
Quand on parle d’intimidation, on se concentre souvent sur l’intimidateur·trice ou la victime. Pourtant, les personnes qui sont témoins d’intimidation à l’école peuvent également être affectées, même si elles ne sont pas directement impliquées. Il est important pour les parents de comprendre le rôle que joue leur enfant en tant que témoin, ainsi que les impacts possibles sur sa santé mentale. Dans cet article, Brianna Vargas-Gobeille et Dre Audrey-Ann Deneault de l’Université de Montréal abordent divers aspects du rôle de témoin d’intimidation. Elles présentent les effets sur le bien-être psychologique et les facteurs qui peuvent influencer la décision du témoin de venir en aide à la victime ou de soutenir l’intimidateur·trice.
Y a-t-il déjà eu une situation d’intimidation à l’école de votre enfant ? Malheureusement, il est fort probable que vous ayez répondu « oui » à cette question. En effet, selon l’UNESCO, ce serait 1 enfant sur 3 qui aurait été victime d’intimidation. De plus, ce chiffre grimpe lorsqu’on considère les enfants ayant été témoins d’intimidation ; les estimations soutiennent que 63% des étudiants rapportent avoir été témoins de la victimisation de leurs pairs à l’école. Bien que cette situation soit fréquente, on parle rarement des enfants qui sont témoins de l’intimidation.
Quels sont les différents types de témoins d’intimidation ?
D’abord, il est important de noter qu’il existe différents types de témoins. Ces personnes ne sont ni l’intimidateur·trice principal·e, ni la victime principale. Néanmoins, les différents types de témoins s’impliquent à différents niveaux dans l’acte d’intimidation :
- « Étrangers » : Ces témoins observent l’acte d’intimidation à distance, et ce, sans intervenir.
- « Défenseurs » : Ces témoins interviennent dans le but d’interrompre l’acte d’intimidation et de protéger la victime.
- « Renforts » : Ces témoins encouragent l’intimidateur·trice avec des commentaires positifs (« Continue de même ! » ou « Frappe plus fort, il·elle le mérite ! »).
- « Assistants » : Ces témoins se joignent à l’intimidateur·trice et participent à l’acte d’intimidation. Cette participation peut être active (p.ex., donner des coups de pied en plus des autres comportements d’intimidation de l’intimidateur·trice) ou passive (p.ex., bloquer le chemin pour que la victime s’enfuie).
Pourquoi certains témoins choisissent d’agir ?
Les différents types de témoins démontrent que certain·e·s choisissent d’aider la victime d’intimidation, tandis que d’autres non. Pourquoi est-ce le cas ? La théorie de l’effet spectateur nous aide à comprendre ce qui pousse certains témoins à intervenir. Selon cette théorie, pour que les témoins décident d’intervenir, il·elle·s doivent :
- Se rendre compte que l’autre personne est en détresse ;
- Interpréter la situation comme un problème nécessitant une intervention ;
- Se sentir responsable d’aider.
De plus, ces témoins doivent évaluer rapidement plusieurs éléments, comme le niveau de détresse de la victime, les réactions des autres témoins et leurs propres compétences pour intervenir. Leur relation avec les personnes impliquées (victime, intimidateur·trice, autres témoins) influence aussi la décision d’intervenir. À cause de la difficulté de ces évaluations, il est estimé que 35 % des témoins choisissent de rester passifs dans les situations d’intimidation.
De façon générale, les témoins seront plus propices à aider les victimes qui sont leur ami·e et lorsque l’intimidation est hostile. À l’inverse, les témoins auront moins tendance à intervenir si la personne intimidatrice est un·e ami·e.
Quels sont les effets négatifs d’être témoin d’intimidation sur la santé mentale ?
Il est commun de penser que les témoins d’intimidation ne subissent pas de répercussions directes de l’intimidation. Pourtant, la recherche démontre qu’il en est tout autrement. En réalité, les témoins peuvent être affecté·e·s de plusieurs manières.
En effet, les enfants qui sont témoins d’intimidation rapportent des symptômes dépressifs et anxieux plus élevés que leurs pairs n’ayant pas été témoins d’intimidation. Les témoins ont également plus de difficultés de régulation émotionnelle. Il·elle·s peuvent aussi vivre de la dissonance cognitive, soit un malaise intérieur de savoir qu’il serait préférable d’intervenir, tout en n’intervenant pas.
Les difficultés de santé mentale peuvent également originer de la peur d’être soi-même intimidé·e. Par exemple, imaginez un·e élève qui voit un·e camarade de classe se faire intimider, mais ne fait rien, ayant peur de devenir la prochaine cible. Cette peur peut entraîner une augmentation de l’anxiété chez ce témoin, même s’il·elle n’est pas directement impliqué·e.
Soutenir la santé mentale des témoins d’intimidation
En tant que parent, il est important de soutenir les enfants face à ces situations et aux difficultés de santé mentale qui peuvent en découler. Voici quelques stratégies pouvant être bénéfiques à cet égard.
- Départager les expériences de l’enfant des expériences du parent : Les situations d’intimidation peuvent être difficiles pour tous les membres de la famille. Certains parents peuvent avoir été eux-mêmes victimes d’intimidation, ou être plus sensibles à de telles expériences. Il est donc important de bien départager la situation afin d’être en mesure de se concentrer sur les expériences et besoins de l’enfant.
- Favoriser l’autonomie de l’enfant : Plutôt que de tenter de contrôler les comportements de l’enfant, les parents peuvent tenter de le guider tout en lui donnant l’espace nécessaire pour exercer sa propre autonomie. Par exemple, un parent pourrait dire : « Je vois que tu te sens anxieux·se après ce que tu as vu à l’école aujourd’hui. C’est normal de se sentir de cette façon envers une situation de même, merci de partager ça avec moi. Si tu veux, on peut en parler. »
- Aller consulter un·e professionnel·le, au besoin : Pour certains enfants, il peut être nécessaire de consulter un·e professionnel·le de la santé mentale pour aider à gérer les difficultés liées au fait d’être témoin d’intimidation. En tant que parent, il est important d’être ouvert à cette possibilité. Si l’enfant consulte un·e profesionnel·le, il est bénéfique de montrer à l’enfant que vous vous intéressez à ses progrès et que vous soyez impliqué·e dans son cheminement.
Conclusion
En conclusion, il est essentiel pour les parents de reconnaître les impacts potentiels sur leurs enfants qui sont témoins d’intimidation. Même si ces enfants n’ont peut-être pas été directement impliqué·es, il est important de leur demander comment il·elle·s se sentent par rapport à la situation et d’offrir le soutien nécessaire pour leur bien-être psychologique. Ce faisant, on peut essayer d’ouvrir la discussion à agir face aux situations d’intimidation (p.ex., en allant chercher de l’aide) afin de rendre l’environnement scolaire sécuritaire pour tous et toutes.
Références clés
Midgett, A., & Doumas, D. M. (2019). Witnessing bullying at school: The association between being a bystander and anxiety and depressive symptoms. School Mental Health, 11, 454-463. https://doi.org/10.1007/s12310-019-09312-6
Trach, J., & Hymel, S. (2020). Bystanders’ affect toward bully and victim as predictors of helping and non‐helping behaviour. Scandinavian Journal of Psychology, 61(1), 30-37. https://doi.org/10.1111/sjop.12516
À propos des autrices
Brianna Vargas-Gobeille est étudiante au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal. Passionnée par la psychologie sociale et la recherche, elle envisage de débuter une carrière professionnelle dans ces domaines. Plus précisément, elle s’intéresse à la manière dont les relations interpersonnelles peuvent influencer divers aspects de nos vies, à l’impact de la famille sur notre développement, aux relations père-enfant, ainsi qu’à la façon dont les situations sociales peuvent inciter les individus à agir de manière éthique. Brianna fait du bénévolat à l’unité de soins intensifs de l’Hôpital Royal Victoria, qui fait partie du programme de liaison de l’USI de l’Université McGill, où elle offre un soutien émotionnel aux patients et à leurs familles.
Dre Audrey-Ann Deneault est une chercheuse en psychologie se spécialisant dans l’étude des familles et des relations interpersonnelles en contexte. Elle détient un doctorat en psychologie expérimentale de l’Université d’Ottawa et a complété un stage postdoctoral à l’Université de Calgary. Elle est présentement professeure adjointe en psychologie sociale au Département de psychologie de l’Université de Montréal et la directrice du Laboratoire sur les Relations Interpersonnelles en Société et dans leur Environnement (RISE). Audrey-Ann est également la fondatrice d’ÉducoFamille.
