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La pression de paraître parfait peut peser sur les relations entre adolescents, mais la gentillesse des pairs peut aider

Note. Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site de The Conversation Canada.

Imaginez que vous essayiez de toujours paraître parfait. Vous restez à la pointe des dernières tendances beauté, vous excellez dans vos études et vous semblez confiant dans les contextes sociaux, même lorsque vous avez des difficultés ou que vous vous sentez complètement dépassé. Vous vous efforcez de cacher tout défaut potentiel, craignant constamment que si vous trébuchez ou si votre armure présente la moindre fissure, tout s’écroulera.

Pour plusieurs adolescents, la pression de projeter une image parfaite semble nécessaire pour s’intégrer, éviter les critiques et obtenir l’approbation de leurs pairs. Il est facile de penser qu’être parfait vous rendra plus aimable, car qui ne voudrait pas être entouré de quelqu’un qui semble avoir tout sous contrôle ?

Cependant, notre nouvelle étude révèle un aspect ironique : l’effort même pour paraître parfait peut en fait repousser les autres. Au contraire, les interactions positives avec les pairs peuvent aider les adolescents à se libérer du besoin constant de paraître parfait et à favoriser des amitiés plus solidaires.

Avec notre étude, nous souhaitons mettre en lumière les coûts cachés liés au maintien d’une image irréprochable et montrer comment le fait de relâcher cette pression peut ouvrir la voie à des relations plus authentiques et plus bienveillantes pour les adolescents.

Signes de perfectionnisme

La présentation perfectionniste de soi fait référence à l’effort de créer et de maintenir une image de perfection, où les gens se donnent beaucoup de mal pour s’assurer qu’ils paraissent parfaits aux yeux des autres. Pour les adolescents, cela signifie souvent afficher une apparence soignée et réprimer les signes de détresse, de vulnérabilité ou d’imperfection.

De nombreux adolescents qui se présentent de manière perfectionniste sont également confrontés à des sentiments d’insécurité. Ils peuvent croire qu’ils ne sont pas dignes d’être aimés ou soutenus, alors ils essaient de créer une image irréprochable dans l’espoir d’obtenir l’acceptation à laquelle ils aspirent.

La recherche identifie quelques aspects principaux de l’autoprésentation perfectionniste : l’autopromotion, où les adolescents mettent en avant leurs réussites tout en minimisant leurs difficultés ; la non-divulgation perfectionniste, où ils évitent de révéler toutes difficultés personnelles ; et le non-affichage perfectionniste, où les adolescents font un effort concerté pour s’abstenir de faire quoi que ce soit qui pourrait être jugé imparfait par les autres.

D’après nos recherches, les parents, les enseignants et les adolescents doivent être attentifs aux signes suivants qui peuvent indiquer qu’un jeune éprouve des difficultés face à la pression d’avoir l’air parfait :

Notre récente étude

Dans notre récente étude, nous avons demandé à 239 adolescents âgés de 13 à 19 ans (dont 72 % de filles) de remplir une série de quatre questionnaires, espacés d’approximativement sept mois entre octobre 2017 et novembre 2021. Les questions étaient conçues pour mesurer la présentation perfectionniste de soi, la victimisation relationnelle et la réception d’actes prosociaux.

Nous avons trouvé que plus les adolescents se concentraient à paraître irréprochables, que ce soit en montrant constamment leurs réalisations ou en cachant leurs véritables sentiments, plus ils subissaient d’agressions relationnelles, comme les commérages ou l’exclusion sociale.

Cela confirme l’idée que le perfectionnisme peut conduire à une déconnexion sociale. Lorsque les adolescents priorisent une image parfaite plutôt que des connexions réelles, cela peut créer une barrière entre eux et leurs pairs. En conséquence, ils peuvent avoir du mal à former des amitiés sérieuses et peuvent même devenir la cible d’intimidation parce que leur perception de la perfection peut amener les autres à se sentir menacés ou déconnectés.

Notre étude a également révélé que lorsque les adolescents s’efforcent de présenter une image idéale et de cacher leur vraie personnalité, ils reçoivent moins de gentillesse et de soutien de leurs pairs, ce qui crée un cercle vicieux qui ne fait qu’accroître la pression de maintenir une image parfaite.

Au fil du temps, cela peut entraîner une détresse émotionnelle, les adolescents remettant de plus en plus en question leur valeur personnelle et luttant contre des sentiments de solitude grandissants. L’absence de liens significatifs peut également limiter les occasions de croissance et d’apprentissage auprès des pairs, qui sont cruciales pendant l’adolescence.

Interactions positives avec les pairs

La bonne nouvelle de notre nouvelle étude est que les adolescents qui ont reçu plus d’actes de gentillesse et de soutien de la part de leurs pairs ressentaient moins le besoin de se cacher derrière une façade impeccable. Cela met en évidence le pouvoir de la gentillesse et de la connexion pour aider les adolescents à se détacher de leurs tendances perfectionnistes.

Favoriser des amitiés solidaires et authentiques peut être une étape cruciale pour réduire l’anxiété et l’isolement qu’entraîne le fait d’essayer de paraître parfait. Les interactions positives et bienveillantes avec les pairs jettent les bases de liens solides et significatifs, où les adolescents peuvent se sentir libres d’être eux-mêmes, avec leurs imperfections. Si vous avez un ami ou un proche qui lutte contre la pression de la perfection, voici quelques actions que vous pouvez essayer :

Encouragez-les à partager leurs sentiments, même lorsque les choses ne vont pas bien, et assurez-leur qu’il n’y a pas de mal à se montrer vulnérable en amitié. Rappelez-leur que les vrais amis acceptent les défauts des autres et que les amitiés parfaites n’existent pas ; ce qui compte, c’est le soutien, la compréhension et l’attention mutuelle.

Créez un environnement où les imperfections sont célébrées et aidez-les à comprendre qu’ils comptent et qu’ils n’ont pas besoin d’être parfaits pour être aimés ou estimés. Soyez ouvert à propos de vos propres difficultés et montrez-vous mutuellement que la vulnérabilité est un signe de force et non de faiblesse.

En réalité, le besoin de maintenir une image de perfection nous empêche souvent de construire les relations sincères et soutenantes dont nous avons besoin. En renonçant au besoin de paraître parfait et en acceptant les imperfections, nous ouvrons la porte à des relations plus authentiques où nous pouvons recevoir l’attention et la compréhension que nous méritons.

À propos des auteurs

Danielle S. Molnar est titulaire d’une Chaire de recherche du Canada en adaptation et bien-être chez les enfants et les jeunes et professeure agrégée au Département d’Études sur l’Enfance et la Jeunesse de l’Université Brock. Elle a suivi une formation en psychologie sociale et de la personnalité. De manière générale, ses recherches visent à comprendre les facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et développementaux qui contribuent à la santé, à l’adaptation et au bien-être tout au long de la vie, en mettant particulièrement l’accent sur le perfectionnisme à l’adolescence.

Dawn Zinga est une chercheuse active financée par le CRSH qui travaille dans plusieurs domaines. Plus précisément, ses intérêts de recherche portent sur les expériences des élèves dans les milieux éducatifs, l’éducation et les pédagogies autochtones, la réconciliation, les expériences des jeunes danseurs de compétition, la santé mentale et le perfectionnisme chez les jeunes, ainsi que les répercussions de la pandémie sur les jeunes et les éducateurs. Elle est une chercheuse multidisciplinaire au sein d’un département multidisciplinaire.

Hanna Puffer est doctorante au département de psychologie de l’Université Brock (Canada). Elle s’intéresse aux préjugés généralisés, aux contacts intergroupes, à la déshumanisation et au perfectionnisme.

Melissa Blackburn est actuellement doctorante en études sur l’enfance et l’adolescence à l’Université Brock. De manière générale, son programme de recherche porte sur les relations entre le perfectionnisme, la santé mentale et le bien-être chez les adolescents. Plus précisément, elle s’intéresse aux liens entre le perfectionnisme, la santé mentale et le sentiment de déconnexion par rapport aux autres, ainsi qu’au rôle protecteur potentiel de la compassion envers soi-même dans ces relations.

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