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6 façons d’intégrer la résilience et l’espoir dans l’apprentissage des jeunes sur le changement climatique

Il existe plusieurs façons de favoriser la résilience des jeunes face aux changements climatiques.
Il est important de promouvoir la résilience des jeunes faces aux changements climatiques et de les encourager à faire partie de la solution.

Les changements climatiques génèrent chez plusieurs jeunes de l’anxiété, du chagrin ou de la peur. Il existe des moyens de favoriser la résilience des jeunes tout en leur transmettant des informations sur les changements climatiques. Le professeur Simon Appolloni de l’Université de Toronto propose 6 façons de favoriser la résilience dans l’apprentissage des jeunes sur les changements climatiques. L’article original se trouve sur The Conversation Canada.

Cette génération fait partie d’un problème qu’elle n’a pas créé, mais elle fait aussi partie de la solution.

À mesure qu’iels sont exposé.e.s aux sombres réalités du changement climatique, les adolescent.e.s d’aujourd’hui et les jeunes d’une vingtaine d’années – toute une générationressentent une anxiété, un chagrin, une peur ou une culpabilité accrus quant à l’avenir de la planète ainsi qu’à leur propre avenir.

Pour les professeur.e.s d’études environnementales, il n’est pas envisageable d’atténuer les preuves scientifiques de ce qui nous attend – en termes d’élévation du niveau de la mer et d’augmentation de l’intensité, de la durée et de la fréquence des tempêtes, des sécheresses et des inondations. Si les parents devront choisir quand et comment transmettre les informations en fonction du contexte et de l’âge, faire comme si le changement climatique n’existait pas ne devrait pas non plus être une option. 

Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il est hors de question de laisser les jeunes gérer seuls ces sentiments, que beaucoup appellent l’éco-anxiété

Heureusement, pour tous ceux d’entre nous qui se préoccupent de la santé mentale de cette génération, il existe des moyens de transmettre les faits scientifiques avérés sur le changement climatique tout en favorisant la résilience. Ce faisant, nous pouvons aider cette génération à s’adapter face à l’adversité et à gérer les changements inévitables de leur mode de vie au fil du temps. 

L’objectif est de les aider à accepter que la situation va empirer, tout en comprenant que ce n’est pas la fin de l’histoire.

Il ne s’agit pas de la forme d’optimisme qui nie la réalité et dont nous entendons souvent parler. Il s’agit d’un espoir plus sombre, mais qui peut transformer le chagrin, l’anxiété et la peur en action positive pour le changement.

Voici six façons d’aider les jeunes à développer leur résilience tout en s’informant sur l’avenir de la planète et en réfléchissant à leur avenir. En classe, on peut intégrer ces stratégies et pratiques à l’apprentissage. 

1. Accepter les réalités

La première stratégie est cruciale: il s’agit d’encourager les jeunes à accepter pleinement les réalités de notre époque – aussi sinistres soient-elles – ainsi que l’angoisse qu’iels ressentent face aux nombreuses incertitudes et pertes.

Cela peut sembler contre-intuitif, mais cette sagesse est le fruit de nombreuses recherches. Joanna Macy, spécialiste du bouddhisme et militante pour la paix et l’environnement, affirme que le fait de nier ou d’engourdir la vérité entrave notre capacité à traiter les informations et à y répondre de manière saine. En revanche, accepter ces réalités libère notre énergie pour commencer à traiter les sentiments et les informations qui sont essentiels à la santé mentale. 

La psychanalyste Anouchka Grose a étudié les moyens de mettre en pratique cette idée dans les conversations sur le climat avec les enfants.

2. Reconnaître l’émotion

Deuxièmement, aidez les jeunes à surmonter leurs émotions. Il n’est pas nécessaire d’élaborer quelque chose de complexe (même si, en cas de détresse grave, une aide professionnelle peut s’avérer nécessaire). 

Commencez par leur assurer qu’iels ne sont pas seul.e.s, que vous et d’innombrables personnes parmi leurs pairs cheminent avec eux, probablement avec les mêmes sentiments. Je conseille à mes étudiants de rejoindre des clubs sur le campus qui traitent des questions climatiques – des lieux sûrs où ils peuvent partager et voir qu’iels ne sont pas seul.e.s. 

La psychothérapeute Rosemary Randall et l’ingénieur Andy Brown ont mis au point le projet éducatif Carbon Conversations, qui est actuellement mis en œuvre dans de nombreux pays à travers le monde. Les discussions de groupe sont structurées de manière à permettre aux participant.e.s de traiter et de parler de leurs émotions et d’apprendre les actions locales qu’iels peuvent entreprendre pour promouvoir la durabilité. 

La tenue d’un journal est un autre moyen d’atténuer les craintes et la détresse. Si on le tient en plein air, il peut favoriser nos liens avec la nature. Parmi ses nombreux avantages, la tenue d’un journal peut aider une personne à identifier ce qu’elle ressent. Les enseignant.e.s peuvent également proposer des exercices de rédaction de journal.

3. Enseigner la pleine conscience

La pratique de la pleine conscience est liée au point précédent. La psychothérapeute Leslie Davenport, spécialisée dans la psychologie du climat, considère que la pratique de la pleine conscience est essentielle pour la santé mentale. 

Si la pleine conscience s’est imposée en Occident à la faveur de rencontres avec les pratiques bouddhistes, elle est de plus en plus populaire auprès de millions de personnes non religieuses. Cette forme de méditation, avec sa respiration calme et son absence de jugement, peut aider les jeunes à générer un sentiment de calme en prenant conscience de leurs sentiments, de leur corps et de ce qui se passe autour d’eux. 

Jon Kabat-Zinn, un scientifique bien connu pour ses travaux sur la pleine conscience, a produit de nombreuses données et ressources sur la pleine conscience dans une perspective laïque. La pratique de la pleine conscience peut également s’inscrire dans le cadre de la tenue d’un journal à dessein mentionnée ci-dessus.

4. Élargir la conception de la réalité

Aider les jeunes à penser de manière dialectique, c’est-à-dire à cultiver la capacité de voir les opposés exister simultanément. La pensée dialectique permet aux individus de ne plus penser en termes de noir et de blanc, mais de concevoir le monde de multiples façons.

Cette technique est utilisée avec succès dans le monde entier dans le cadre de thérapies fondées sur des données probantes, afin d’aider les individus non seulement à accepter les réalités auxquelles iels sont confrontés, mais aussi à comprendre que ces réalités peuvent être modifiées. 

Oui, la situation est sombre, mais il y a aussi de nombreux développements positifs. Oui, cette génération fait partie du problème, mais elle fait aussi partie de la solution. L’Alliance pour une transition rapide, un réseau d’organisations internationales, est une excellente ressource pour trouver des preuves – passées et présentes – de changements positifs rapides dans le monde entier.

5. Encourager l’art

Encouragez les expressions créatives à travers l’art pour aider cette génération à faire face à la détresse. Un rapport finlandais intitulé « Climate Anxiety », rédigé par le chercheur pluridisciplinaire Panu Pihkala de l’université d’Helsinki, montre que les jeunes d’aujourd’hui peuvent ressentir des états d’âme bienfaisants grâce à la photographie, à l’art graphique et même à l’art dramatique.

Pihkala, dont les travaux portent sur les dimensions psychologiques et spirituelles liées aux questions environnementales, en particulier au changement climatique, a coopéré avec des éducateurs artistiques pour organiser des activités artistiques pour les jeunes. Ces activités offrent aux jeunes un espace sûr pour s’exprimer. Dans mon enseignement, j’ai constaté que les œuvres d’art des élèves peuvent être intégrées dans les évaluations et les leçons lorsqu’elles sont accompagnées d’une analyse écrite des aspects de leur création.

6. Redéfinir l’espoir

Entretenir le souhait naïf que les choses se passeront bien est une forme de déni, ce qui n’est pas sain. Václav Havel, dramaturge, essayiste, poète, dissident tchèque et président de la Tchécoslovaquie de 1989 à 1992, compare l’espoir non pas à une prédiction de l’avenir, mais à un état d’esprit et de cœur. « L’espoir », dit-il, « n’est pas la même chose que l’optimisme. Ce n’est pas la conviction que quelque chose va bien se passer, mais la certitude que quelque chose a du sens, indépendamment de la façon dont cela se passe. » En bref, nous devons aider cette génération à découvrir quelque chose qui a du sens et à agir en conséquence. 

Enfin, cessons de qualifier ces émotions d’éco-anxiété. La psychothérapeute Rosemary Randall propose une alternative: la « détresse climatique ». Elle note à juste titre que l’ « éco-anxiété » tend à pathologiser les émotions qui y sont associées, les laissant aux professionnel.le.s pour qu’iels les traitent et les « guérissent ». Ces sentiments sont valables et appropriés, et chacun d’entre nous doit y faire face.

The Conversation Canada a originalement publié cet article. La version originale est disponible ici.

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