
Les élèves-athlètes adolescent·e·s des programmes de Sport-études sont à risque de vivre de l’anxiété de performance en raison des nombreuses exigences qui les visent. Il est donc essentiel de comprendre les facteurs qui peuvent influencer l’anxiété de performance et de reconnaître ses manifestations. Comprendre ces facteurs permettrait de pouvoir orienter ces adolescent·e·s vers les ressources appropriées. Dans cet article, Angélique Brun, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (Ph.D., Psy.D.), et Rose-Marie Dubois, étudiante au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal, abordent l’anxiété de performance chez les élèves-athlètes adolescents, les méthodes de prévention et les signes à surveiller.
Comment se manifeste l’anxiété de performance chez les élèves-athlètes?
L’anxiété de performance chez les élèves-athlètes se manifeste par une crainte d’échouer ou de commettre une erreur lors d’une situation de performance en contexte sportif ou scolaire. En L’anxiété de performance chez les élèves-athlètes se manifeste par une crainte d’échouer ou de commettre une erreur lors d’une situation de performance en contexte sportif ou scolaire. En effet, l’élève-athlète perçoit un décalage entre les exigences pour réussir la tâche et ses propres capacités, qu’il juge comme étant insuffisantes. Ce décalage génère des inquiétudes avant même que la situation de performance ne débute. L’anxiété de performance semble être plus présente au sein de la population des élèves-athlètes adolescent·e·s inscrit·e·s dans un programme de Sport-études, car ils sont soumis à une double exigence. En effet, ils doivent répondre à des exigences élevées sur le plan scolaire et sur le plan sportif.
En plus de leurs études, plus de 90 % des adolescent·e·s de ces programmes pratiquent leur sport durant plus de 10 heures par semaine. Ces élèves-athlètes adolescent·e·s sont plus à risque d’être exposés à certains facteurs de stress comme:
- La pression exercée par l’entourage de l’athlète
- Le risque de blessures physiques
- La fatigue
De plus, les adolescent·e·s possèdent souvent moins d’outils pour faire face aux éléments qui leur apportent de l’anxiété.
En quoi l’anxiété de performance se distingue-t-elle du stress?
L’anxiété de performance diffère du stress souvent ressenti avant une situation de performance. Le stress peut se manifester quelques heures avant l’événement sous forme d’inquiétudes légères ou de manifestations physiologiques passagères (p.ex. tension musculaire). Il peut même s’avérer bénéfique et améliorer la performance. Quant à elle, l’anxiété de performance peut persister plusieurs jours avant l’activité et prendre la forme d’une anxiété envahissante physiquement et mentalement. Elle peut souvent réduire la performance et mener à une perte de plaisir avant ou pendant l’exécution de l’activité.
De plus, l’anxiété de performance peut engendrer des effets négatifs sur la santé mentale de l’élève-athlète adolescent·e·s (p.ex. une diminution de l’estime de soi). L’adolescent·e peut adopter des comportements compulsifs, par exemple, en s’entraînant de façon excessive. Il peut aussi manifester des comportements d’évitement, c’est-à-dire procrastiner, voire abandonner des activités qu’il aimait.
D’après le DSM-5, la seule façon d’obtenir un diagnostic est en considérant le trouble d’anxiété sociale (TAS) spécifique à la performance. Ce diagnostic peut seulement être émis lorsque la peur principale concerne le jugement négatif d’autrui pendant ou après la performance. Il est important de consulter un professionnel de la santé mentale pouvant émettre ce diagnostic afin d’obtenir l’aide requise.
Quelques recommandations pour éviter l’anxiété de performance
L’élève-athlète des programmes de Sport-études évolue au sein de plusieurs milieux, soit le milieu sportif, scolaire et familial. Au sein de ces milieux, il est possible de mettre en place des stratégies pour diminuer l’anxiété de performance:
Les adultes en position d’autorité, comme les entraineur·euse·s et les enseignant·e·s, doivent favoriser des relations saines et justes.
- Autant dans le milieu sportif que scolaire, il est important d’entretenir une relation de qualité avec l’adolescent·e. Il faut favoriser des relations où la communication est ouverte et chaleureuse et où l’adolescent·e se sent en confiance avec l’adulte. Il est conseillé d’offrir des rétroactions détaillées et précises et d’inviter l’élève-athlète à participer aux décisions qui le concerne.
Miser sur des environnements où l’effort, l’apprentissage et la progression personnelle sont valorisés et encouragés.
- Les environnements valorisant la maîtrise de la tâche (p.ex. l’amélioration d’une technique sportive ou d’un exercice scolaire), sont associés avec une diminution significative de l’anxiété de performance et à une meilleure estime de soi. Au contraire, des climats axés sur la réussite, la victoire, la comparaison et la compétition entre les jeunes influencent négativement l’anxiété vécue par les adolescent·e·s.
Favoriser un climat d’entraide et d’encouragement entre coéquipier·ère·s ou entre collègues de classe.
- Les environnements qui sont empreints de compétition, de jugement et de comparaisons entre individus ne permettent pas de se sentir valorisé par sa progression personnelle. Il faut donc se montrer intolérant aux commentaires négatifs et peu constructifs. D’ailleurs, le recours à la punition lorsque des erreurs sont commises (p.ex. devoir courir autour du terrain après la pratique et/ou se faire enlever des privilèges) peut augmenter l’anxiété de performance et diminuer l’estime de soi.
Développer ses aptitudes liées à la résolution de problèmes, sa résilience et son autosatisfaction.
- Les compétences de résolution de problèmes sont associées à une meilleure gestion de l’anxiété. Également, la résilience permet à l’athlète de faire face à l’anxiété de performance et de continuer à se développer malgré elle. L’autosatisfaction, quant à elle, permet à l’athlète de mieux reconnaître ses forces et de se percevoir plus facilement comme compétent, diminuant ainsi son anxiété de performance.
Les membres de la famille devraient offrir un soutien informel à l’élève-athlète en favorisant les conseils bienveillants et le partage des connaissances.
- Il a été observé que l’adolescent·e vit plus de pression pour réussir lorsqu’il perçoit que son parent accorde une haute importance à un domaine. Les encouragements insistants, la valorisation de la performance au détriment de la progression, la pression pour faire mieux qu’à la dernière performance et la comparaison aux autres de la part des parents peuvent augmenter l’anxiété de performance.
Les signes à surveiller
Il est aussi possible de reconnaître certains signes de l’anxiété de performance avant, pendant et après la performance de l’athlète. Ces signes se traduisent par des pensées négatives, des manifestations physiologiques et émotionnelles ou des comportements.
Signes avant la performance :
- Pensées inquiétantes qui se répètent en boucle sous forme de scénarios négatifs ou catastrophiques. Par exemple :
- « Je vais échouer et m’humilier »
- « Tout le monde sera déçu de moi »
L’élève-athlète peut être susceptible de ressentir des sensations physiologiques désagréables lorsqu’il pense à la situation de performance future, qu’il peut interpréter comme étant compromettantes pour la performance à venir. Par exemple :
- Des maux de ventre
- Une difficulté à respirer
- Une tension musculaire
- L’élève-athlète peut adopter des comportements inhabituels. Par exemple :
- Des comportements compulsifs, tels que s’entrainer ou se préparer de façon excessive avant la performance)
- Abandonner ou éviter certaines activités en raison de sa crainte d’échouer
- Repousser la tâche continuellement à plus tard.
Signes pendant la performance:
L’élève-athlète est plus susceptible :
- De diriger son attention sur les signes de non-performance seulement;
- D’être moins concentré vis-à-vis la tâche à effectuer;
- D’être envahie par les sensations physiologiques désagréables (p.ex. respiration difficile, vision floue)
- De connaître une baisse de performance.
- L’élève-athlète, lors d’une performance non-satisfaisante, peut employer des comportements d’évitement pour fuir l’anxiété. Par exemple:
- Quitter un examen pendant celui-ci
- Demander de quitter le terrain lors d’un match en simulant une blessure
Signes après la performance :
- L’élève-athlète est à risque d’entretenir des pensées négatives quant à ses performances passées en ignorant les signes positifs de performance. Ceci peut diminuer son sentiment de compétence pour les performances à venir, et augmenter son anxiété.
- L’élève-athlète peut :
- Pleurer
- Se fâcher
- Se dénigrer
- Chercher à se faire constamment rassurer quant à sa performance.
Bref, plusieurs signes traduisant l’anxiété de performance chez les élèves-athlètes adolescent·e·s peuvent grandement aider à repérer cette anxiété. Il est bien important de se rappeler que même si l’anxiété de performance n’est pas un trouble fréquemment diagnostiqué, ses manifestations sont toutes aussi valides et peuvent gravement affecter les élèves-athlètes adolescent·e·s au sein des programmes de Sport-études.
Sources principales
Beilock, S. L., Schaeffer, M. W. et Rozek, C. S. (2017). Understanding and addressing performance anxiety. In Handbook of competence and motivation: Theory and application, 2nd ed (p. 155‑172). The Guilford Press.
Langlois-Pelletier, N., Verret, C. et Massé, L. (2020). Facteurs de risque et de protection de l’anxiété de performance des élèves athlètes adolescents : Une revue narrative. Revue de psychoéducation, 49(2), 237‑257. https://doi.org/10.7202/1073995ar
Soucisse, M. et Heins, M.-P. (2021). L’anxiété de performance à l’enfance et à l’adolescence: état des connaissances cliniques et scientifiques. Revue québécoise de psychologie, 42(3), 43‑73. https://doi.org/10.7202/1084579ar
À propos des autrices
Angélique Brun a complété un baccalauréat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal, où elle poursuit présentement ses études au doctorat en psychologie profil recherche-intervention (Ph.D., Psy.D.). Ses intérêts de recherche portent principalement sur le bien-être des parents et le développement de l’enfant et de l’adolescent dans son contexte familial et social. Elle a également été intervenante pendant un an pour le Sport-études soccer de la région du Centre-du-Québec.
Rose-Marie Dubois est présentement étudiante au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal. Pour le moment, elle s’intéresse surtout à la façon dont le développement de l’enfant et de l’adolescent s’opère au sein de son milieu familial. D’ailleurs, ayant à cœur le développement des enfants et des adolescents, elle travaille comme tutrice auprès des jeunes pouvant présenter des difficultés d’apprentissage.
