Le jeu libre : au centre de l’apprentissage du jeune enfant

Le rôle du jeu : un enfant qui joue est un enfant qui apprend
Le rôle du jeu : un enfant qui joue est un enfant qui apprend

Tous les enfants aiment jouer. Toutefois, il n’est pas toujours facile de comprendre pourquoi le jeu libre devrait prendre une si grande place dans la vie des jeunes enfants. Le présent article vise à comprendre le rôle du jeu dans l’apprentissage et la réussite éducative des enfants. Il fournira également certaines suggestions pour soutenir le jeu des enfants en tant qu’adulte.

Une place de plus en plus reconnue dans les systèmes éducatifs

Qu’est-ce que le jeu? Jouons-nous encore en tant qu’adultes? Il s’agit là de questions qui sont au cœur même de nos conceptions des expériences de vie de qualité. Les scientifiques eux-mêmes ne s’entendent pas sur la définition du jeu chez l’enfant. Toutefois, on peut dénoter différentes caractéristiques : le jeu doit être agréable, librement choisi, non littéral, c’est-à-dire qu’il n’a pas d’effet sur la réalité, sans règles déterminées par des personnes externes et en constante évolution (il n’y a pas de résultat prévu). On peut constater que plusieurs jeux en classe et à la maison ne répondent pas toujours à ces critères. Ils sont pourtant essentiels pour que l’enfant se lance sans contraintes dans son jeu (soit le jeu libre). L’absence de l’un ou l’autre entraine automatiquement une réduction des occasions d’apprentissage.

Des approches qui évoluent

Alors qu’on peut encore être témoin d’une approche scolarisante à l’éducation préscolaire, consistant à favoriser les fiches d’apprentissage et à insister sur les compétences langagières et cognitives, le jeu s’affirme de plus en plus comme étant LE contexte d’apprentissage permettant aux enfants de se développer pleinement. Déjà en 1989 , l’assemblée des Nations Unies adoptait un article dans la Convention relative aux droits de l’enfant déclarant que tous les enfants ont droit aux loisirs, au jeu et à la participation à des activités culturelles et artistiques. La lecture des programmes de l’éducation préscolaire ou à la petite enfance n’est pas différente. On y retrouve plusieurs passages soutenant la place centrale du jeu dans la vie du jeune enfant. Mais pourquoi y donner autant d’importance?

Un contexte qui mobilise un ensemble d’habiletés

Le jeu s’avère nécessaire pour que l’enfant développe des compétences menant à la réussite tout au long de la vie. Le jeu permet effectivement de développer les aspects socioaffectif, moteur, langagier et cognitif chez l’enfant.

Un meilleur développement socioaffectif

Le plan socioaffectif concerne les compétences sociales et les capacités affectives d’une personne. Par les interactions sociales avec les autres enfants en contexte de jeu, l’enfant apprend à s’affirmer et à défendre ses préférences. Il travaille les habiletés de partage et, lorsque cette compétence est en développement, ses capacités à résoudre des conflits. Ces expériences amènent l’enfant à prendre conscience du point de vue des autres. Il adapte graduellement son comportement à ce qui est attendu par la situation sociale.

Des capacités motrices améliorées

Du côté des habiletés motrices, les formes infinies que peut prendre le jeu amènent l’enfant à travailler la force, l’endurance, l’équilibre, la posture, la coordination, etc. Par exemple, les jeux de construction à l’aide de blocs permettent à l’enfant de travailler sa motricité fine. Ils nécessitent effectivement qu’il ajuste les petits mouvements de ses doigts et de sa main pour créer une tour en équilibre. Les jeux extérieurs, comme l’escalade des modules de jeux ou d’un arbre, apprennent à l’enfant à considérer les limites de sa force et de sa zone de confort en hauteur. Le jeu offre donc constamment des occasions pour l’enfant de maitriser les petits et grands gestes de son corps.  

Un développement langagier accru

Sur le plan langagier, le jeu collaboratif offre à l’enfant des occasions d’utiliser le langage pour exprimer ses idées. Il trouve aussi la chance de partager ses préférences et ses déceptions. Au contact des autres enfants, il apprend des mots et de nouvelles expressions. Il découvre les limites de ses connaissances, pour lesquelles il peut aller chercher du soutien auprès de l’adulte. Le contact égalitaire entre les enfants est particulièrement propice pour que l’enfant s’exprime librement. En effet, Les échanges hiérarchiques avec l’adulte sont plus gênants pour certains. Même lorsqu’il joue seul, l’enfant apprend à décrire ses actions dans sa tête ou à voix haute. Cela crée une base solide pour construire ses capacités de planification et d’organisation des idées ultérieures.

Des capacités cognitives rehaussées

Enfin, au niveau cognitif, il importe de rappeler que le jeu doit être dirigé par l’enfant. Il est choisi selon ses propres préférences. Ce contexte lui permet davantage de développer ses habiletés d’expérimentation, de découverte et de résolution de problèmes que les activités programmées par l’adulte. La liberté que le jeu offre encourage la créativité et pratique graduellement la concentration et l’attention soutenue sur une tâche. Le jeu permet donc à l’enfant de développer des stratégies qu’il pourra réutiliser pour faciliter ses apprentissages à l’école et dans la vie.

6 rôles à adopter pour soutenir le jeu libre de son enfant

Alors que l’enfant a besoin d’être maitre de son jeu pour pouvoir s’y engager pleinement et y réaliser les apprentissages décrits ci-dessus, le rôle de l’adulte ne devrait pas se limiter à le laisser jouer. En fait, il est possible d’adopter différents rôles pour soutenir et pousser l’enfant plus loin dans son jeu :

  • Joueur. L’adulte devient le compagnon de jeu de l’enfant. Il importe de laisser l’enfant nous attribuer un rôle afin de ne pas lui enlever le contrôle du jeu.
  • Metteur en scène. Il s’agit là simplement d’offrir à l’enfant du temps et du matériel en quantité suffisante. Celui-ci pourra ainsi plus facilement se laisser emporter par son jeu. Dans les classes à l’éducation préscolaire québécoises, il est recommandé d’offrir un minimum de deux périodes de 45 à 60 minutes de jeu libre par jour.
  • Médiateur. Que ce soit pour réaliser une tâche ou pour résoudre un conflit entre amis, l’adulte offre un soutien pour que les enfants trouvent leurs propres solutions aux problèmes.
  • Scripteur. Parfois, les enfants ont de la difficulté à choisir ce qu’ils veulent faire. L’adulte peut ainsi prêter sa plume aux idées de l’enfant et écrire des scénarios de jeu. Il est ensuite possible de dessiner en compagnie de l’enfant ces différents scénarios.
  • Observateur. Autant pour les parents que pour les enseignants, il est pertinent de jeter un œil sur l’enfant engagé dans son jeu. On peut alors découvrir ses forces, ses intérêts et ses stratégies, à partir desquelles il est ensuite possible de proposer des activités d’apprentissage signifiantes – qui ont du sens pour l’enfant.
  • Planificateur. L’adulte qui prend ce rôle aide l’enfant à réfléchir au jeu qu’il souhaite faire, aux actions à réaliser et aux scénarios qui peuvent être développés. On posera des questions ouvertes, par exemple « en quoi as-tu envie de te déguiser? » et « qu’est-ce que tu feras ensuite? ».

En adoptant ces différents rôles, l’adulte est en mesure de soutenir les apprentissages réalisés au travers du jeu, tout en favorisant l’engagement de l‘enfant dans son jeu et en lui assurant un plein contrôle.

À propos de l'autrice
À propos de l’autrice

Maude Roy-Vallières complète un doctorat en éducation à l’Université du Québec à Montréal. Elle s’intéresse à la qualité des services éducatifs à l’enfance et plus particulièrement à la façon dont la qualité éducative diffère selon le contexte. Elle est l’auteur du livre Planification d’activités pour la Maternelle 4 ans visant à soutenir les enseignants du préscolaire dans leur pratique.

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