans l’étude des familles et des relations interpersonnelles en contexte. Elle détient un doctorat en psychologie expérimentale de l’Université d’Ottawa et a complété un stage postdoctoral à l’Université de Calgary. Elle est présentement professeure adjointe en psychologie sociale au Département de psychologie de l’Université de Montréal et la directrice du Laboratoire sur les Relations Interpersonnelles en Société et dans leur Environnement (RISE). Audrey-Ann est également la fondatrice d’ÉducoFamille.
