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L’élève citoyen : quand la communauté devient l’école

Des espaces d’apprentissage malléables et communautaires

Le projet S’entr’Apprendre, lancé en 2019 par le District scolaire francophone Sud, Nouveau-Brunswick, Canada, vise à mieux répondre aux besoins de la société en se dotant d’un réseau d’apprentissage communautaire. Des espaces d’apprentissage flexibles, engageants, confortables et multifonctionnels permettent aux élèves de créer, de valider et de réfléchir à leurs apprentissages tout en développant une nouvelle éthique de travail grâce à une structure autogérée, favorisant ainsi la productivité et l’efficacité. Les élèves contribuent à leur communauté tout en développant des compétences et en acquérant des savoirs via la collaboration avec leurs pairs, des parents ou tout autre expert, encourageant la communication et la résolution de problèmes réels.  Les élèves deviennent des citoyens engagés, créatifs et confiants. En bref, la communauté devient l’école!

L’élève citoyen : quand la communauté devient l’école

Une véritable révolution tranquille est en train de se produire dans un district scolaire du Nouveau-Brunswick. Après de nombreuses années d’initiatives pédagogiques provinciales et locales, l’équipe de gestion du District scolaire francophone Sud (DSFS) se positionne : une redéfinition complète de l’apprentissage, de l’enseignement et du leadeurship est nécessaire afin de mieux répondre aux besoins des communautés. Concrètement, elle souhaite créer un véritable « réseau d’apprentissage communautaire ». Voici l’histoire d’un district scolaire qui transforme tout un système pour le bien de ses communautés et de sa province.

Un district qui se réinvente

Le défi de préparer les élèves à être plus actifs et engagés dans la résolution de problèmes communautaires de plus en plus complexes devient une préoccupation majeure pour le système scolaire néo-brunswickois. En janvier 2020, la phase initiale d’un projet appelé: S’entr’Apprendre : L’éducation de demain aujourd’hui est lancée par le District scolaire francophone Sud, situé à Dieppe au Nouveau-Brunswick, district responsable de toutes les écoles francophones de la moitié sud de la province.

Dans le cadre de cette initiative, six écoles pilotes se sont engagées à se transformer via des espaces d’apprentissage malléables à l’image du 21e siècle, où les élèves et les enseignants deviennent cocréateurs dans le processus d’apprentissage tout en étant appuyés par les membres de la communauté. Malgré ces débuts discrets pendant la pandémie COVID-19, plus de 32 écoles font maintenant partie d’une démarche personnalisée d’accompagnement où les écoles se réinventent afin d’améliorer l’expérience éducative. La composante pédagogique du projet S’entr’Apprendre a pour but de permettre aux élèves d’acquérir des apprentissages en profondeur dans une démarche personnalisée afin de développer les compétences nécessaires menant à une vie équilibrée qui ouvre la voie au projet de vie et de carrière de la personne apprenante.

S’entr’Apprendre, sous la loupe de la recherche

Pour mieux éclairer leur processus décisionnel aux premières étapes du projet, des données de recherche ont été collectées. On cherchait ainsi à recueillir les premières expériences des élèves, des enseignants et des directions d’école. Le projet S’entr’Apprendre devient donc une étude de cas longitudinale sur laquelle le district peut s’appuyer pour mettre en place le soutien nécessaire aux les écoles participantes.  En faisant appel à l’équipe de recherche CompeTI.CA de l’Université de Moncton (Compétences en TIC en Atlantique) et d’autres institutions postsecondaires dans le monde, le DSFS s’associe à un groupe d’experts-chercheurs établis afin de décrire l’expérience de l’élève, de l’enseignant, de la direction d’école et de tout un système sous l’angle de six sujets de recherche.

Des données préliminaires intéressantes

Selon une analyse de données préliminaires publiée en 2022, un espace multifonctionnel, engageant, diversifié et confortable redéfinit le rôle de l’élève favorisant la créativité et l’autonomie. La personne enseignante devient un guide et assiste les élèves dans le processus d’apprentissage. En d’autres mots, cette structure autodirigée permet à l’élève de devenir progressivement plus productif, efficace et confiant.

1) La classe se transforme, l’expérience d’apprentissage aussi

Tout d’abord, pour tous les participants, le projet semble avoir apporté des changements considérables dans la façon dont la classe fonctionne au quotidien. Les élèves ont abandonné l’approche traditionnelle dirigée par l’enseignant au profit de l’autogestion les encourageant à trouver leurs propres solutions via des scénarios d’apprentissage authentique, personnalisé et signifiant. L’expérience d’apprentissage s’éloigne des cours magistraux suivis d’évaluations, se rapprochant davantage de la vie réelle. Les tâches sont abordées de différentes manières, notamment par des projets ou des enquêtes.

En plus d’acquérir des apprentissages, les élèves auraient développé des compétences. D’ailleurs, le travail d’équipe semble avoir favorisé l’écoute mutuelle, le partage d’idées et la résolution collaborative de problèmes ayant au cœur la communication. On encourageait les élèves à prendre des décisions par eux-mêmes, renforçant leur confiance en eux, réduisant la pression liée à la performance. Cette transformation semble avoir placé l’élève au centre de ses apprentissages lui permettant de devenir plus autonome et confiant.

Photo gracieuseté du DSFS (https://www.sentrapprendre-intrappreneur.com)

2) L’espace d’apprentissage malléable, engin de création

En ce qui a trait au nouvel espace d’apprentissage flexible, engageant, confortable et multifonctionnel, les élèves ont semblé apprécier le nouveau mobilier plus confortable ainsi que la variété d’options de sièges à choisir en fonction des préférences individuelles. Ils se sont habitués à l’environnement virtuel plus présent et aux différentes technologies numériques utilisées pour l’apprentissage. Enfin, les élèves semblaient apprécier l’accès à une multitude de ressources et d’outils qui, selon eux, rendaient leur travail plus efficace, soigné et agréable à produire. L’espace d’apprentissage à l’image du 21e siècle semble avoir contribué au contexte où les élèves ont pu créer, valider et réfléchir à leurs apprentissages.

Photo gracieuseté du DSFS (https://www.sentrapprendre-intrappreneur.com)

S’entr’Apprendre, une affaire de communauté

Par le biais de S’entr’Apprendre, de nombreux projets communautaires ont vu le jour. Les élèves sont devenus des citoyens actifs dans leurs communautés par le biais de ces projets. Par exemple, des élèves ont appuyé des organismes venant en aide aux sans-abris tandis que d’autres ont contribué au maintien de l’ouverture d’un foyer de soin pour personnes âgées. Certains sonnent l’alarme du déclin de certaines populations de faune locales comme les chauves-souris ou encore des papillons monarque. Par le biais de projets authentiques et signifiants où les experts de la communauté appuient la personne enseignante dans l’acquisition de connaissances et de compétences, les élèves deviennent des citoyens engagés qui font une différence dans leurs communautés.

Photo, gracieuseté de Ginette Bourque

Dans l’ensemble, le projet S’entr’Apprendre semblent indiquer que les espaces d’apprentissage malléables peuvent potentiellement impliquer davantage les élèves dans des expériences d’apprentissage plus actives. Cet espace d’apprentissage novateur permet aux élèves et enseignants de développer une nouvelle éthique de travail. Cette éthique de travail leur permet de gagner en confiance grâce à leur processus de prise de décision. Dans ce contexte d’apprentissage dynamique et plus personnalisé, la gestion autonome du travail des élèves les positionne pour créer, valider et réfléchir, individuellement ou collectivement, ce qui pourrait contribuer au développement de nouvelles compétences requises par les industries et les communautés du 21e siècle.

Par le biais du projet S’entr’Apprendre, le district scolaire francophone Sud a permis aux élèves le passage d’une salle de classe traditionnelle dirigée par la personne enseignante à une salle de classe où ils devaient s’organiser, se prendre en main et travailler à des problèmes complexes en collaboration avec leurs pairs et des experts communautaires. Ce nouveau mode d’apprentissage a été perçu comme étant stimulant et gratifiant. Ce faisait, il les aide à acquérir de nouvelles compétences dont les élèves pourront tirer profit toute leur vie.   Les élèves deviennent des citoyens engagés, créatifs et plus conscients des enjeux communautaires. En bref, la communauté devient l’école!

Soutenir l’engagement de son enfant et des élèves dans la communauté 

Il se peut que des élèves ne soient pas toujours conscients des apprentissages qu’ils acquièrent dans des contextes pédagogiques innovants. Voici des idées d’éléments à saisir lors de conversations avec votre enfant.

« Raconte-moi ce que tu as fait aujourd’hui à l’école »

Soyez à l’écoute des mots-clés suivants et demandez d’élaborer :

Les personnes enseignantes doivent faire équipe avec la communauté afin de rendre possible l’authenticité des apprentissages. Votre expérience et votre expertise peuvent grandement contribuer à l’échange bidirectionnel entre l’école et la communauté. Parlez-en à la direction d’école ou à la personne enseignante de votre enfant. Vous pouvez faire une différence!

À propos de l’autrice

Mireille Bertin-Post est étudiante au doctorat en éducation à l’Université de Moncton. Elle est également assistante de recherche au sein du regroupement CompeTI.CA. Ayant œuvré en éducation depuis plus de 25 ans, ses intérêts de recherche visent à mieux comprendre la relation pédagogique entre la direction d’école et la personne enseignante dans le contexte de milieux d’apprentissage innovants.

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